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Colis piégé à Lyon : 10 choses à retenir, une semaine après l’explosion
Société 

Colis piégé à Lyon : 10 choses à retenir, une semaine après l’explosion

Une semaine après l’explosion d’un colis piégé vendredi 24 mai dans le 2ème arrondissement de Lyon, le principal suspect, Mohamed Hichem M., a été mis en examen et incarcéré. Rue89Lyon tire un premier bilan.

1. Vendredi vers 17h30, un colis piégé explose rue Victor Hugo, à Lyon

L’explosion est survenue dans l’hypercentre de Lyon, au croisement de la rue Victor-Hugo et de la rue Sala, devant une boulangerie (2e arrondissement). Dans un communiqué délivré ce vendredi 31 mai, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, détaille la composition de la bombe, à savoir :

« une charge composée de 250 à 400 grammes de TATP associée à des billes d’acier et des vis, un dispositif de déclenchement à distance par télécommande et une source d’énergie composée de 8 piles »

Après 13 blessés légers recensés, le procureur a annoncé une 14ème victime, avec des incapacités allant de un à 30 jours.

Quelques heures après l’explosion au 13 rue Victor-Hugo, le quartier était bouclé. ©Geoffrey Brossard pour Rue89Lyon

2. Le parquet antiterroriste en charge de l’enquête

Le parquet de Paris, compétent en matière de terrorisme, a ouvert une enquête pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et «  tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste ».

Ce sont la sous-direction anti-terroriste (SDAT) de la police judiciaire et la division générale de la Sécurité intérieure (DGSI) qui ont été chargées de l’enquête.

Dans une interview au youtubeur Hugo Décrypte, Emmanuel Macron a évoqué « une attaque », avant de se montrer plus mesuré sur Twitter en parlant seulement d' »explosion » :

3. Des interpellations le lundi et une polémique relayée par l’extrême droite 

Les forces de l’ordre avaient identifié le dimanche le principal suspect, un Algérien de 24 ans du nom de Mohamed Hichem M. Par peur qu’il stocke des explosifs chez lui, les policiers l’ont pris en filature et l’ont arrêté à la descente de son bus le lundi 27 mai au matin, boulevard Yves-Farge dans le 7ème arrondissement de Lyon.

Sur Twitter, l’extrême droite a sauté sur ce laps de temps pour dénoncer une manœuvre visant à influencer les élections européennes.

Dans la foulée, le frère du jeune homme, lycéen, a été interpellé, puis ses parents. Tous ont été placés en garde à vue. La sœur a été entendue en audition libre. Leur domicile d’Oullins a été perquisitionné toute la journée de lundi.

4. Le principal suspect : Mohamed Hichem M., un Oullinois de 24 ans inconnu des services de police

Le jeune homme était inconnu des services de police. Il voulait s’inscrire à l’école d’informatique lyonnaise Epitech, sans succès faute d’avoir pu obtenir un titre de séjour.

D’après le communiqué du procureur, le suspect « est arrivé en France en août 2017 avec un visa touristique, valable 90 jours. Il est actuellement en situation irrégulière sur le territoire français ».

Au départ mutique, Mohamed Hichem M. avoue après près de trois jours de garde à vue avoir déposé la bombe confectionnée par ses soins.

5. Une allégeance à Daech mais le mobile reste encore flou

Le procureur a annoncé que l’inspection de l’ordinateur de Mohamed Hichem M. avait « mis en évidence des recherches sur Internet révélant un intérêt pour les thèses djihadistes et l’activité de l’EI ».

A la fin de sa garde à vue, le jeune homme a fini par reconnaître « avoir prêté allégeance en son for intérieur à ‘’l’EI’’ ». L’explosion du colis piégé n’a fait l’objet d’aucune revendication pour le moment.

Quant à la question du choix du lieu et de la date, le procureur ne donne aucune élément de réponse.

6. La vidéosurveillance et des piles à l’origine de l’arrestation 

D’après Marianne, c’est un débris de pile retrouvé sur les lieux de l’explosion qui a mis les policiers sur la piste de Mohamed Hichem M. Un débris d’une marque de pile Amazon. La police a rapidement identifié la commande de piles passée sur Internet par le jeune homme le 7 mai, et livré à la résidence des Ifs, à Oullins.

Celui-ci avait aussi commandé de l’acétone, qui sert à fabriquer l’explosif utilisé, le TATP. La perquisition du domicile parental a mis en évidence la présence de nombreux objets et produits utilisés par le suspect pour fabriquer sa bombe, listés par le procureur :

« dans la cuisine, une bouteille d’eau oxygénée, une bouteille d’acide chlorhydrique, une bouteille d’ammoniaque, un sac kraft contenant de nombreuses piles, un kit de survie et du fil électrique […] dans les poubelles de l’immeuble une gourde de vélo contenant des traces de TATP, 4 télécommandes, des circuits électriques, un lot de seringues, des lots de fils électriques, des billes d’aciers, des vis et des bouteilles avec des traces d’acétone et d’acide chlorhydrique »

La vidéosurveillance lyonnaise et oullinoise a également permis de localiser le suspect au domicile parental à Oullins.

Plusieurs médias ont annoncé mardi que l’ADN retrouvé sur le sac dans lequel était emballé le colis piégé est bien celui de Mohamed Hichem M.

7. L’ancien et l’actuel ministre de l’Intérieur recadré par le procureur de la République de Paris

En début de semaine, on a assisté à un duel de communication entre l’ancien et l’actuel ministre de l’Intérieur.

Lundi en début de matinée, c’est le ministre de l’Intérieur qui a annoncé l’interpellation du principal suspect sur Twitter :

Plus tard dans la matinée, Gérard Collomb a annoncé une deuxième interpellation et donnant des détails sur l’enquête au Progrès tout en défendant la vidéosurveillance mise en place dans sa ville.

Le lundi en fin d’après-midi, Christophe Castaner est revenu à Lyon sans répondre aux questions des journalistes sur l’enquête, rappelant que seul le procureur de la République était autorisé à communiquer sur le sujet.

Le lendemain mardi, Christophe Castaner a tancé son prédécesseur sur CNews :

“Il y a quelques semaines Gérard Collomb m’adressait un conseil, celui de ne pas trop parler. Il avait raison”

Le ministre de l’Intérieur a ensuite décidé malgré tout de suivre l’exemple de Gérard Collomb, en livrant des indications sur l’enquête en cours.

Et ce même mardi, le porte-parole du ministère de la Justice a remis en place le maire de Lyon sur son compte Twitter.

Surtout, chose rare, le procureur de Paris, dans un court communiqué, a recadré l’ancien et l’actuel ministre de l’Intérieur :

« En application de l’article 11 du code de procédure pénale, il est le seul à pouvoir rendre publics des éléments objectifs tirés de la procédure ne comportant aucune appréciation sur le bien-fondé des charges retenues contre les personnes mises en cause ».

Le mercredi, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a défendu Christophe Castaner sur France Inter, en jugeant « normal » que le ministre de l’Intérieur ait voulu « rassurer les Français » dans une « situation d’attentat, qui suscite de l’émotion ».

Invité sur le plateau de BFMTV dans la soirée de mercredi, Gérard Collomb a employé le même vocabulaire pour se justifier :

« Quand vous êtes maire d’une ville et qu’il y a eu tentative d’attentat qui aurait pu faire quelques morts, il faut rassurer ».

Et il en a remis une couche pour justifier le système de vidéosurveillance lyonnais et son utilisation durant l’enquête :

« Je rappelle que c’est à partir des images de vidéoprotection qu’on a pu remonter jusqu’au coupable. Or, le lendemain les journaux disaient que la vidéosurveillance de Lyon ne vaut rien, que les images sont floues. Non, elles avaient été floutées par la police. »

Appel à témoin diffusé par la police nationale.

Appel à témoin diffusé par la police nationale avec une très mauvaise image tirée de la vidéosurveillance.

8. Encore la rumeur mais pas de panique chez les Lyonnais

Le vendredi 24 au soir, après l’explosion, aucune scène de panique n’a été observée sur la Presqu’île. Les appels et messages reçus par les Lyonnais, selon de nombreux témoignages que nous avons recueillir, provenaient essentiellement de personnes en dehors de la ville.

A Lyon, la vie a suivi son cours. Il n’y a pas eu de renfort de forces de l’ordre ou d’interdiction de manifester (il y avait une Marche pour le climat), seulement une demande de vigilance de la part de la municipalité en direction des organisateurs d’événements.

Le soir-même, une cellule psychologique a été mise en place. D’après 20 minutes, seule une dizaine de personnes s’y sont rendues ce week-end-là. Depuis ce lundi, une prise en charge psychologique et une aide juridictionnelle restent disponibles par téléphone.

La rumeur d’une deuxième explosion, à Vaise, a circulé sur les réseaux sociaux et dans certains médias, rapidement démentie, notamment par la préfecture du Rhône.

9. Aucune poursuite contre les membres de la famille

Après les objets et produits retrouvés à leur domicile, les parents et le frère de Mohamed Hichem M. avaient été placés en garde à vue lundi et interrogés sur ses agissements.

Les parents du jeune homme et son frère ont finalement été libérés ce jeudi « en l’absence d’éléments les mettant en cause à ce stade » d’après le procureur.

Aucune charge n’a donc été retenue à leur encontre.

10. Le principal suspect mis en examen

Le Procureur de Paris, Rémy Heitz, a annoncé ce vendredi dans un communiqué que Mohamed Hichem M. avait été déféré devant le parquet antiterroriste ce vendredi matin.

Ce vendredi soir, il a été mis en examen par le juge d’instruction « pour tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste », « association de malfaiteurs terroriste criminelle », « fabrication, détention et transport d’explosifs en relation avec une entreprise terroriste ».

Il a été placé en détention provisoire conformément.

Les chefs d’inculpation ainsi que la détention provisoire sont conformes aux réquisitions du procureur de la République de Paris.

L'AUTEUR
Oriane Mollaret

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