Une action spontanée et amusante au service d’une cause sérieuse, ainsi pourrait-on résumer l’initiative de ce groupe. C’est un soir, autour d’un verre, que les jeunes gens ont décidé de renommer une vingtaine de rues du quartier des Pentes de la Croix-Rousse, dans le 1er arrondissement de Lyon. Cette action locale n’est donc pas le fait d’un groupe de militant(e)s organisé(e)s mais plutôt d’individus sensibles à la cause des femmes.
Selon ses organisateurs, l’initiative s’affranchit de tout mouvement ou organisation féministe. Toutefois, le problème de fond qu’il soulève demeure politique en soi. Sur 33% de rues consacrées à des personnalités en France, seulement 6% rendent hommage à des femmes (enquête de janvier 2014 réalisée par l’Union Française Soroptimist).
Pourtant, l’espace public est le lieu où est supposé se côtoyer l’ensemble des citoyens. Symboliquement, il est l’instrument permettant la cohésion de la société. Baptiser une rue ne relève pas d’un choix innocent. Il s’agit de pérenniser une personne ou un personnage dans la mémoire collective, de lui reconnaître une aura nationale. A ce titre, il est inquiétant qu’une si large majorité des rues arborent des noms d’hommes.
Fifi Brindacier, Lisa Simpson…
L’inégalité persistante entre les hommes et les femmes passe également par ce type de domination banale, presque invisible. En ce sens, l’appropriation pacifique de l’espace public constitue un angle d’attaque concret pour un groupe d’individus qui se sent légitimement exclu de celui-ci.
Une poignée de rues du quartier des Pentes de la Croix-Rousse à Lyon ont ainsi été rebaptisées avec des noms de femmes fictionnelles ou ayant réellement existé. Leur point commun réside dans leur importance pour la cause des femmes, qu’il s’agisse d’un engagement revendiqué ou non.
Sur les affiches aux couleurs vives placardées par ces résidents du quartier des pentes, on peut lire les patronymes de Virginia Woolf, écrivaine et féministe ou de Frida Kahlo, qui transgressa les normes patriarcales régissant le monde des artistes. Ce fut également l’occasion pour les organisateurs de célébrer des personnages de fiction auxquelles ils sont attachés, comme Lisa Simpson (« surdouée, saxophoniste, végétarienne, bouddhiste, féministe ») ou Fifi Brindacier, personnage hors-norme qui bouleversa les représentations conventionnelles des jeunes filles dans les ouvrages destinés à la jeunesse.
A quand une rue « Olympe de Gouges » ?
Parce qu’ils sont restés anonymes et n’ont pas revendiqué leur action, les colleurs d’affiches ont seulement pu observer les réactions des personnes qui les ont pris sur le fait. Ils font toutefois état de réactions positives, voire même encourageantes, dans l’ensemble. Il se pourrait même qu’ils renouvellent leur « projet hyper secret » – d’après le nom qu’ils lui attribuent eux-mêmes, dans un futur proche.
Ce type d’initiative spontanée et circonscrite à un quartier semble être dans l’air du temps. Des actions similaires ont déjà été réalisées par d’autres groupes ou collectifs féministes, notamment à Alençon, Nîmes ou Paris. Le nom d’Olympe de Gouges est celui qui revient le plus souvent dans les initiatives de ce type pour symboliser la lutte des femmes en France.
L’ONG Soroptimist, quant à elle, lutte pour atteindre le nombre de 80 rues Suzanne Noël. Une dizaine de rues en France portent aujourd’hui le patronyme de cette femme, docteur en médecine, féministe et pionnière de la chirurgie réparatrice pendant la guerre de 14-18.
Par Elise Capogna sur Heteroclite.org

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