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Réveillon de la Saint-Sylvestre dans le Vieux Lyon : une agression aux cris de « sales arabes »
Société 

Réveillon de la Saint-Sylvestre dans le Vieux Lyon : une agression aux cris de « sales arabes »

actualisé le 09/01/2019 à 09h32

Deux jeunes gens, habitants de Vénissieux, se sont faits agresser dans le Vieux Lyon dans la nuit du 31 décembre, aux cris de « sales arabes, rentrez chez vous ». Fait peu courant en matière de délit raciste, l’une des victimes a décidé de témoigner à visage découvert dans les médias.

Pour laisser venir la nouvelle année, Mouâd Maï, 21 ans, se baladait à Lyon avec un de ses amis. Venus de Vénissieux, ils voulaient célébrer les premières heures de 2019 dans les rues du centre ville lyonnais. De retour d’Hôtel de Ville (1er) vers 3 heures du matin, ils allaient récupérer leur voiture garée sur les quais de Saône dans le Vieux Lyon (5e) quand ils ont aperçu, au niveau de l’imposant bâtiment de la Cour d’appel, une personne « en boule, à terre » se faire frapper, entourée par un groupe d’une quinzaine de personnes.

« On est allés les voir pour leur dire d’arrêter. Ils se sont retournés et ont tout de suite commencer à nous insulter sur ce mode : « sales arabes, rentrez chez vous, on va vous tuer ». Pendant ce temps-là, ils ont relâché la personne qui était à terre. »

Dans la foulée, le groupe d’agresseurs s’en est pris aux deux amis.

« Ils nous ont sauté dessus. J’avais 5 ou 6 personnes sur moi. J’ai pris principalement des coups de poing au visage. Heureusement, je ne suis pas tombé. Idem pour mon collègue ».

Les agresseurs ont fini par s’éloigner dans les petites rues du Vieux Lyon.

« Voyant qu’on résistait, ils n’ont sas doute pas voulu risquer de voir arriver la police », estime Mouâd Maï.

Sonné, le jeune homme raconte qu’il a quand même pu « dégainer son téléphone » et filmer la fuite des agresseurs (voir la photo ci-dessous).

Capture d'écran de la vidéo de Mouâd Maï. ©DR

Capture d’écran de la vidéo de Mouâd Maï. ©DR

Enquête ouverte pour violences en raison de la race

Ce sont les deux victimes qui ont décidé de faire intervenir les forces de l’ordre.

« Les clients du pub d’à côté n’ont pas bougé, ni même appelé la police. Du coup, les policiers sont arrivés beaucoup trop tard pour arrêter nos agresseurs ».

Dès le lendemain, Mouâd Maï et son ami ont porté plainte au commissariat de Vénissieux. Une enquête a été ouverte pour « violences en réunion suivies d’incapacité n’excédant pas 8 jours, commises en raison de la race ».

Elle a été confiée à la brigade de sûreté urbaine du commissariat du 5e arrondissement de Lyon.
Pour l’instant, il a été reconnu à Mouâd Maï 10 jours d’interruption temporaire de travail ; et 4 jours pour son ami.

Mouâd Maï souffre principalement d’une fracture de la main et d’un traumatisme crânien.

« Je n’étais pas au courant que les ratonnades étaient de retour »

En regardant les pages Facebook des groupuscules de l’extrême droite radicale, Mouâd Maï dit avoir reconnu quelques uns de ses agresseurs. Il n’y a pour l’instant eu aucune interpellation au sein de cette mouvance.

Des militants du GUD devenu Bastion social sont déjà responsables de nombreuses agressions racistes (lire ici ou ) ou dirigées contre ceux qu’ils considèrent comme « gauchistes » (lire ici ou ), commises notamment dans cet arrondissement.

Le Vieux Lyon est en effet toujours un quartier que les nationalistes et les identitaires considèrent comme leur fief.

Mouâd Maï ne se voit pas retourner dans le Vieux Lyon :

« On entendait parler de ces agressions. Mais je pensais que c’était un ou deux fascistes, pas plus. Là, c’est un groupe de quinze personnes qui s’en prend à une puis à deux personnes. Je n’étais pas au courant que les ratonnades étaient de retour ».

Mouâd Maï, 21 ans, devant la Cour d'appel de Lyon, là où il s'est fait agresser dans la nuit du réveillon de la nouvelle année 2019. ©DR

Mouâd Maï, 21 ans, devant la Cour d’appel de Lyon, là où il s’est fait agresser dans la nuit du réveillon de la nouvelle année 2019. ©DR

« Je travaille contre la violence et contre le racisme

Encore « sous le choc », Mouâd Maï répond aux questions des journalistes qui le contactent après la publication d’un premier entretien sur le site du journal Expressions de Vénissieux.

Témoigner à visage découvert lui a paru presque aller de soi au regard de son engagement. Habitant des Minguettes, cet étudiant en commerce international préside l’association Jeunes et Conscients qui compte « environ 200 bénévoles ». Il raconte à Rue89Lyon :

« Notre but est de responsabiliser les jeunes des quartiers à travers des actions humanitaires, culturelles, sociales et sportives. On fait des maraudes pour aider les sans-abri mais je travaille aussi contre la violence et contre le racisme ».

Il souffle :

« C’est tout l’opposé de ce qu’ils m’ont fait subir et de ce qu’ils font subir aux autres ».

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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