« Pour les personnes les plus précaires, la pandémie ajoute de l’angoisse »
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« Pour les personnes les plus précaires, la pandémie ajoute de l’angoisse »

A lire sur le site de l’IREPS Auvergne.

La crise du coronavirus a des conséquences démultipliées pour les personnes les plus précaires. Qu’il s’agisse d’alimentation, de santé mentale ou d’accès aux soins. Francis Silvente, président de la Fédération des acteurs de la solidarité Auvergne-Rhône-Alpes et directeur du Groupement des possibles en Isère en parle dans une interview accordée à l’IREPS (Instance régionale d’Education et de Promotion de la Santé) Auvergne-Rhône-Alpes. 

> Nous reproduisons ici des extraits de cette interview.

IREPS. Quelles sont les incidences de la crise sanitaire liée au Covid-19 pour les personnes en grande
précarité ?

Francis Sivente. Je pense d’abord à la question des gestes barrières et du confinement pour les personnes qui vivent en squat ou en bidonville. Comment adopter les gestes barrière quand on n’a pas accès à l’eau, au savon, à la distribution de masques ou de gants ? Le risque de contamination est accru pour ces personnes qui sont dans des situations sanitaires déjà précaires le reste du temps.

Les personnes sans domicile, dont l’âge de décès médian est de 51 ans, présentent souvent des pathologies liées à la vie à la rue. Elles cumulent alors des maladies chroniques et un accès difficile à des moyens de protection et ne peuvent pas se confiner. Cela se traduit en ce moment par des risques de comorbidité importants.

« Trouver des solutions alternatives »

Il y a aussi des questions annexes à l’accès à l’alimentation. Par exemple, pour ceux qui n’ont qu’une carte de retrait, comment retirer de l’argent pour s’acheter à manger quand La Poste est fermée ? Comment payer ses courses en liquide dans des magasins qui, par sécurité sanitaire, n’acceptent que les cartes de crédit ? Ou quand on est une famille monoparentale, comment faire les courses sans ses enfants ? Tout cela demande de trouver des solutions alternatives et complexifie tous les actes de la vie quotidienne.

Le respect des gestes barrières est-il possible ?

Le secteur de l’hébergement et de la veille sociale n’est pas prioritaire pour l’approvisionnement de masques. C’est regrettable. Ce sont les associations qui recherchent du matériel, s’approvisionnent où elles peuvent dans un contexte de grande pénurie et bidouillent parfois, comme avec des masques en tissu fabriqués sur initiative citoyenne. Mais on sait bien que le niveau de protection n’est pas toujours optimal et qu’il faudrait au plus tôt disposer de matériel adapté.

« Une période extrêmement anxiogène »

On parle beaucoup de rupture numérique justement. Qu’en est-il pour les plus précaires ?

Le confinement vient aggraver le décrochage scolaire pour les enfants des familles qui n’ont pas d’ordinateur ou pas d’accès à une connexion Internet. Pour éviter que les enfants se retrouvent « déconnectés », les devoirs sont parfois mis dans les boites aux lettres par les enseignants ou les éducateurs, il y a aussi une aide par téléphone, etc. Mais malgré cela, certains enfants bénéficient de visioconférences ou des mails des enseignants, d’autres non. Ce qui génère une inégalité importante.

Sur quels points l’accès aux soins retient-il votre attention ?

Sur le volet santé mentale, cette période extrêmement anxiogène vient aggraver l’état psychologique déjà fragile de certaines personnes. Je pense, entre autres, aux pensions de famille, qui logent des personnes en isolement social. Regarder une chaîne d’informations en continu toute la journée, c’est anxiogène aussi et nécessite un ré-assurage, une écoute ! Le confinement engendre des angoisses et des phénomènes de décompensation qui conduisent parfois à des hospitalisations.

« Cela risque de laisser des traces »

Cette crise sanitaire augmente donc toutes les difficultés vécues par les personnes au préalable : addictions, santé mentale, etc. Cela joue aussi sur les pathologies autres que celles liées au Covid-19 : les hospitalisations sont décalées, les recours aux soins repoussés et, comme les publics en précarité ont un taux de morbidité supérieur à celui de la population générale, cela pose des questions sur la prise en charge à la sortie du confinement.

Le virus est-il à l’origine directement de décès chez les personnes que vous accompagnez ?

Nous avons peu de décès liés au Covid-19 dans notre secteur sur la région. Par contre, il y a toujours des personnes qui décèdent des conséquences de leurs pathologies. Une autre difficulté, que nous rencontrons en ce moment, est l’impossibilité de gérer le deuil comme nous le faisons d’habitude. Avec le confinement, le cérémonial est très limité, on ne peut pas se prendre dans les bras, on fait tout par téléphone et à distance.

Cela risque de laisser des traces. Des personnes, qui ont été isolées pendant leur vie, seront isolées aussi pendant leur mort. C’est également difficile pour ceux qui restent, renvoyés à leur propre isolement. Nous réfléchissons actuellement pour tenter d’aider les salariés et les bénéficiaires sur cette question, pendant ce confinement où les gestes barrière vont jusqu’aux cérémonies funèbres.

« Il est inacceptable de laisser des personnes sans domicile »

La pandémie passe-t-elle au second plan pour les personnes qui ont avant tout le souci de se loger, de manger ?

Pour des personnes qui vivent à la rue ou en squat, la question des gestes barrières et du risque de Covid-19 peut passer en second plan par rapport à la difficulté de pouvoir s’alimenter, se laver, ou encore d’avoir accès à des produits quand on est sous addiction. Le travail des associations est d’informer en continu et d’offrir des services (alimentation, point d’eau, distribution de matériel de protection…) pour que la prise en compte du virus puisse revenir au premier plan. Mais cela n’est possible que si nous répondons à l’un des facteurs clés : celui de l’hébergement et du logement. Il est inacceptable de laisser des personnes sans domicile et cette pandémie vient le souligner avec encore plus de force.

De façon générale, la pandémie ajoute de l’angoisse plutôt que de se placer en arrière-plan. Pour les personnes les plus précaires, cela ajoute plutôt un problème à leurs problèmes.

Lire l’interview dans son intégralité sur le site de l’IREPS Auvergne-Rhône-Alpes (accès libre).

L'AUTEUR
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