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« Pour les bobos » ou « trop cher », démontons les clichés sur le vin naturel
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« Pour les bobos » ou « trop cher », démontons les clichés sur le vin naturel

actualisé le 30/10/2018 à 22h17

A l’occasion de la cinquième édition lyonnaise de « Sous les pavés la vigne », le salon dédiés aux vins naturels et actuels organisé par et Nouriturfu et Rue89Lyon, il est l’heure de démonter quelques idées reçues sur le vin naturel. On vous attend de toutes façons pour en causer ensemble, les 3 et 4 novembre, au Palais de la Bourse (Lyon 2è).

Si même Jésus aime le vin naturel, alors... ©Loïc Gautier pour Rue89Lyon.

Si même Jésus aime le vin naturel, alors. ©Loïc Gautier pour Rue89Lyon.

1) Le vin naturel c’est forcément bio

Oui (et non) : Le vin naturel n’est encadré par aucune véritable charte, mais il doit être forcément bio. Il s’agit d’un vin artisanal créé à partir de raisins cultivés dans le cadre d’une agriculture biologique (sans désherbants, pesticides, engrais ou autres produits de synthèse), comme pour un vin naturel. Les producteurs de vin naturel n’autorisent aucun intrant ni technique visant à modifier le jus originel.

Certains vignerons jugent toutefois que le label bio ne va pas assez loin dans sa restriction de produits autorisés à la viticulture, ou préfèrent ne pas entrer dans le processus de certification ; ils s’en passent donc.

Le vin naturel ne contient aucun – ou quasi aucun – des additifs autorisés en vinification classique. Il arrive qu’on y ajoute des sulfites, mais en faible quantité (20-30 mg/l contre 200 mg/l pour le vin traditionnel).

2) Le vin naturel, c’est « acide »

Faux : Le vin naturel c’est comme le reste, c’est selon les goûts de chacun. Et cela varie d’autant plus que la diversité des saveurs dans ces produits sans intrants est immense.

Mais lorsque l’on n’a jamais bu de vin naturel, cela peut demander du temps pour s’habituer, pour découvrir avant de pouvoir être apprécié. Antonin Iommi-Amunategui, auteur de nombreux ouvrages consacrés au vin naturel, dont le récent « Glou Guide » (disponible aux éditions Cambourakis) recommandait trois bouteilles pour les novices :

« Commençons par le rosé, c’est encore de saison ! Il est foncé et fumé, mais il est fou. C’est la cuvée : « Fai Virar » -« Fais tourner » en catalan – du Mas de l’Escarida. Parfait avec de la charcuterie italienne bien grasse.

En rouge, la cuvée « MPN », comme « Mon Pinot Noir », mais ce n’en est pas : c’est un assemblage foutraque de fin de cépages méditerranéens. Le vigneron, Philippe Viret, l’appelle aussi cuvée « 5 minutes » tellement ça se boit bien.

Enfin, en blanc, je recommande sans hésiter : la cuvée « Dessous de table », par Catherine Riss. Un blanc d’assemblage alsacien plein de vitalité, avec un fruit citronné et une bouche riche, veinée d’une belle acidité. C’est encore mieux si on a une mallette plein de billets pour poser son verre dessus ».

3) Le vin naturel, ça sent le « cul de vache » 

Oui et non : Nous avions déjà investigué sur le sujet à la rédaction. Le vin naturel peut avoir une odeur entre le chou-fleur et une écurie. Mais pas de panique, c’est seulement lié à la réduction :

« La réduction c’est l’inverse de l’oxydation. Et le vin supporte mal l’oxydation. C’est pour cela que les vignerons le protègent à l’aide du bouchon, mais également grâce à l’adjonction de soufre ou de gaz carbonique. Et croyez-moi, mieux vaut avoir un vin réduit qu’un vin oxydé ».

La solution ? Un bon coup de carafe, on laisse le vin s’aérer et c’est parti.

4) Le vin naturel, c’est un « truc de bobo-écolo »

Non : Certes, vous trouverez des bobo-écolos (rajoutez n’importe quelle étiquette) qui boivent du vin naturel mais la consommation de vin naturel est beaucoup plus large.

Comme toutes les bonnes choses, le vin naturel transcende les clivages politiques. Par exemple de Gaulle préférait les vins naturels aux grands crus. Sauf à estimer que le général était le bobo de son époque. Alors, on ne peut plus rien dire.

5) Le vin naturel, c’est une mode

Non (et oui) : C’est plutôt le marketing du vin naturel qui est à la mode. Il n’est pas rare de tomber en effet sur des bouteilles faussement rétro, l’étiquette bien travaillée avec des noms référencés (au choix : Groslolo, You Fuck my Wine etc…).

Mais le vin naturel est bu quasiment partout dans le monde (en Allemagne, au Japon, aux États-Unis, au Brésil, au Chili, en Australie). Il existe depuis au moins 8 000 ans (époque à laquelle on s’y serait mis, du côté de l’actuelle Géorgie) et c’est seulement depuis une cinquantaine d’années que la production intensive a modifié les processus.

Surtout, le vin naturel ne risque pas de disparaître. Il est lié à une prise de conscience de notre époque. Il est plus écologique, plus propre et moins snob que les grands crus.

6) Le vin naturel ne se conserve pas

Faux : Comme tous les vins, certains sont faits pour être gardés longtemps. D’autres seront à déguster pour le plaisir immédiat dans les trois à cinq ans maximum. Cela dépend du tanin, de la maturité, de l’acidité et du taux de sucre.

Par contre, comme les vins naturels ne sont pas fixés par des intrants, ils mériteront plus de précautions que les autres :

  • Conservation à une température n’excédant pas 15° en évitant au cours de l’année des amplitudes thermiques trop importantes.
  • On dit aussi que les vins, notamment rouges, qui possèdent une importante matière, auront plus de facilité à se conserver contrairement à un vin blanc un peu plus fluet. Mais il existe bien évidemment aussi des blancs très charpentés.

De très grands vins sont fabriqués de façon naturelle. Comme chez Romanée-Conti -domaine qui produit le vin le plus cher du monde.

7) Le vin naturel, ça donne (beaucoup) moins mal à la tête

Vrai : Une bouteille de vin naturel contient moins de sulfites qu’un vin classique. Naturellement présente dans le vin, c’est cette molécule qui est à l’origine des maux de tête lors d’une consommation trop importante de picrate. Cette molécule joue le rôle de conservateur, mais les vignerons classiques en rajoutent pour prévenir l’oxydation du vin. Solenne Jouan, 29 ans, sommelière à Paris assurait dans un article de Rue89, la vertu du vin naturel:

« le lendemain tu ne seras pas malade. Un peu fatigué, mais jamais mal au crâne, jamais malade. »

8) Le vin naturel, c’est cher

Non : Ce cliché rejoint celui du vin qui serait fait pour les « bobos ». Lisez le Glou Guide, qui vous trouve une quantité de bouteilles exquises à moins de 15 euros. Cela reste une certaine somme, mais fouillez bien, goûtez, évaluez si cela vaut le coup.

Antonin écrit :

« Puisqu’il n’y a plus lieu de discuter le bienfondé de ces vins, le nerf de la guerre, c’est le prix. Un vin qui se veut plus démocratique, horizontal, éthique, ne peut pas coûter un bras, ça n’est pas cohérent.

La majorité des vins naturels doit rester abordable côté CB, c’est essentiel, notamment pour que ce vin bien fait et bienfaisant se diffuse un maximum, qu’il touche et remplisse les verres de toutes les catégories de consommateurs ; c’est-à-dire toutes celles et ceux qui veulent bien mettre 7, 8 voire 12 euros dans une bouteille -ce qui n’est pas rien et déjà nettement plus que le prix moyen d’une bouteille vendue en France. »

9) Le vin naturel est moins sexiste

Oui : Dans cet article déjà cité, Alice Feiring, auteure du « Vin nu » relevait que le secteur du vin naturel n’est pas aussi masculin que le milieu du vin traditionnel:

« Dans le vin naturel, il y a plus de place pour les femmes, les vigneronnes notamment, parce qu’il y a moins de hiérarchie. Plus de place pour sortir de l’establishment. Mais tout n’est pas simple (…) Le monde du vin naturel interroge les modèles établis, y compris en ce qui concerne les rapports entre hommes et femmes. C’est un terrain de jeu plus égalitaire pour tout le monde, avec moins de sexisme. »

C’est dit.

10) Le vin naturel est diarrhéique (…)

Non : Selon une source qui souhaite rester anonyme, la consommation de vin naturel aurait tendance à influer sur son transit. Mais aucune étude sérieuse ne fait le lien entre vin naturel et la diarrhée. Par contre, il est vrai que l’alcool en général provoque la pagaille dans l’intestin. C’est donc un mauvais procès que l’on fait au vin naturel.

En revanche, le vin naturel aurait des propriétés diurétiques. Ce n’est donc que partie remise.

Si l’envie vous prend d’essayer par vous-même les vertus du vin naturel, voici une carte des bons spots à Lyon.

Allez, à votre santé.

>> Et bien sûr, le vin naturel contient de l’alcool, qui est à consommer avec modération. <<

En bleu, les restaurants et les bistrots qui proposent du vin naturel. En vert, vous trouverez les cavistes qui connaissent la bouteille qui vous correspond.

 

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L'AUTEUR
Adrien Giraud
Adrien Giraud

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