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Une conférence sur l’intérêt de retrouver terre et plantes dans l’architecture
Tribune 

Une conférence sur l’intérêt de retrouver terre et plantes dans l’architecture

actualisé le 24/09/2019 à 11h44

L’école urbaine de Lyon a lancé sa deuxième saison de rendez-vous intitulés « les Mercredis de l’Anthropocène », dont Rue89Lyon est partenaire. Nous publions les tribunes et productions éditoriales des invités de ces conférences qui interrogent notre époque à l’aune de leurs spécialités et champs d’expertise.

Lisez ci-après le propos introductif à la deuxième conférence de la saison, sur les « matériaux biosourcés ». Il est co-signé par Romain Anger, directeur scientifique et Laetitia Fontaine, directrice du laboratoire amàco.

 

La révolution d’un brin d’herbe et d’une poignée de terre

De tous les éco matériaux, la terre est celui qui possède la charge symbolique la plus forte. Elle invite à la magie, à l’émotion et à la créativité. Les fibres végétales sont une autre ressource universelle qui génère une prodigieuse diversité d’architectures vernaculaires et contemporaines. Ces matières premières inspirent un nouveau rapport au monde, où les habitants construisent à partir de ce qu’ils ont sous les pieds et à portée de main.

Par la science, la technique, l’art et l’architecture, amàco revalorise ces matières pauvres, ordinaires, oubliées et déconsidérées qui nous entourent, et sans lesquelles nous ne pourrions pas vivre. amàco porte ainsi une conception particulière des idées de progrès et d’innovation, qui repose avant tout sur une redécouverte du génie du naturel et de la simplicité.

La terre, matière originelle

Au-delà de toutes réflexions écologiques, sociales, économiques ou culturelles, la terre, dans son expression matérielle la plus simple et la plus pure, recèle un potentiel émotionnel extrêmement puissant. Cette matière prend aux tripes ou à fleur de peau. Aujourd’hui, de nombreux architectes et artistes s’emparent de cette matière pour son expressivité propre, sa plasticité, ses couleurs, ses textures, ses fissures, les traces ou les empreintes qu’elle fige dans le temps.

A travers leurs œuvres, la terre, de manière presque inattendue, interroge le rapport maladif de l’homme à la matière, qui acidifie les océans, pollue l’air qu’il respire et considère la terre, source de vie, comme un déchet. Toutes les créations humaines, comme l’architecture par exemple, sont le reflet d’une certaine vision du monde. La plupart des bâtiments d’aujourd’hui ne sont pas contextuels. Ils sont à notre image : déracinés et désincarnés.

A l’inverse, la charge émotionnelle contenue dans certaines architectures vernaculaires provient précisément du fait qu’elles ne sont pas coupées et séparées de leurs milieux, à l’image des êtres humains qui les ont façonnées. Elles sont contextuelles. Enracinées dans leur territoire, elles font corps avec le sol dont elles sont issues. Ces architectures nous font ressentir au plus profond de notre être que la matière est la chair de l’architecture. La matière est aussi la chair du monde et la chair de l’être. Notre chair. Elle nous relie à nous-mêmes et au monde. Il suffit de plonger ses mains dans la terre pour renouer avec cette charge émotionnelle et symbolique première, épidermique, à l’origine de cette intelligence vernaculaire oubliée.

Cycle Terre : construire Paris en terre crue

La terre crue est un véritable béton d’argile, dont les techniques de construction modernes permettent de façonner toute une gamme de matériaux écologiques : pisé, terre coulée, panneaux d’argiles, BTC (briques de terre compressées), briques extrudées, briques allégées, adobes, terre-allégée pour remplissage, enduits.

Le renouveau des architectures en terre crue au niveau mondial, couplé à des innovations scientifiques et techniques, rencontre une dynamique inespérée dans la métropole parisienne. La capitale est en effet construite sur des dizaines de mètres de couches géologiques argileuses. Avec le creusement de nouvelles gares et lignes de métro, 43 millions de déblais de terre seront excavés dans les prochaines années.

Le budget de mise en décharge, si aucune alternative n’est proposée, s’élèvera à plusieurs centaines de millions d’euros. L’exposition « Terres de Paris », présentée au Pavillon de l’Arsenal et dont les commissaires sont les architectes Joly&Loiret, illustrait comment ces déchets deviennent une ressource pour construire en terre sur le territoire du Grand Paris.

Le noyau de l’exposition était une grande table qui exposait toute la démarche scientifique et technique d’amàco et de CRAterre pour transformer les déblais en matériaux de construction. Cette dynamique s’amplifie actuellement avec la mise en place d’une fabrique de matériaux en terre crue sur le territoire du Grand Paris.

Grâce au soutien de l’Europe, une unité mécanisée de transformation des déblais en matériaux verra le jour dans le cadre du projet Cycle Terre à Sevran, où deux gares seront construites. Ce projet rassemble, entre autres, la Ville de Sevran, Grand Paris Aménagement, la Société du Grand Paris, l’agence Joly&Loiret, le promoteur Quartus, CRAterre et amàco.

L’enjeu est de changer d’échelle pour permettre aux promoteurs et maîtres d’ouvrage de construire des quartiers entiers en terre crue.

Fibra award : architectures contemporaines en fibres végétales

Dans le cadre du FIBRA Award, l’exposition FIBRA Architectures, présentée au Pavillon de l’Arsenal à Paris rassemble plus de 50 architectures contemporaines réalisées avec des matériaux en fibres végétales dans le monde entier. DR

Dans le cadre du FIBRA Award, l’exposition FIBRA Architectures, présentée au Pavillon de l’Arsenal à Paris rassemble plus de 50 architectures contemporaines réalisées avec des matériaux en fibres végétales dans le monde entier. DR

En plus du bois, le règne végétal fournit une profusion de matières premières pour édifier nos bâtiments. Parmi elles, les plantes à croissance rapide, telles que la paille, le roseau, le bambou, le chanvre, l’osier, les feuilles, les écorces, les palmes ou les herbes marines, ont la capacité de repousser tous les ans.

A l’échelle mondiale, ces ressources universelles présentent une gigantesque opportunité de stocker dès maintenant une grande quantité de carbone et de lutter contre le réchauffement climatique. Si dans le domaine de l’efficacité énergétique du bâtiment, l’utilisation de fibres ou de granulats végétaux se limitent souvent aux isolants biosourcés (botte de paille, bétons de chanvre, panneaux de roseaux, laine de bois), les plantes répondent à une pluralité d’autres fonctions dans les architectures vernaculaires du monde entier.

Le pont inca Q’eswachaka, au Pérou, est un des plus beaux exemples de cet héritage. Chaque année, la population locale se réunit pour tresser une herbe locale appelée ichu. De petites cordelettes sont assemblées en cordes plus grandes, elles-mêmes réunies en cordes géantes. Elles sont utilisées pour traverser un canyon sous la forme d’un magnifique pont suspendu, dont les rambardes sont elles-mêmes constituées de cordes tressées.

Cette pratique culturelle toujours vivante, inscrite au patrimoine de l’humanité, est une magnifique illustration de la manière dont l’on passe du brin d’herbe à l’architecture. En Irak, les maisons flottantes appelées Mudhifs sont entièrement construites en roseaux.

Ce système constructif est présent depuis plusieurs milliers d’années dans un territoire fait de marais où le roseau est la seule ressource disponible pour construire. Des fagots géants sont assemblés en une série d’arches d’environ un mètre de diamètre. Les bâtiments obtenus peuvent atteindre neuf mètres de portée.

La ville de demain devra être résiliente et autonome

Plus courants, les toits en chaume, qui permettent à la fois de couvrir, d’habiller et d’isoler, sont présents traditionnellement en France, en Europe, mais aussi dans le monde entier. Les feuilles, le bambou ou l’osier tressés permettent de réaliser de magnifiques claustras qui filtrent la lumière. Si la diversité des architectures en fibres végétales sur tous les continents est remarquable, celle des architectures contemporaines l’est encore davantage.

Initié et porté par amàco et Dominique Gauzin-Müller, le FIBRA Award (cf. illustration), premier prix mondial des architectures contemporaines en fibres végétales, rend hommage au courage des maîtres d’ouvrage qui ont fait le choix des matériaux biosourcés, à la créativité des architectes et ingénieurs ainsi qu’aux compétences des artisans et entrepreneurs.

La ville de demain devra être résiliente et autonome, c’est-à-dire ne plus dépendre des énergies fossiles : zéro carbone. Elle devra être vivante et circulaire, c’est-à-dire consommer ses propres déchets, comme un écosystème vivant. Elle devra être sensuelle et charnelle, c’est-à-dire favoriser la présence de matières naturelles en ville : un enfant doit comprendre l’environnement urbain qui l’entoure.

Pour toutes ces raisons, l’utilisation de la terre crue et des fibres végétales à l’échelle urbaine, à côté des autres matériaux premiers que sont la pierre et le bois, doit devenir la norme.

 

Les matériaux biosourcés,le mercredi 25 septembre à partir de 18h30 aux Halles du Faubourg (Lyon 7è). Une conférence avec :

CHEN Haoru, architecte, fondateur de l’Atelier CHEN Haoru, professeur associé à la China Academy of Art de Hangzhou, et professeur invité à l’Université de Nankin. Il figure parmi les finalistes du FIBRA Award 2019.

Romain ANGER, ingénieur et docteur spécialiste des architectures de terre, directeur scientifique d’amàco, l’atelier matières à construire.

 

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