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Réforme des retraites : à Lyon, la culture s’énerve
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Réforme des retraites : à Lyon, la culture s’énerve

A Lyon, comme dans les autres grandes villes, les orchestres, les bibliothécaires et autres professionnel.les de la culture enchaînent les actions spectaculaires contre la réforme des retraites. Une chose rare dans un mouvement social interprofessionnel.

A Paris, à la veille de Noël les danseuses de l’opéra interprétaient « Le Lac des cygnes » sur le parvis du palais Garnier, devant une grande banderole « Opéra de Paris en grève ».

Le 14 janvier dernier, à Lyon, des professionnel.les de la culture formaient un cortège funèbre devant l’opéra pour « enterrer notre système de solidarité ».


Contre la réforme des retraites, des « actions théâtralisées »

Le 30 janvier, avant une représentation de La Tosca, le chœur et l’orchestre de l’Opéra de Lyon entonnent « Va pensiero », le chœur des esclaves extrait de l’opéra Nabucco de Verdi, sous une vidéo des différents secteurs en grève contre la réforme des retraites  : enseignants, avocats, soignants… Une action reconduite avant chaque représentation de La Tosca.

Ce mardi 11 février, une petite troupe d’une centaine de personnes ont déambulé tout l’après-midi dans le quartier de la Part-Dieu de la CARSAT à Pôle emploi via la CAF. A chaque étape devant chacune des institutions, des prises de paroles ont raconté un bout de l’histoire de la protection sociale à la Française.

En fil rouge, ces « travailleurs et travailleuses de la culture » entendaient rendre hommage à Ambroise Croizat, le « père de la Sécurité sociale », comme écrit dans un tract distribué aux employés, forcément « macronistes », des bureaux alentours.

Au son de la trompette, l’action se voulait festive et non-violente.

Ce sont ces actions « théâtralisées » qui se sont multipliées depuis début janvier. La première « performance » a consisté dans la distribution d’un courrier mystère aux derniers visiteurs de la Biennale d’art contemporain.

« La culture, ça fédère »

Jusqu’ici peu représentée dans les mouvements sociaux, la culture a fait une apparition remarquée dans les mobilisations contre la réforme des retraites. Dès le 5 décembre, les étudiants des Beaux-Arts avaient surpris les manifestant.es en débarquant avec une énorme banderole renforcée clamant « Grève humaine ».

Au-delà des syndicats du secteur, les professionnel.les de la culture se sont rassemblé.es en divers collectifs. A Lyon, le collectif « Culture au poing » réunit les salarié.es de l’opéra, les ouvreur.ses, les bibliothécaires et des intermittent.es.

Cette manière de travailler en collectif, mais en lien étroit avec l’intersyndicale, s’est prolongée à d’autres secteurs avec « Arts en grève » formé, à Lyon, essentiellement par des plasticien.es et des élèves des écoles d’art comme Emile Cohl.

A chaque grosse manifestation interprofessionnelle, les banderoles « culturopoing » et « arts en grève » rassemblent, au milieu des cortèges syndicaux, plusieurs centaines de personnes issues du monde de la culture. Particulièrement le 9 janvier dernier.

A la création du collectif « culture au poing », on retrouve des bibliothécaires et/ou des syndiqué.es de la CGT Spectacle et SUD Culture qui voulaient, en ouvrant la mobilisation à des personnes hors syndicat dans la culture, ramener plus de monde. De ce point de vue là, c’est une réussite. Une bibliothécaire syndiquée à SUD explique :

« C’est plus mobilisateur que de défiler derrière une banderole Ville de Lyon. La culture, ça fédère. Avec cette étiquette syndicale ou Ville de Lyon, on aurait jamais eu autant de monde ».

A l’origine également, l’idée est aussi d’utiliser les bibliothèques et tous les lieux de culture comme des lieux de rencontre pour aller au contact des gens et informer.

Le cortège "culture" avec la banderole "art en grève" lors de la manifestation interprofessionnelle contre la réforme des retraites du 9 janvier. ©LB/Rue89Lyon

Le cortège « culture » avec la banderole « art en grève » lors de la manifestation interprofessionnelle contre la réforme des retraites du 9 janvier. ©LB/Rue89Lyon

Le véhicule de la culture contre la réforme des retraites

Un membre de du collectif « culture au poing », qui se fait appeler Camille Lagrange explique :

« Concernant cette réforme des retraites, nous n’avons pas de revendications spécifiques au monde de la culture. Nous mettons simplement nos compétences à profit sous forme d’actions théâtralisées. Nous ne sommes pas le Black bloc. Pour l’instant, nous sommes non-violents. Mais à force d’être attaqués de manière injustifiée par la police, comme lors de la manif du 6 février dernier, la colère monte ».

Les fonctionnaires territoriaux de la Ville de Lyon ou d’autres collectivités côtoient des pros de la culture beaucoup plus précaires.

Cet artiste de rue, intermittent du spectacle, poursuit :

« Personnellement, la retraite, je ne vais pas en avoir. Mais je me bats contre la disparition de la sécurité sociale en solidarité avec d’autres. »

Prise de parole de "culture au poing" devant la CAF de Lyon, lors de la déambulation en hommage à Ambroise Croizat "père de la Sécurité sociale". Le 11 février 2020. ©LB/Rue89Lyon

Prise de parole de « culture au poing » devant la CAF de Lyon, lors de la déambulation en hommage à Ambroise Croizat « père de la Sécurité sociale ». Le 11 février 2020. ©LB/Rue89Lyon

« Comment prendre en compte les spécificités de nos carrières dans un modèle qui nivelle tout par le bas ? »

A mezza voce, pour contester la réforme des retraites, des professionnel.les du secteur des arts et de la culture mettent en avant les spécificités de leur travail, qui ont « souvent » pour conséquence des « carrières en dent de scie ».

Une lettre de 242 travailleur.es des arts et de la culture de plusieurs villes, dont le ballet de Lyon pose le problème :

Ce mardi 11 février, un intermittent en charge la sono annonçait la poursuite du mouvement :

« La mobilisation est encore forte même si elle s’essouffle. On est obligé de continuer. Si on lâche après plus de deux mois, il n’y aura plus de possibilité de luttes victorieuses ».

L'AUTEUR
Oriane Mollaret et Laurent Burlet

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