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À Lyon, Emmanuel Macron navigue de gauche… à droite toute

actualisé le 07/02/2017 à 10h54

Pour ce « meeting coup de gong » (la campagne est lancée), Emmanuel Macron a décidé de baisser le volume. Plus de hurlement ni de bras en croix, mais de la littérature juste dite, du libéralisme toujours très dosé, mais aussi de la danse du ventre pour les déçus de Fillon.

Dans le staff stratégique d’Emmanuel Macron, qui est annoncé dans un récent sondage deuxième derrière Marine Le Pen à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, on est pragmatique. Pourquoi ne pas aller pêcher une partie de cet électorat perdu voire carrément écoeuré, depuis qu’il a perdu sa confiance dans François Fillon (rapport au #Penelopegate) et/ou son espoir de voir la droite l’emporter ?

Objectif visé par le candidat dès les premières minutes de prise de parole : faire tomber le clivage gauche/droite -mais en soignant particulièrement les oreilles de la seconde partie de l’arc politique.

Le candidat « ni-ni » a invoqué plusieurs figures tutélaires, parmi elles François Mitterrand et son plaidoyer pour l’Europe, Jacques Chirac et son discours au Vel d’Hiv, Simone Veil faisant voter la loi autorisant l’IVG à des élus de droite et de gauche (comme quoi, ils peuvent bien être raisonnables).

Mais surtout Charles de Gaulles, à trois reprises. Sans oublier Philippe Seguin, surgi là non pas pour son oeuvre mais pour sa bio (« de pupille de la nation à président de l’assemblée nationale »).

Emmanuel Macron a démarré sur la sécurité, proposant d’augmenter le budget de la Défense à 2% du PIB (ce que défend également François Hollande à horizon 2022) et d’ouvrir 10 000 postes supplémentaires dans la police et la gendarmerie (comme Manuel Valls pendant la primaire et comme François Fillon toujours en course).

Il a enchaîné sur le fait qu’il n’accepte pas que des hommes refusent de serrer la main d’une femme, ou encore que leur regard empêche celle-là de s’installer à une terrasse de café.

Autant de rebonds sur des prises de parole d’adversaires, censés le situer plus à droite que Benoît Hamon et tout juste à côté d’un candidat Les Républicains.

Des propositions ? « Don’t boo, vote »

Mais pas de projet de construction de mur, a plaisanté Emmanuel Macron en faisant référence à Donald Trump. Au contraire, Emmanuel Macron a invité tous les chercheurs américains effrayés à l’idée de ne plus pouvoir travailler sur le climat, les perturbateurs endocriniens ou les pesticides, à venir en France -qui a plutôt jusque là vu une fuite de ses cerveaux vers les Etats-Unis.

C’est sans doute la punch-line qui a été la plus commentée sur les réseaux sociaux au moment où Emmanuel Macron l’a prononcée.

Le candidat à qui l’on reproche de ne présenter aucun programme concret était attendu sur des propositions. Il en a peu dessinées, privilégiant le propos politique élargi et élastique permettant d’accueillir largement.

  • On relève toutefois l’allègement des charges patronales allant « jusqu’à 2,5 SMIC ». Ce qui signifie, en décrypté, une baisse des charges (de 10%) sur tous les salaires allant jusqu’à 2500 euros. L’effet pervers du système étant qu’il stoppe net les augmentations de salaire ou bloque les embauches à cette somme, un chef d’entreprise préférant ne pas retrouver un taux de charges plus important.
  • Et la suppression du RSI, toujours pour les entrepreneurs.
  • Concernant les « plus défavorisés », le candidat a voulu faire d’une pierre deux coups, promettant de réduire de moitié les effectifs d’élèves dans les classes (CP et CE1) situées en zone d’éducation prioritaire (zep), mais aussi d’augmenter les salaires des enseignants dans ces établissements spécifiques.

Lorsqu’il a évoqué ses détracteurs et que la partie du public vêtu de t-shirts blancs « En marche » les a sifflés comme un seul homme, Emmanuel Macron a stoppé :

« Non, ne sifflez pas, on ne rassemble pas avec des sifflets ».

Une mise en scène reproduisant le « don’t boo, vote » de Barack Obama ? L’interaction était en tout cas opportune, entre les fans et ce candidat dont la journaliste Laurence Haïm a une fois de plus vanté les qualités, semblables selon elle à celles du 44è président des Etats-Unis.

« J’ai l’impression d’écouter un télévangéliste »

Supporters lors du meeting d'Emmanuel Macron le 4 février au palais des sports de Lyon. ©Léo Germain/Rue89Lyon

Supporters lors du meeting d’Emmanuel Macron le 4 février au palais des sports de Lyon. ©Léo Germain/Rue89Lyon

Quelques élus PS du Rhône se sont pressés. Le premier d’entre eux, Gérard Collomb, soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, a pris en charge les hurlements au micro pour chauffer la salle.

Il a salué le fait que des élus (d’abord son premier cercle, dans les faits) se déplacent malgré « les pressions » subies par leur parti.

Tous les socialistes du terreau local n’ont pourtant pas été atteints par cette macronite aigüe lyonnaise.

Parmi eux, Jean-François Debat, conseiller régional et PS

Côté people, Emmanuel Macron a fait une prise appréciée, si l’on se fie à l’applaudimètre du meeting, avec la personne de Cédric Villani. Le mathématicien français, médaille Fields 2010 et très bon client des médias, a coché la case Macron, estimant au micro qu’il fallait essayer les « choses nouvelles ».

Geneviève de Fontenay n’a elle pas eu droit au micro de Mounir, l’animateur en charge de faire le tour de la salle avant l’arrivée du candidat-prodigue. Mais sa seule présence, avec chapeau et veste assortis, à l’image (projetée sur des écrans géants dans le Palais des Sports en en dehors) a fait sourire.

Celle qui a subi un coup d’état à la tête de son comité de miss aime se présenter comme un baromètre de la sensibilité de gauche (son soutien est passé d’Arlette Laguiller en 2002 à Ségolène Royal en 2007, avant qu’elle ne demande la démission de François Hollande à l’occasion de l’affaire Gayet/Trierweiler, pour faire court).

Devise de la République et féminisme

Emmanuel Macron à Lyon pour le « gong-meeting » du 4 février 2017. ©DD/Rue89Lyon

On a vu également l’académicien Erik Orsenna ou Pierre Henry de France Terre d’Asile. Mais aussi, chez les femmes, une très motivée Marlène Schiappa, fondatrice de « Maman travaille », venue de la Sarthe (« un hasard, rien à voir avec le #Fillongate »).

Elle a clairement donné le ton en adoubant Emmanuel Macron, « candidat féministe » du lot. Une petite vidéo a été projetée, avant son arrivée, dans laquelle il a en effet regretté qu’à son appel à l’investiture ne répondent que très peu de femmes.

Parmi ses annonces-live, Emmanuel Macron a promis que 50% des candidats qui seraient investis sur ses listes aux élections législatives, en cas de victoire à la présidentielle, seraient donc des candidates.

Dans les décisions qui ne coûtent pas cher, le candidat a également choisi son slogan -« En marche » étant le nom de son mouvement. Il n’est pas allé le chercher bien loin, reprenant à son compte la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité ».

Ce qui peut faire gagner du temps et de l’argent en termes d’affichage de campagne puisqu’elle est frappée au fronton des institutions et établissements publics.

Interpellations en marge du meeting

La venue d’Emmanuel Macron a suscité quelques remous dans la ville.

Tout d’abord à Gerland. La police a exfiltré plusieurs personnes considérés comme perturbatrices et a procédé, au total, à 21 contrôles d’identité, selon les chiffres délivrés ce samedi soir par la préfecture du Rhône.

La seule action menée contre la venue du candidat, était celle de « Piratons 2017 » qui a consisté à déployer dehors la banderole éponyme devant le Palais des sports de Gerland.

Selon un représentant de ce groupe, ils étaient les seuls à avoir essayer de perturber le meeting à l’extérieur du Palais des sports.

Toujours selon la préfecture, des « personnes d’extrême droite », dont des militants du GUD, ont été contrôlées et certaines interpellées dans le centre-ville (au métro Saint-Jean notamment).

Certains souhaitaient se rendre au meeting de Macron, d’autres avaient pour objectif de perturber une manifestation des Jeunesses communistes devant le Palais de la bourse (la CCI) aux Cordeliers (Lyon 2ème). Au total, 69 « personnes d’extrême droite » ont été contrôlées et une vingtaine a été interpellée.

 

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