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Législatives 2022 : avec la maire de Vénissieux, les communistes entrent en dissidence
Actualité  Politique 

Législatives 2022 : avec la maire de Vénissieux, les communistes entrent en dissidence

par Laurent Burlet.
Publié le 4 mai 2022.
Imprimé le 26 mai 2022 à 18:35
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Michèle Picard, maire communiste de Vénissieux, se considère comme la meilleure candidate de l’union de la gauche pour les législatives 2022 dans sa circonscription et le fait savoir. L’accord national signé entre le PCF et la France insoumise positionne l’Insoumis et journaliste Taha Bouhafs comme candidat dans la 14e circonscription du Rhône. Les communistes soutiennent toujours la candidature de Michèle Picard et veulent faire bouger l’accord.

Dans la nuit du 2 au 3 mai, les communistes ont rejoint l’accord national signé par les Insoumis et les Verts. Des militants PCF sont ainsi investis dans 54 circonscriptions au nom de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Dans le Rhône, le PCF obtient deux candidatures portées par deux syndicalistes CGT : dans la 8e circonscription (nord Beaujolais) avec Cécile Bulin et la 11e (Givors et alentours) avec Abdel Yousfi.

Exit donc notamment : Boris Miachon-Debard, adjoint à l’urbanisme du 7e arrondissement de Lyon, qui voulait être candidat sur la 3e circonscription, Aline Guitard dans la 2e circonscription ou encore Marie-Noëlle Lekouara dans la 4e circonscription.

Quant à la maire de Vénissieux, Michèle Picard, elle a annoncé dès le 3 mai, via un communiqué de la section communiste de Vénissieux, maintenir, pour le moment, sa candidature dans la 14e circonscription. Le titre est clair : « Michèle Picard est la candidate légitime pour unir une gauche populaire, de combats et d’actions ».

La maire de Vénissieux Michèle Picard Versus le parachuté Taha Bouhafs

Même s’il n’est pas officiellement investi, le très médiatique Taha Bouhafs, journaliste et militant antiraciste, est annoncé pour être le candidat de la France insoumise (LFI). Face à lui, la maire communiste de Vénissieux, Michèle Picard, est donc présentée comme « la meilleure candidate » par ses troupes.

« Elle a déjà battu le député LREM aux élections municipales de Vénissieux et aux élections métropolitaines sur la circo Portes du sud, territoire qui représente 80% de la 14e circonscription. La logique aurait voulu que les négociations nationales le reconnaissent. Ce n’est pas le cas ».

Au niveau départemental, le patron de la fédération, Raphaël Debû, affirme que cette dissidence locale, unique en France, est soutenue par les instances nationales du PCF et par les autres partenaires de gauche :

« On est soutenu par notre direction nationale. Et localement, tout le monde, du PS aux écologistes, nous dit que Michèle Picard est la meilleure. La France insoumise doit l’entendre. Je sais que les législatives sont des élections nationales mais le local a son mot à dire. C’est une décision de parachutage prise à Paris qui ne tient pas compte des réalités locales ».

Mais chez les responsables écologistes et les socialistes locaux, on affirme ne pas soutenir cette dissidence. Mais les échos sont bien différents à EELV ou au PS.

En attendant la convention de la FI ce week-end qui va officialiser la candidature de Taha Bouhafs, le co-secrétaire départemental d’EELV, Nathan Guedj soutient le « candidat unique de la gauche Taha Bouhafs ». Idem, du côté de Benjamin Badouard, porte-parole EELV Rhône-Alpes et co-président du groupe écologiste à la Métropole de Lyon, qui confirme que pour EELV, le candidat sur la 14e est Taha Bouhafs :

« La dynamique historique de l’union doit ramener tout le monde à la raison et sortir de ces conflits internes pour enfin créer l’espoir de l’alternance ».

Chez les socialistes du Rhône, si on on ne soutient pas Michèle Picard, on ne se prive pas de rejeter la candidature de Taha Bouhafs à mots couverts. Une motion du bureau fédéral a même été votée le mardi 3 mai dans ce sens et envoyée à la presse ce mercredi après-midi :

« Nous invitons l’ensemble de nos partenaires à investir des candidat-e-s qui s’inscrivent pleinement dans le respect de [nos] valeurs communes. Il serait particulièrement dommageable, que la grande alternative de Gauche que nous souhaitons proposer aux Françaises et aux Français, soit perturbée par la présence de candidate ou de candidat à un mandat d’élu-e de la République suscitant le trouble et la polémique en raison de condamnation sur le plan judiciaire ».

Avant l’accord national, le patron des communistes du Rhône plaidait pour une candidature Michèle Picard en allant également sur le terrain judiciaire et éthique :

« Nous avons un vrai problème éthique, au vu des condamnations pour injure raciale du candidat qui pourrait être parachuté dans la 14e.  »

Taha Bouhafs a en effet été condamné en première instance pour « injure en raison de l’origine » après avoir qualifié la syndicaliste policière Linda Kebbab « d’arabe de service », alors qu’elle défendait des policiers accusés de violences policières. Il a fait appel de cette décision.

Michelle Picard, maire de Venissieux législatives
La maire de Vénissieux Michelle Picard à la sortie d’une réunion « Sécurité et tranquillité publique » à la préfecture du Rhône, le 24 juillet 2020.

La campagne des législatives de la maire de Vénissieux suit son cours

Après l’accord, Raphaël Debû, maintient que la candidature de Taha Bouhafs est « une erreur de casting » et que ses propos et sa personnalité sont « clivants » :

« Il y a une candidature qui divise et une autre qui rassemble, dans une circonscription où l’on peut battre le candidat marcheur ».

Le secrétaire départemental du PCF revient également sur les candidatures du CRS Damien Monchau pour le RN et d’un autre parachuté, le secrétaire national du syndicat France Police, Bruno Attal, pour Reconquête.

« En face de Taha Bouhafs, l’extrême droite a mis deux flics. On ne veut pas que le débat se focalise autour des violences policières. C’est très important mais ça ne couvre pas tout le champ des préoccupations. Les principaux sujets restent l’emploi, les salaires et le logement ».

Le lancement de la campagne de Michèle Picard prévu avant la signature de l’accord national le 5 mai à la salle Joliot Curie de Vénissieux est donc maintenu. Pour cette troisième tentative, la maire sera accompagnée de son suppléant, Guillaume Dumoulin, syndicaliste CGT (ex-SAD, filiale de Presstalis).

Tous les militants communistes sont au rendez-vous pour tenter de faire passer un message aux Insoumis : le poste de député de cet ex-bastion communiste doit revenir à l’héritière d’André Gerin, ancien maire de Vénissieux et député PCF de 1993 à 2012.

« On va mener la bataille jusqu’au dépôt des candidatures, entre les 16 et le 20 mai, promet Raphaël Debû. On ne voit pas comment on ne pourrait pas faire bouger les lignes et gagner. »

Contacté par Rue89Lyon, Taha Bouhafs n’a pas, pour le moment, donné suite.

[Mise à jour du 9 mai à 9h30] Taha Bouhafs a été officiellement investi le samedi 7 mai par LFI. Le surlendemain, le lundi 9 mai, Sur France 2, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a réitéré le soutien du parti communiste à Michèle Picard en demandant le retrait de la candidature du journaliste.

Article actualisé le 17/05/2022 à 10h01 : avec des précisions sur les positions du PS et d'EELV sur la candidature de Taha Bouhafs puis les propos de Fabien Roussel le 9 mai
L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Cofondateur et directeur de publication de Rue89Lyon

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