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Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur : « Il faisait du Macron avant Macron »

actualisé le 22/05/2017 à 20h13

Il avait laissé quelques larmes couler ce dimanche et sa joue se loger dans la main du Président de la République, fraîchement investi. Voilà Gérard Collomb nommé ministre de l’Intérieur dans le premier gouvernement d’Emmanuel Macron.

La rumeur avait couru dans la ville ce début de semaine, jusqu’à ce que l’annonce soit faite mercredi après-midi par le secrétaire général de l’Élysée. L’âge de Gérard Collomb (70 ans dans quelques jours, en juin) n’a pas été un obstacle à ce choix, pour une mission réputée éreintante. Le sénateur-maire socialiste de Lyon reçoit donc une forme d’onction suprême en accédant à la Place Beauvau.

Il aura pour mission principale la lutte contre le terrorisme, la mise en place d’une police de « sécurité quotidienne », le lancement d’un vaste recrutement de forces de l’ordre -entre autres lourdes tâches.

Premier cité et doyen du groupe, Gérard Collomb fait partie des trois ministres d’Etat désignés, avec François Bayrou et Nicolas Hulot.

Cela ne sera pas sans conséquence directe pour la famille de ce nouveau ministre lyonnais, puisque son épouse Caroline Collomb est magistrate au tribunal administratif. Désormais, elle ne sera plus en mesure de juger les recours contre les arrêtés d’un préfet directement nommé par son mari.

Caroline Collomb et ses filles apprennent la victoire d’Emmanuel Macron le 7 mai au QG d’En Marche ! à Lyon. © Eric Soudan

Le rêve d’une vie

Gérard Collomb a toujours dit qu’il ne quitterait sa ville et sa Métropole que pour un ministère régalien ou de première importance -ce que le PS lorsqu’il a accédé au pouvoir, lui a régulièrement refusé. Le déconsidérant très ouvertement sur la scène nationale.

C’est donc l’heure du maire de Lyon, à 70 ans (il les fêtera le mois prochain). À l’issue d’un pari politique, pris d’une part parce que c’est le genre de choses qui l’excite encore un peu dans une carrière très politicienne, pris d’autre part « parce que c’était lui parce que c’était moi », Gérard Collomb accède enfin à une forme de Graal.

À un magazine local, un référent de Solférino avait un jour expliqué le fait que Gérard Collomb n’ait jamais accédé à des fonctions d’État avec des mots assez durs :

« On ne confie pas un supermarché à un chef de rayon. »

Si la France est un Super U et que Lyon est son rayon crèmerie, le maire de la ville peut se féliciter d’avoir bien vendu ses fromages. Il est présenté comme le maître d’oeuvre d’une vaste transformation de la ville, de son rayonnement international auquel il travaille toujours, au point de vouloir en faire un modèle pour la France.

Ces réussites urbanistiques, il les doit aussi à des recettes politiques qui ont consisté à mixer les différents bords et partis.

C’est ce qu’on appelle gouverner avec une « majorité de projets ».

« Gérard Collomb, il faisait du Macron avant Macron », analyse assez justement Anne Brugnera, l’une de ses adjointes désormais candidate aux législatives la République en Marche.

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, Gérard Collomb a vu aboutir sa vision doctrinale de la politique.

Baronnie ou la gouvernance « sans demander les avis »

Ce qui sous-tend les actes politiques de Gérard Collomb, c’est aussi une grande autorité, illustrée par des colères dont les personnes qui ont eu à les subir se souviennent longtemps après. Un « autoritarisme », même, que ses opposants qualifient d’anti-démocratique.

La bio politique express de Gérard Collomb

Élu conseiller municipal en 1997
Député du Rhône de 1981 à 1988 (réélu en 1986)
Conseiller régional de 1992 à 1999
Devient sénateur en 1999
Élu maire du 9è arrondissement de Lyon en 1995 jusqu’en 2001
Élu maire de Lyon en 2001, réélu en 2008 puis en 2014 (troisième mandat en cours) – Il est aussi élu président du Grand Lyon sur la période, il en garde la présidence quand la communauté de communes devient Métropole de Lyon en 2015.

La création de la Métropole de Lyon, première du genre en France, est un exemple type de la manière dont Gérard Collomb fait de la politique.

Il a manoeuvré avec une personnalité politique hors de son bord mais qu’il connaît bien, Michel Mercier, figure centriste qui fut très longtemps Président du Rhône puis qui fit un passage éclair dans un ministère en tant que Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy.

Tous deux ont un beau matin montré à la presse le projet de Métropole, présenté comme précurseur et, surtout, totalement ficelé. Gérard Collomb avait défendu sa méthode :

« Si on avait demandé aux uns et autres leur avis, ça ne se serait jamais fait ».

La Métropole de Lyon constitue un terrain de jeu particulièrement réjouissant pour Gérard Collomb, où il exerce son talent de « rassembleur » ou de baron local, selon les points de vue.

Il a convaincu ici une quantité de « petits maires », plutôt de droite ou de centre-droit, rassemblés dans le groupe Synergie, de lui offrir une majorité politique et de le suivre dans ses décisions politiques. Il travaille avec des centristes pris au MoDem notamment.

Et, l’ouverture, le maire de Lyon la revendique depuis quelques années déjà, en plaçant par exemple à ses côtés un adjoint aux finances sarkozyste, Richard Brumm.

Les larmes de « Gérard »

Le maire de Lyon est l’un des premiers à être tombés en admiration devant un ministre de l’Économie qui, en plus d’avoir eu un alignement des planètes propice et extra-ordinaire, a été qualifié assez vite de surdoué de la politique.

C’est ce que ces « larmes d’émotion » versées lors de son accolade avec Emmanuel Macron, investi dimanche à l’Élysée (vidéo ci-après), ont montré : Gérard Collomb a joué le rôle de parrain, de soutien.


L’émotion forte de Gérard Collomb, Maire de… par morandini

Il a mis de l’huile dans les rouages, un peu plus de noir sous les yeux. Il a briqué sa ville de Lyon pour en faire une belle plateforme de décollage pour Emmanuel Macron, lui faisant rencontrer des chefs d’entreprise notamment, lui offrant la possibilité de faire sans faux pas son « meeting-gong », l’un des plus gros de la campagne.

C’est aussi un sentiment de nostalgie qui semble avoir submergé le maire de Lyon lors de l’investiture d’Emmanuel Macron, la nostalgie d’une bataille politique intense et achevée dans la joie, telle que le maire de Lyon les aime :

« C’est la fin d’une histoire que nous avons écrite il y a deux ans, quand je l’ai invité à l’université de Bordeaux. Je l’avais annoncé il y a un an, j’avais dit « Emmanuel Macron sera président de la République ». Il commence une nouvelle histoire et il la commence bien », a dit Gérard Collomb.

La nique au PS

Gérard Collomb fait partie du premier cercle du nouveau président et il est l’un des rares que l’on ne peut pas accuser d’opportunisme à avoir suivi Emmanuel Macron, puisqu’il l’a fait tôt, avant même que le jeune ministre de l’Économie de l’époque ne démissionne du gouvernement Hollande. À ce moment, il s’agissait d’un vrai pari.

« À ce moment-là, tout le monde s’est dit : mais qu’est-ce qu’est en train de faire Gérard ? Il avait fait, comme souvent dans sa vie politique, un pari. C’est un visionnaire, d’une certaine façon », estime Sarah Peillon, socialiste passée du côté d’En Marche, suppléante du député sortant (jusque là PS) Jean-Louis Touraine.

C’est à cette occasion que le maire de Lyon s’est mis à fréquenter les plateaux télé des chaînes d’info, les matinales des radios nationales, se faisant l’un des porte-voix d’Emmanuel Macron les plus actifs. C’est à cette occasion qu’il a fini par être considéré comme une figure politique nationale.

Ainsi cheminant, Gérard Collomb a fait la nique au PS -ce parti que le sénateur-maire assurait aimer encore, lors d’un déjeuner presse en janvier dernier, pour y avoir toujours milité. Mais qui ne le lui a jamais bien rendu.

Gérard Collomb a toujours eu toute liberté sur son territoire, Solférino n’ayant aucun pouvoir ni même aucun avantage à tenter de mettre son nez dans une machine/fédération bien huilée. Le président de la Métropole de Lyon mène chez lui les campagnes telles qu’il les voit, Solfé met un voile pudique sur les méthodes, puisqu’elles fonctionnent. C’est de la politique.

Fidélité plutôt que renouveau

Emmanuel Macron et Gérard Collomb lors ds Jeco 2016. Photo compte Twitter de Gérard Collomb.

Emmanuel Macron et Gérard Collomb lors ds Jeco 2016. Photo compte Twitter de Gérard Collomb.

Chez beaucoup de ses proches à Lyon, élus et militants PS, ceux-là même qui ont parfois dû céder aux pressions du maire, relatives aux choix internes au parti (lors des votes de motions notamment, des primaires en 2012 notamment), Gérard Collomb suscite désormais « l’admiration ».

Plusieurs d’entre eux parlent de « courage politique ». Ceux qui ont fini par suivre la marche de Gérard Collomb ne le regrettent pas : ils sont récompensés et pour certains se voient devenir candidats aux législatives sur des circos gagnables par REM, aux dépends des promesses de renouvellement.

À ce sujet, Gérard Collomb ne sera de toute évidence pas celui qui l’incarnera le plus, en tant que socialiste élu depuis 1977, atteignant l’âge de 70 ans.

Pour autant, il fera partie de la garde fidèle et rapprochée du nouveau Président comme depuis le début et, cela, Emmanuel Macron n’a pas eu envie de s’en passer pour l’Intérieur et sa mission de premier plan.

 

 

 

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