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Manif de lycéens à Lyon : « Qui voudra demain d’un bac de lycée de banlieue ? »
Société 

Manif de lycéens à Lyon : « Qui voudra demain d’un bac de lycée de banlieue ? »

actualisé le 10/12/2018 à 20h55 : avec les nouveaux chiffres d'interpellation de la DDSP

Au septième jour du mouvement lycéen contre les réformes de l’Education nationale, ce vendredi devait être un jour de manifestation officielle. A Lyon, entre 2300 et 3500 personnes (selon la police et certains organisateurs) ont péniblement défilé entre la place Jean Macé (7e) et la place Guichard (3e). 19 personnes ont été interpellées

Midi pile, place Guichard, devant la Bourse du travail. Quelques profs syndiqués au Snes, à la CGT, à FO, à SUD ou à la CNT soufflent un peu.

A l’intérieur du bâtiment, une majorité de lycéens participent à une assemblée générale, dans une salle pleine à craquer. Après une semaine de violences et d’affrontements entre jeunes et policiers devant une dizaine de lycées de l’agglomération (lire ici, ou encore ), la fin d’une manifestation qui s’est déroulée « pas trop mal » selon les dires François Jendaud, un militant du Snes, le principal syndicats de profs, s’est faite en pointillés.

Ces syndicalistes étaient précisément là pour répondre à un appel de l’UNL, le syndicat lycéen qui avait déposé cette manifestation lyonnaise :

« On est là pour que les choses se passent bien et temporiser avec les forces de l’ordre ».

Projectiles, gazage puis dispersion

Quelques minutes plus tard, place Guichard, après de nouveaux jets de projectiles sur les forces de l’ordre, les CRS ont gazé et matraqué une centaine de jeunes qui se trouvaient au coin opposé de la place et ne sont pas entrés dans la Bourse du travail.

Jets de canettes ou de cailloux VS gaz lacrymogènes : c’est le scénario qui a régulièrement marqué la manifestation. Parti de la place Jean Macé peu après 9h30, le cortège a remonté l’avenue Berthelot par les voies de tram.

Vers l’arrêt de tramway Jet d’eau, premier caillassage et premiers tirs de lacrymo. Idem à l’angle du boulevard des Tchécoslovaques. Quelques vitrines et abris-bus ont été brisés.

Sur le trajet, à un pas rapide, les slogans étaient peu nombreux. L’un des principaux a été lancé par les Jeunes communistes de Lyon, structurés et présents en nombre : « une solution, révolution ».

La banderole des jeunes communistes de Lyon en tête du cortège. ©LB/Rue89Lyon

La banderole des jeunes communistes de Lyon en tête du cortège. ©LB/Rue89Lyon

Peu de banderoles et de pancartes également ou alors repliées après des mouvements de foule.

Arrivé à l’angle avec le cours Gambetta et l’avenue Félix Faure, le cortège a été stoppé par la police qui a ordonné la dispersion. Des syndicalistes sont allés voir le commandant pour continuer le parcours, sans succès.

Le militant du Snes, François Jendaud, poursuit :

« C’est incompréhensible. S’ils avaient voulu que ça s’excite davantage, c’était le meilleur moyen ».

Après les sommations au mégaphone, la police a envoyé de nouvelles grenades lacrymogènes.
Péniblement, le gros des manifestants a quand même réussi à rejoindre la place Guichard, terminus officiel, par les petites rues.

Et là encore, les gaz lacrymogènes ont répondu aux projectiles lancés par quelques uns.
Les syndicalistes ont alors fait entrer les lycéens dans la Bourse du travail, car l’AG était prévue mais aussi pour protéger les lycéens des gaz et d’une potentielle charge policière.

Des grenades lacrymogène pour disperser la manifestation angle cours Gambetta/avenue Félix Faure (Lyon 3e). LB/Rue89Lyon

Des grenades lacrymogène pour disperser la manifestation angle cours Gambetta/avenue Félix Faure (Lyon 3e). LB/Rue89Lyon

Une vingtaine d’établissements représentés dans la rue

Selon plusieurs sources, au moins une vingtaine de lycées était représentée. Ce qui correspond aux lycées de la périphérie lyonnaise qui connaissent les principaux mouvements depuis une semaine, auxquels il faut ajouter les lycées du centre de Lyon : Ampère, Saint-Exupéry, Diderot, Edouard Herriot ou Saint-Just.

Des établissements peu ou pas touchés jusque là par des blocages.

« A Saint-Just, c’est plutôt cool, explique une élève de seconde. On a bloqué en faisant une chaîne humaine. Mais la police est quand même intervenue pour nous disperser. »

Elle ajoute :

« La violence ne sert à rien. Et la majorité des personnes ici sont non-violentes ».

Avec ses deux copines, elles sont essentiellement venues manifester contre la réforme du lycée :

« Je fais une option théâtre. Demain, je ne pourrai plus la faire. Elle sera supprimée, simplement pour une question d’argent ».

Trois lycéennes de Saint-Just. ©LB/Rue89Lyon

Trois lycéennes de Saint-Just. ©LB/Rue89Lyon

Léane, autre élève de seconde, au lycée Condorcet de Saint-Priest, tient un autre discours :

« On a bloqué vendredi dernier pacifiquement. Personne n’a parlé de nous. Quand, mardi, on a commencé à cramer des poubelles, les médias en ont parlé. »

Cette lycéenne de la banlieue lyonnaise se projette déjà dans l’après-bac. Et la réforme du bac, avec le développement du contrôle continu notamment, elle n’en veut pas :

« La sélection avec Parcoursup va encore plus se faire en fonction de là où on vient. qui voudra d’un bac de lycée de banlieue ? »

« Au quotidien, on essaye de donner toutes les chances aux élèves »

Jeudi soir, le blocage de l’université Lyon 2 a été voté en AG. Résultat, comme l’année dernière en pareilles circonstances, la direction de l’université a préféré fermé les locaux.

Pour autant, il n’y avait pas de vague massive d’étudiants. Jusque là, sur les campus, l’heure était plutôt à la mobilisation contre l’augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers. Un des étudiants en master en anthropologie à Lyon 2 tenait quand même à souligner le début d’une « convergence des luttes ».

Idem, alors que des messages ont circulé du côté des « gilets jaunes » pour soutenir les lycéens, nous n’avons pas vu de fluo dans le cortège.

Quelques profs étaient là pour manifester contre les réformes de l’Education nationale et pour accompagner leurs élèves. Une prof au collège Barbusse et « mère d’une lycéenne » de Vaulx-en-Velin pointe une contradiction :

« Au quotidien, on essaye de donner toutes les chances aux élèves. Mais avec ce bac, l’entrée dans le supérieur va être conditionné à l’endroit d’où on vient. Parcoursup et le contrôle continu vont encore creuser le fossé. »

Elle précise un autre point de friction actuelle :

« Mon fils ne comprend pas, à juste titre, pourquoi le gouvernement va mettre trois milliards d’euros pour le Service national universel (SNU) alors que l’Education nationale manque de moyens. »

Pour Clémentine, prof de Français contractuelle au lycée général de Vaulx-en-Velin, les enseignants doivent « profiter de cette énergie lycéenne » pour contester la réforme du bac. Elle est revenue sur la semaine « très tendue » devant le lycée Doisneau :

« Comme d’habitude, il y a de la violence dans un mouvement lycéen. Mais là, c’est violent côté lycéen et côté policier ».

Clémentine fait quand même classe. Elle organise des débats sur le mouvement en cours.

« Quand on discute, les lycéens nous disent que la violence est le seul moyen de se faire entendre, en faisant le parallèle avec les gilets jaunes. »

Selon la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP), 19 personnes ont été interpellées lors de la manifestation et 21 devant les lycées soit 40 au total, « principalement pour des violences et dégradations comme les jours précédents ». Un total revu à 48 lundi matin par la DDSP.

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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