Société 

« Nuit Debout Lyon » continue et devient un mouvement itinérant

actualisé le 08/06/2016 à 07h43

Finie l’occupation de la place Guichard. Les militants de « Nuit Debout Lyon » sont partis d’eux-mêmes de la place qu’ils occupaient depuis le 9 avril dernier (avec autorisation de la préfecture). Mais ils promettent de se réinstaller ponctuellement sur d’autres places de la ville.

La boucle était-elle en train de se boucler ? Le 5 avril, 300 personnes s’étaient abritées sous le pont de la Guillotière, au bord du Rhône, pour préparer l’occupation de la place Guichard.

Deux mois plus tard, mercredi 1er juin, c’est sur les Berges du Rhône qu’une petite centaine de personnes a tenu une assemblée générale (AG) pour faire le point sur le mouvement, sans micro ni barnum.

Une centaine de personnes ont assisté à l'AG bilan de "Nuit Debout", sur la pelouse des Berges du Rhône. ©LB/Rue89Lyon

Une centaine de personnes ont assisté à l’AG de « Nuit Debout », sur la pelouse des Berges du Rhône. ©LB/Rue89Lyon


« On a perdu la place Guichard »

Premier constat : la place Guichard a été désertée. Les organisateurs de Nuit Debout n’ont pas déposé pour les prochains jours la demande d’occupation de la place, comme trois d’entre eux le faisaient semaine après semaine. L’occupation est donc officiellement terminée depuis ce mardi 31 mai.

Jean-Pierre, un des photographes du mouvement, qui donnait régulièrement son nom aux autorités, explique :

« Ces deux dernières semaines, les violences se sont multipliées. Plusieurs personnes de Nuit Debout se sont fait taper, principalement par un groupe de dealers qui viennent de s’installer sur la place ».

Un des principaux membres du mouvement s’est notamment fait courser le soir de la 10ème manifestation contre la loi travail.

« Après s’être fait matraquer place Bellecour par la police, on est arrivé à Guichard et là, quelques uns se sont faits taper par des types, poursuit Jean-Pierre. C’en était trop ».

Aucune plainte n’a été déposée mais de nombreux participants ne veulent plus remettre les pieds place Guichard.

Pas tous. Mercredi, en AG, Xavier voudrait « reprendre » cette place :

« On a perdu la place à cause d’une petite bande de connards qui foutent la merde. Il faut s’en ressaisir ».

Mais Mehdi lui a répondu :

« Ça veut dire aussi qu’on n’est pas assez nombreux pour tenir la place et qu’il y a une baisse de la mobilisation. Certains soirs, on s’est retrouvé à dix ».


L’essoufflement d’un mouvement

C’est le deuxième constat. Lors de cette AG bilan, il n’y avait pas foule. Les premiers temps de l’occupation légale de la place Guichard, on pouvait compter jusqu’à un millier de personnes qui passaient entre 18h et 2h du matin.

Certes, parmi ces gens, beaucoup de curieux. Mais « l’essoufflement » est certain. A Lyon comme à Paris, les principaux organisateurs du mouvement le reconnaissent volontiers. Beaucoup mettent en avant le mauvais temps comme l’une des causes principales.

Mais pas que. Un jeune ingénieur au chômage, Tangui, estime que Nuit Debout Lyon « a vu trop grand » :

« On a voulu faire des choses tous les soirs, avec une logistique lourde. Les gens se sont fatigués à force de tout installer, démonter, réinstaller. »

Iris, 25 ans, en service civique dans un théâtre, relativise :

« Au début, c’était l’effervescence, il y avait du monde. Ensuite, il est normal que ça retombe. Les gens ont un travail, une famille. Il est aussi plus difficile de passer d’un temps de réflexion à un temps d’action ».

« L’action », c’est le point sur lequel achoppe régulièrement le mouvement « Nuit Debout » à Lyon.
Il y a la question de la violence et celle de la finalité des actions, avec des personnes qui ne se retrouvent pas avec des actions anti-consommation ou anti-pub en plein mouvement social contre la loi travail.

L’« Université Debout » qui organise débats et conférences depuis près de deux mois et l’infokiosque qui diffuse plus d’une trentaine de brochures sont les deux piliers de « Nuit Debout ». Ce n’est pas la « commission action ».

Résultat, les personnes les plus déterminées à militer contre la loi travail se retrouvent désormais régulièrement au sein d’une « assemblée de lutte ». Le 3 mai, pour l’une des premières, ils étaient environ 150 personnes à décider le blocage du tunnel sous Fourvière.

Cela a commencé place Guichard et, progressivement, ce même groupe a cherché d’autres lieux pour se réunir, jusqu’à occuper illégalement l’ancien collège Truffaut sur les Pentes de la Croix-Rousse, qui se voulait comme un nouveau lieu de rencontre autour du mouvement contre « la loi travail et son monde », selon l’expression consacrée.


De place en place

« Nuit Debout » ne s’interdit pas de revenir place Guichard. Mais il a été plutôt décidé de partir en quête d’autres places pour des « temps forts », à la manière de ce qui se déroulait le dimanche depuis ces trois dernières semaines.

Ce dimanche, le « jour debout » se tiendra place Mazagran, dans le 7ème arrondissement. Des actions « anti-Euro ». sont prévues.

Il n’y aura pas d’AG « décisionnelle », qui se réunira désormais tous les quinze jours, mais des débats thématisés (Sommes-nous en démocratie ? Qu’est-ce que la violence légitime ? La publicité veut-elle mon bien ?…).

L’« Agora », où chacun pouvait prendre la parole devant plusieurs dizaines ou centaines de personnes, est de fait marginalisée. Auparavant, il y aura une tentative ce vendredi soir à partir de 18 heures, à la Confluence, à côté de la marina, pour un « Vent Debout ».

Place Mazagran à la Guillotière, des gendarmes mobiles ont été déployés pour interdire l'occupation "Nuit Debout Lyon". ©LB/Rue89Lyon

Place Mazagran à la Guillotière, des gendarmes mobiles ont été déployés pour interdire l’occupation « Nuit Debout Lyon ». ©LB/Rue89Lyon


Un manifeste rédigé et adopté

De nombreux groupes ou ateliers thématiques n’ont pas eu de suite après les deux premières semaines d’effervescence.

Et Ceux qui subsistent ont tendance à s’autonomiser. C’est le constat dressé par Sylvain, l’un des organisateurs de la première heure :

« Les gens ont besoin de se retrouver en groupe affinitaire. »

Outre l’« université debout » et l’infokiosque, l’atelier « constituant » fait partie de ces groupes.

Tangui défend l’idée d’écrire une nouvelle constitution « qui ne serait pas écrite par les élus pour les élus » :

« Ce qui me gêne le plus, c’est qu’on ne peut pas révoquer un élu qui ne suit pas le programme pour lequel il a été élu ».

Le groupe de Lyon est en contact avec d’autres groupes, notamment celui de Toulouse qui serait « le plus avancé ».

Un groupe s’est également réuni pour écrire un « manifeste », après une première tentative pour écrire une charte.
Lors de l’AG du 1er juin, ce texte publié sur le forum a été validé en AG et fera l’objet d’un tract.
Le texte est une fiche de présentation de ce que veut « Nuit Debout » sans rentrer dans le détail :

« Pourquoi ?
Pour une démocratie réelle. Pour la convergence des luttes. »

Quoi ?

Débats, échanges, éducation populaire, actions, événements festifs. »

Il ré-insiste sur le fait que la lutte contre la loi travail est la première lutte mais que le mouvement ne se limite pas à cela :

« Nos combats ? 
Au sein des Nuits Debout il y a de nombreuses et diverses luttes, la liste est ouverte et dépend de ceux qui participent :

CONTRE la loi travail, l’état d’urgence, tous les rapports de domination (domination économique, domination au travail, racisme, sexisme, fascisme, …), contre une minorité qui s’accapare notre société et ses richesses.

POUR construire concrètement jour après jour un nouveau monde plus juste, plus heureux et plus solidaire. »

Mais son article « Où ? » est déjà obsolète :


« La Place Guichard est le lieu de convergence ».

Ce n’était plus le cas le jour où le texte a été applaudi (silencieusement) en AG.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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