Appartement 16
  • 7:53
  • 5 septembre 2014
  • par Laurent Burlet

Mourad Benchellali, ex-détenu de Guantanamo, en route contre le djihad

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Mourad Benchellali a 19 ans quand il part pour l’Afghanistan, sur les conseils de son frère aîné, pour s’entraîner dans les camps d’Al Qaeda, quelques semaines avant le 11 septembre 2001. A ce moment-là Ben Laden n’était pas encore la figure qu’il est devenu. Son frère lui avait expliqué qu’il tirerait à la kalachnikov et qu’il apprendrait l’arabe. Il se voyait rentrer chez lui, à Vénissieux, après son séjour. Il n’est revenu que de longues années après. Après 30 mois de détention sur la base américaine de Guantanamo et 18 mois de prison en France.

Ce mercredi 3 septembre, la Cour de cassation a confirmé l’arrêt de la cour d’appel de Paris qui condamnait Mourad Benchellali, avec quatre autres Français de Guantanamo, pour « association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste à un an de prison ».

C’est le dernier épisode d’une longue bataille judiciaire. En 2009, la cour d’appel de Paris les avait une première fois relaxé en reconnaissant que la procédure reposait sur des interrogatoires menés à Guantanamo par des agents des services secrets français. alors que le centre de détention militaire est en dehors de tout cadre légal.

Mourad Benchellali ne veut pas entendre qu’il est considéré par la Justice française comme un terroriste, alors qu’il n’a fait « que » séjourner dans un camp d’Al Qaeda dont il dit qu’il ignorait tout à l’époque. Il aurait été manipulé par son frère, condamné pour terrorisme :

« Je suis parti sur les conseils de mon frère. Je suis ni un terroriste ni un djihadiste mais un jeune qui s’est fait embrigader ».

Making of
Mourad Benchellali reparle à la presse (lire aussi son entretien dans Tribune de Lyon). Pour dissuader les jeunes de partir en Syrie. Mais pas seulement. Il veut rendre hommage à un des ses avocats, le Lyonnais Jacques Debray, aujourd’hui atteint de la maladie de Charcot. Il a créé une association pour le soutenir « Jacques Debray, une main tendue contre la SLA pour collecter des dons. Il envisage de tourner un documentaire sur le parcours de l’avocat.

Il imaginait partir à l’aventure et nie toute intention criminelle. Il considère surtout qu’il a suffisamment payé ses erreurs en étant incarcéré, sans procès, à Guantanamo pendant trente mois.

Son combat judiciaire continue donc. Un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme va être engagé.

Un de ses avocats William Bourdon, qui est aussi celui de l’autre Vénissian de Guantanamo, Nizar Sassi, a également déposé une plainte pour torture. Un juge d’instruction a été nommé en janvier 2012 mais jusque-là les Etats-Unis ont refusé de coopérer avec la Justice française.

Mourad-Benchellali-Guantanamo

Mourad Benchellali photographié en août 2014 à Vénissieux. ©Laurent Burlet/Rue89Lyon

« Je ne fais pas de politique ; j’interviens en tant que musulman »

Mourad Benchellali n’est pas un bavard. Les mots sont pesés et sortent difficilement, comme s’il revivait le « cauchemar » à chaque fois qu’il raconte son récit.

Pour témoigner, il a publié un livre « Voyage vers l’enfer ». Après une tournée de promo, il s’est tu. « Trop dur ».

Aujourd’hui, il reprend la parole pour tenter de dissuader les candidats au djihad en Syrie. S’il n’a pas « la » solution pour déradicaliser ces jeunes, il préfère raconter son histoire plutôt que de se poser en « donneur de leçon ».

« Je ne fais pas de politique. J’interviens en tant que musulman. Le silence peut être une complicité. Il y a une carence de la part de la communauté musulmane. Il faut donner des réponses aux questions de ces gamins ».

En tant que musulman, il sait que « tout est question d’interprétation » :

« Je me suis retrouvé une arme à la main. Je sais comment on légitime la lutte armée. L’appel au djihad est une manipulation ».

Quand nous le rencontrons à la terrasse d’un café de Vénissieux, on apprend tout juste l’arrestation de deux adolescentes (dont une de Vénissieux) qui auraient projeté un départ en Syrie.
Il revit son histoire :

« Je m’identifie à ces histoires. Je comprends aussi la détresse de ces familles qui apprennent que leur enfant veut partir ou est déjà parti ».

« Le traumatisme de Guantanamo reste »

Il habite toujours sur le plateau des Minguettes, à Vénissieux, à deux pas des tours de l’avenue Lénine où il a grandi. Mais sans sa famille.
Son père, imam, et sa mère ont été expulsés en Algérie en septembre 2006 à la suite de leur condamnation, avec le grand frère, au procès des «filières tchétchènes». Le même frère qui a organisé tout son voyage en Afghanistan. Aujourd’hui, les deux frères ne se parlent plus.

Mourad a pensé vivre en Algérie près de sa mère, aujourd’hui divorcée. Mais il préfère rester France auprès de son fils de sept ans. Il gagne sa vie comme carreleur, le métier qu’il a appris à sa sortie de prison. Il veut arrêter son entreprise d’artisan pour travailler auprès des jeunes, dans l’insertion et vient de terminer une formation.

« Il faut savoir mettre son amertume de côté. J’ai été catalogué « terroriste issu d’une famille de terroristes ». Je veux démentir cette accusation. La meilleure réponse à tous nos geôliers de Guantanamo est de faire quelque chose de positif. Pour qu’ils ne disent pas « on ne l’a pas détenu pour rien ».

Le regard dans le vague, il égrène alors, comme dans son livre, les mauvais traitements.
Emprisonné sans jugement, ni poursuites, il estime avoir été un « cobaye pour toutes les équipes d’interrogateurs des Etats-Unis (CIA, militaires,…) » :

« Ils ont expérimenté leurs nouvelles méthodes sur nous. On a été battu, menotté à une barre, attaché dans des positions douloureuses pendant des heures. S’ils considéraient qu’on ne coopérait pas, on nous mettait à l’isolement total, on nous privait de sommeil. »

Mais il n’organisera pas de débat ou de conférence de presse pour raconter son histoire. Il voudrait surtout être invité dans les écoles, en France. Il l’a déjà été dans les écoles suisses et belges lors de la sortie de son livre. Il a même été invité au 13h de la RTBF (la chaîne de télé publique belge).

Mais en France, il reste « un mec de Guantanamo, donc un terroriste ».


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27 Commentaires postés

  1. Le témoignage de Mourad est précieux. Il a un vrai rôle à jouer ! On sent dans ses propos qu’il s’agit de quelqu’un de mesuré, très loin d’un terroriste.

  2. J’ai du mal à avaler son côté repenti innocent.

    cette homme est à éloigner des enfants et surtout des ados ! Trop dangereux de le laisser endoctriner les gens les plus faibles !

    On ne part pas à Guantanamo pour rien et la justice françaises elle ne condamne pas sans preuve !

    • On part à guantanamo pour un soupcon (ou parce qu’on s’est fait vendre par un local). Et la justice francaise ne l’a pas condamné, ni même l’americaine (c’est bien le probleme de guantanamo), mais la simplement conservé au frigo.

      Quant aux enfants, vous croyez peut etre qu’ils vont le laisser seul dans une pièce avec eux? De toute facon, que vous le croyez ou pas, son message c’est « le terrorisme c’est pas bien », et c’est ce qu’entedront les enfants.

    • Effectivement le scandale de Guantanamo est qu’on y a emprisonné en dehors de toute legalité et sans jugement.
      Même lorsqu’il y a un procès la justice n’est pas in faillible, surtout aux États Unis : « L’organisation Innocence Project a estimé à 317 le nombre de condamnés innocentés (souvent après de longues années de détention) par des expertises ADN aux Etats Unis, dont 18 dans le couloir de la mort. Quelque 70 % d’entre eux étaient des personnes de couleur. » (le Monde)

    • Au contraire, c’est bien que les enfants ou les jeunes puissent entendre le temoignage de quelqu’un qui a vecu cet enfer. Qu’ils comprennent ce qu’est vraiment l’Islam et que ce ne pas synonyme de tuerie, de guerre de religion. Que partir dans un pays en guerre faire le djihad n’est pas comme jouer à la guerre, qu’avoir une arme et tuer a des consequences. Malheureusement, ces jeunes qui sont embrigadés pensent devenir des heros en partant et pensent etre dans le droit chemin alors qu’on leur a raconter des mensonges, que leurs recruteurs ont plus une soif de pouvoir que de combattre pour l’Islam.
      On a besoin que certaines personnes puissent contrer cette manipulation et aider les jeunes. Rien de mieux et de plus credible qu’un temoignage.

    • tu as des preuves de ce tu avances? alors citez les nous?

  3. « Le silence peut être une complicité. Il y a une carence de la part de la communauté musulmane. Il faut donner des réponses aux questions de ces gamins « .

    S’il y a une phrase à retenir de ces beaux témoignages, c’est bien celle-ci, à mon avis. Les autorités religieuses musulmanes sont étrangement silencieuses et laisser faire uniquement l’état par les arrestations de prétendants au départ, risque tout simplement de braquer encore plus les jeunes qui ne trouvent pas d’avenir ici et à les décider à partir

    • Etrangement? non, ils s’en foutent tout simplement et vaquent à leur vies quotidiennes comme 90% des français qui se torchent royalement de la politique et de la vie des autres.

      Apres tout, celà n’arrive qu’aux autres. Pourquoi devraient ils se mobiliser? Vous avez peut etre cru que « la communauté musulmane » était un bloc soudé qui a une vie secrete et communique intenséement de manière à se coordoner efficacement pour le jour du grand remplacement?

      Non. Ce sont des individualistes egocentriques comme vous et moi qui se préoccupent juste du quotidien, du prix de l’essence et des patates, et va voter par sms devant incroyables talents en ralant devant les infos de tf1.

      • apparemment, vous ne connaissez pas grand chose aux quartiers où vivent des familles musulmanes, si non, vous ne parleriez pas d’individualisme et d’égocentrisme. Ca ne vous empêche pas de pérorer après chaque commentaire … ce serait rigolo si ce n’était islamophobe, foi d’athée.

        • LOL!! car c’est ça pour vous la communauté musulmane? les quartiers??? On doit pas fréquenter les mêmes catégories sociales ^^

          Les « quartiers ou vivent des musulmans », ce sont les communautés DES QUARTIERS, qui ne représentent qu’eux même (faut les voir les ptits jeunes quand ils vont aller tabasser ceux des autres « quartiers » pour la seul raison d’etre originaire d’une cité differente) et qui reconaissent à la rigueur une solidarité ethnique, voir continentale (des ancetres).

          Alors unis par la foi, vous me faites bien rire. c’est à peine s’ils sont unis par la proximité géographique d’un même bloc de batiments (quand ils sont pas en train de se bouffer le nez entre eux pour des histoires de traffic ou de voisinnage).

      • ils regardent tf1 vous êtes sûr?
        mais c’est quoi toutes ces paraboles aux balcons ?

  4. Le jihad et l’extermination des mécréants sont des ordres coraniques. Mahomet lui-même était le 1er des jihadistes: http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/jesus-mahomet-ce-qui-les-separe_655733.html

    • wai, bah c’est partout pareil hein, une religion reste une religion, du poison:

      Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère, et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison » (Matthieu, x, 34-36)

  5. Non mais rien que le fait de partir en afghanistan, le mec croyait quoi qu’il a faire du scoutisme?? Il nous prend vraiment pour des cons. J’imagine très bien que son amertume pour l’occident, dont il aprofitait les largesses avec ses familles et crachent dessus en partant faire du djihad en sachant très bien qu’il servait une cause criminel, il savait qu’on lui donnerait une arme. De dire qu’il n’est pas un terroriste pour être parti et fait un entrainement dans le but de combattre sa terre de naissance, c’est un peu fort de café de dire je suis innocent. Qu’il était assez naif ok, embrigader par son père et son frére ok, mais innocent non. La seule chose qu’il peut faire maintenant c’est éduqué son gosse dans l’ouverture d’esprit et la non violence. Ce serait déjà pas mal avant de s’occuper des gosses des autres.

    • Alors là, je ne suis pas d’accord. C’est très simple d’avoir ce jugement aujourd’hui après 13 ans de reportage sur l’Afghanistan.

      Le mec part AVANT le 11 septembre, époque ou peu de français pouvaient placer l’Afghanistan sur une carte. Et il avait 19 ans le môme, influencé par un frère peu scrupuleux.

      Replacer l’histoire dans son contexte svp…

      PS: la guerre URSS – Afghanistan, il était trop jeune et je ne pense pas qu’il est allé assez loin a l’école pour l’apprendre. De plus a l’époque, c’etait les « gentils » via le commandant Massoud.

  6. Je suis allé en Afghanistan je pensais que j’allais tirer à la Kalach mais jamais au grand jamais je n’avais des idées terroristes nous dit il…
    Il est sérieux ou bien il se fout de la gueule du monde???
    30 mois de taule… Mouai… Pas assez pour ce genre de type. On devrait en plus les stériliser pour être certain qu’ils ne se reproduisent pas et qu’ils endoctrinent pas d’autres gamins paumés

  7. Monsieur, je vous trouve très courageux d’admettre que vous avez fait une erreur. L’erreur est humaine, savoir la reconnaitre est encore plus humain. Est-ce que reconnaître l’erreur soustrait à la responsabilité ? Non, et je ne me substituerai pas à la justice pour dire si vous avez « assez payé » (je l’espère pour vous). Je vous admire de vouloir que votre erreur ait au moins l’effet positif de servir à faire réfléchir d’autres jeunes. Bon courage et bonne chance pour la suite de votre parcours.

  8. Non mais le gars ils nous prend pour des idiots !

    « C’est la faute à son frère ». Vive l’excuse bidon !

    Non mais allo tu pars en Afghanistan dans un camps d’entraînement terroriste ou tu t’entraîne à tirer mais tu crois en fête que c’est le club Med façon low cost

    Pour nous prendre pour des jambons je te décerne le trophé du vainqueur

  9. merci pour ce portrait intéressant

  10. J’ai du mal à comprendre comment ce témoignage génère des commentaires aussi véhéments. Cet homme à subi l’influence néfaste de sa famille, une formation para-militaire en Afghanistan et la torture à Guantanamo. Il aurait pu revenir brisé et animé par une soif de vengeance.

    Pas du tout.

    Les intellectuels de tous bords se demandent ce qu’attend la communauté musulmane pour sortir de son silence concernant ces départs répétés vers la Syrie et ce que ces fous appellent le Jihad. On attend toujours malgré l’individualisme et la faible cohésion de cette communauté (qui finalement n’en n’est pas une). Il y a un homme qui tente de prévenir, parce que lui a vécu l’enfer, et vous tous allez lui jeter la pierre ?

    Vous n’avez besoin de personne pour passer pour des cons.

  11. Monsieur
    Je pilote un livre à caractère pluridisciplinaire sur le terrorisme. Plus d’une vingtaine de coauteurs de toutes disciplines participent à cet ouvrage Je serais très honoré d’une contribution de votre part et de Mourad BENCHALLALI si ce thème peut vous intéresser. Dans cette hypothèse je vous adresserai le nom des auteurs et les intitulés des articles
    je vous prie de croire à l’assurance de mes sentiments distingués
    jacques Delga
    Avocat honoraire
    Professeur honoraire à l ESSEC jacques.delga@orange.fr