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Soirée électorale à Lyon : des « militants de gauche » attaqués par des individus se revendiquant du GUD

actualisé le 02/05/2017 à 15h33

Dans la nuit de dimanche à lundi 24 avril, un groupe d’une trentaine de personnes s’est fait attaquer par une vingtaine de militants d’extrême droite, place Mazagran, à la Guillotière (Lyon 7ème). Le GUD est une nouvelle fois mis en accusation.

C’était l’un des scénarios redoutés par les autorités lyonnaises pour cette soirée du premier tour de la présidentielle : l’attaque de lieux ou de militants de gauche par l’extrême droite radicale.

La scène s’est déroulée à la Guillotière, dans le 7ème arrondissement, dans la nuit de dimanche à lundi.

Elle nous est racontée par quatre des personnes agressées que nous avons rencontrées le lendemain. Nous avons pu consulter deux plaintes qui ont été déposées.

 « On voulait continuer à parler des élections »

La soirée commence place Guichard où un rendez-vous a été donné par Nuit Debout qui tente de se relancer à Lyon.
Jason (les prénoms ont été changés), 28 ans, travaille dans la logistique. Il explique sa présence dans la rue ce soir-là :

« Après avoir regardé les résultats à la télé, on voulait continuer à discuter. On a regardé ce qui se passait à Lyon. Avec une dizaine d’amis, on a bougé place Guichard où il y avait Nuit Debout ».

Il tient à préciser :

« On n’a rien à voir avec ceux qui organisent Nuit Debout ou avec les antifas (qui sont par ailleurs partis en manif sauvage de la place Colbert jusqu’aux Terreaux, ndlr) ».

Lea, 24 ans, en formation d’éducatrice spécialisée, complète :

« On est bien engagés à gauche, plutôt militants. On a fait toutes les manifs contre la loi travail mais on n’est pas encartés dans un parti ou un syndicat. On voulait surtout se retrouver et parler de ces élections ».

Vers minuit, la trentaine de personnes regroupées place Guichard décident de continuer la discussion place Mazagran. Elles partent par petits groupes sous l’œil des gendarmes mobiles disposés pour « sécuriser » la place.

Au cœur de la Guillotière, rebelote. Installées sur les grandes tables, les bouteilles de bières sont de sortie et les discussions reprennent.

A la Guillotière, les tables de la place Mazagran où se sont faites attaquer une trentaine de personnes par des militants du GUD. ©LB/Rue89Lyon

A la Guillotière, les tables de la place Mazagran où se sont fait attaquer une trentaine de personnes par des militants du GUD. ©LB/Rue89Lyon

Une heure après leur arrivée, on entend un grand bruit. Comme « un cri de guerre » déclarera Jason, le lendemain, au commissariat du 7ème arrondissement.

Une vingtaine d’individus fondent sur le groupe. Ils sont habillés en noir, la plupart le visage masqué. Certains portent un casque.

La trentaine de personnes s’enfuient, sous les jets de bouteille. Certaines sont rattrapées et sont frappées. Parmi elles, Jason :

« Devant moi, une copine a trébuché. Je lui suis tombé dessus. À terre, j’ai été entouré par quatre à sept personnes. J’ai reçu des coups de pieds, de casque et de bouteilles. »

Sa copine, Laura, 23 ans, également en formation d’éducatrice spécialisée, tente de s’interposer :

« C’était horrible. J’ai tenté d’intervenir mais ils me tenaient à distance. Ils répétaient « on ne frappe pas la filles ». Ils ont fini par m’asperger de gaz lacrymogène pour me faire dégager ».

Au bout de cinq minutes, la vingtaine d’agresseurs sont repartis en direction du Rhône.
Les policiers ont été appelés par les voisins mais n’ont interpellé personne.

« On va vous crever, sales gauchistes »

Le groupe de Jason, soit une dizaine de personnes, a fini la nuit dans un appartement d’amis. Une vingtaine d’autres sont parties de leur côté. Nous ne savons pas s’il y a des blessés parmi elles.

Nous avons seulement connaissance d’une personne qui a reçu une bouteille en verre sur le crâne et d’une autre qui a eu la cuisse entaillée par une canette de bière.

Un étudiant de 29 ans, Emmanuel, a, lui, réussi à s’échapper. Il dit avoir vu un homme se faire frapper à terre avec une barre de fer.

Il est catégorique :

« J’ai clairement entendu « on est le GUD ». Ils l’ont répété à plusieurs reprises. Ils disaient : « on va vous crever sales gauchistes ». Ils le gueulaient au milieu de leur chant et de leurs cris ».

Au moins deux personnes sont passées par les urgences, dont Jason. Bilan : huit agrafes derrière le crâne, de multiples contusions et cinq jours d’ITT.

Jason a porté plainte le lendemain, ainsi que Laura, sa copine, qui a tenté de lui venir en aide.

Une enquête a été ouverte. Elle devrait donc s’orienter vers les militants du GUD dont le local était sous surveillance ce soir-là.

Violences d’extrême droite

Pour rappel, le GUD « Groupe union défense » se présente comme un syndicat étudiant. Depuis sa reformation à Lyon à la rentrée 2011, le GUD revendique deux « territoires » : l’Université Lyon 3 (une image dont l’institution tente de se débarrasser de longue date) et le Vieux Lyon.

Ses militants sont responsables de nombreuses agressions racistes (lire ici ou ) ou dirigées contre ceux qu’ils considèrent comme « gauchistes ».

Ces « gentlemen fascistes » (comme ils se définissent) ont ouvert deux boutiques dans le Vieux Lyon et un local à Saint-Just.

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