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MiXit : un passionnant cycle de conférences tech à Lyon

La conférence web MiXit regroupe l’écosystème informatique lyonnais depuis maintenant 7 ans. Ces 20 au 21 avril prochain, c’est l’école d’ingénieurs de la Doua qui accueillera ce moment qui gagne à être connu, au-delà des personnes averties.

Le mot d’ordre : mixité des sujets technologiques, des publics et des speakers. Si MiXit s’adresse en premier lieu aux développeurs et aux codeurs, il n’est pas indispensable d’avoir des notions en programmation. Un cycle de talks « alien », en marge de l’informatique, permet à l’événement de toucher un public élargi, sur le papier au moins.

Les places sont généralement prises d’assaut et cette année, 600 sont parties comme des petits pains.

Dans une veine à peu près comparable, le grand public connaît bien mieux à Lyon le BlendWebMix, machine rodée en termes de communication et soutenue par les pouvoirs publics, alors même que MiXit est un cycle de conf’ plus ancien et, surtout, plus pointu et inventif.

Agnès Crépet, co-fondatrice de l’évènement, nous en dit quelques mots.

« Dans le monde de l’informatique, les speakers ont un profil standard : des hommes, blancs, la trentaine »

Rue89 Lyon : Quelle était votre démarche en créant ce cycle de conférences il y a 7 ans ?

Agnès Crépet : MiXit est d’abord une association fondée il y a 7 ans. C’est un mix entre deux collectifs. Le Lyon Java User Group, dont je m’occupais avec des amis. Cette communauté pro se retrouvait pour échanger autour de ce langage de programmation.

Il y avait une autre petite association avec qui on s’entendait bien, le CARA (Club Agile Rhône-Alpes), qui faisait des soirées pour parler d’agilité, une méthode de gestion innovante.

On s’est dit qu’on aimerait faire une conférence ensemble, qui regrouperait toutes les communautés informatiques de Lyon, en essayant de traiter des thèmes qui pourraient intéresser nos deux publics. Quand on a fait ça, en 2010, c’était l’explosion des meet-ups, tout le monde essayait de créer son propre user group.

Sur le site de MiXit, vous faites référence à certaines valeurs. Quelles sont-elles ?

On essaye de travailler sur la mixité des publics et des speakers. Aujourd’hui, dans le monde de l’informatique, les personnes sur scène ont un profil standard : des hommes, blancs, la trentaine.
MiXit est lié à cette envie de mettre sur scène des gens différents. Il ne faut pas oublier qu’en France, on a des stéréotypes très forts qui sont absents dans d’autres pays.

Cette année, on fait venir deux Indonésiennes, développeuses et entrepreneuses. Je les ai rencontrées il y a 5 ans lors d’un tour du monde, et elles m’ont fait réaliser qu’il y avait presque une parité, en Indonésie. Là bas, il y a beaucoup plus de développeuses que chez nous, parce qu’il y a une culture très différente. Les petites filles apprennent à réparer des voitures par exemple. Ce n’est pas vu comme un truc « sale ».

Chez MiXit, on essaye de mettre en lumière ces autres cultures, en invitant des speakers étrangers et un peu plus de filles sur scène. A mon avis on a tout à apprendre d’eux.

Préparation de l’édition 2017 | Crédit Photo : © MiXit

En sept ans, quels ont été les speakers les plus marquants à MiXit ?

Je citerais Pamela Fox, une américaine qui a travaillé chez Google. Elle avait fait une conférence très inspirante sur les raisons d’apprendre à coder.

Bodil Stokke, une norvégienne, qui avait fait des talk techniques sur la programmation fonctionnelle, du live coding, elle codait en même temps qu’elle parlait.

Dans la partie moins technique, un mec qui s’appelle Dan North, très connu dans le milieu de l’agilité, fondateur de pas mal de méthodologies. On avait donné son contact au BlendWebMix, ils galéraient à trouver des speakers et il avait fait une conférence chez eux.

Pourquoi avoir créé ces conférences « alien », qui traitent de sujets très larges ?

Ces aliens représentent 1/3 du programme. On essaye également de mettre sur scène des personnes qui ont des propos pertinents pour des informaticiens. Cette année, on va par exemple parler du revenu universel. On essaye de donner une ouverture à notre public, une mise en perspective.

« Nous tenons énormément à notre indépendance éditoriale »

Comment vous positionnez-vous par rapport à des évènements plus récents (le BlendWebMix, avec la Cuisine du web), qui bénéficient de plus de visibilité et de soutiens publics ?

Pour nous, ce ne sont pas des concurrents, dans le sens où on trouve que c’est une bonne chose qu’il y ait des propositions diverses de sujets de conférences. Il y a 10 ans, on avait beaucoup moins de choix.

Après, dans MiXit on est tous bénévoles. C’est un travail que l’on fait par passion, sans être payés. Cela se matérialise par des choix qui sont en lien avec nos valeurs. Typiquement, on refuse que les sponsors de notre évènement parlent sur scène : on décorrèle les rentrées d’argent du programme de la conférence. On tient énormément à notre indépendance éditoriale, et on est quasiment les seuls en France à se le permettre.

Le deuxième aspect qui nous distingue de la totalité des conférences en France, c’est l’accessibilité. En général, la place va de 200 euros à 500 euros. Résultat, plein de gens ne peuvent pas se permettre de venir, notamment les plus jeunes.

Nous depuis le début, on est à 50 euros. Ce qui nous distingue d’autant plus des autres évènements, qui réunissent plutôt des « professionnels de la profession », des gens qui ont les moyens ou dont la boîte le permet.

Pourquoi avoir créé une tombola pour les billets ?

L’an dernier, les places sont parties très vite. C’était cool mais on était en même temps un peu déçus, car on tient au principe d’accessibilité. Du coup, cette année, on a mis en place cette tombola, les gens avaient 120 heures pour se pré-inscrire avant le tirage au sort.

On a eu environ 1100 inscrits, pour finalement retenir 600 personnes. Si on pouvait, on ferait plus de monde, mais vu qu’on est bénévoles, grossir c’est aussi compliquer l’organisation.

Atelier MixTeen édition 2016 | Crédit Photo : © MiXit

« On va avoir les fameuses Indonésiennes, qui vont parler de la situation des développeuses en Asie »

Vous organisez aussi des ateliers pour enfants.

Pour de « grands enfants », de 8 à 14 ans, on organise « MixTeen » depuis 2013, avec à chaque fois une cinquantaine d’enfants. Cela se passe sur une demi-journée de conférence, le but est de les initier à la programmation informatique, de manière connectée ou non.

C’est-à-dire qu’ils peuvent être devant un ordinateur, avec des logiciels comme Scratch, en open source, qui permet aux petits d’apprendre à coder.

Mais aussi faire des jeux complètement déconnectés, pour les sensibiliser à l’algorithme, l’anatomie d’un ordi… Pédagogiquement, c’est assez intéressant de travailler en « unplugged ».

Quelles sont les grandes conférences à ne pas louper cette année ?

Les keynote speakers, notamment beaucoup d’aliens, qui seront les plus intéressants selon moi. On va avoir les fameuses Indonésiennes, qui vont parler de la situation des développeuses en Asie.

Ensuite un workshop de Laurent Victorino, assez geek, qui expliquera comment les couleurs bougent sur un écran.

Dans la partie plus technique, il y aura un keynote speaker de Qwant, un moteur de recherche qui offre une alternative à Google. Une américaine, Kari Love, va aussi venir nous parler du lien entre logiciel et robotique ; ses talks sont généralement assez rigolos.

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L'AUTEUR
Anne Rivière
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