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La Cocarde : le retour d’un syndicat étudiant d’extrême droite à Lyon
Société 

La Cocarde : le retour d’un syndicat étudiant d’extrême droite à Lyon

par Guillaume Bernard.
Publié le 19 mars 2022.
Imprimé le 24 mai 2022 à 20:21
2 179 visites. 1 commentaire.

Depuis la rentrée universitaire 2020, la Cocarde, syndicat étudiant d’extrême droite, a fait son apparition sur les campus de Lyon. Si elle n’est représentée dans aucune des instances étudiantes, elle multiplie les actions et signe le retour de l’extrême droite lyonnaise sur les campus.

Lundi 28 février à l’université Lyon 2, sur le campus de Bron, Adil Othman, observe un regroupement inhabituel.

« C’était aux alentours de 10h. Ils étaient 12-13, certains avaient le visage couvert et ils diffusaient des tracts. On a vite vu que c’étaient des militants d’extrême droite », raconte le militant à l’UNEF-TACLE (tendance de l’UNEF proche du NPA).

Bonne pioche, le groupe repéré n’est autre que la Cocarde lyonnaise.

Accompagnés par quelques-uns de ses camarades, il décide d’organiser un contre tractage.

« Comme on avait des tracts spécifiques contre l’extrême droite, on est allé les diffuser juste à côté d’eux. Ils étaient accompagnés de personnes plutôt à forte corpulence qui étaient clairement là pour intimider et rentrer dans le tas en cas de problème », précise l’étudiant.

Côté Cocarde, on reconnaît s’être masqué pour éviter d’être filmé par les militants de l’UNEF et on déplore des « coups ».

« J’ai repoussé un gars de la Cocarde qui fonçait sur une de mes camarades qui ne voulait pas de son tract, en aucun cas on n’a porté de coups », précise Adil Othman.

La scène dure une trentaine de minutes et l’affaire en reste-là.

Retour sur les campus lyonnais du syndicalisme étudiant d’extrême droite

La Cocarde étudiante est créée à Paris à la faculté d’Assas en 2015. Mais il faudra attendre 2017 pour qu’une section soit ouverte à Lyon, sous la forme d’une association dont l’objet est « militantisme politique et syndicalisme étudiant ».

Bien que la structure associative soit créée, la Cocarde lyonnaise reste relativement inactive. En juin 2020, au sortir du premier confinement, la page Facebook nationale de la Cocarde annonce : « Étudiants lyonnais, à partir de septembre notre mouvement sera actif dans la capitale des Gaules ».

Depuis, si la Cocarde lyonnaise n’est toujours pas agréée en tant qu’association étudiante dans les universités lyonnaises, son activité de terrain se développe.

Dès la rentrée de septembre 2020, la Cocarde étudiante se rend visible dans les facs lyonnaises à grand renfort de collages et de stickers.

« On voit surtout leurs affiches à Lyon 3, sur le campus de la manufacture des tabacs, historiquement classé à droite (lire encadré) », explique Yann Grillet-Aubert militant de Solidaires etudiant·es.

À deux reprises au moins, les militants de la Cocarde viennent tracter sur le campus de Sciences Po Lyon, suscitant des tensions avec des étudiants peu favorables à leurs idées.

Ils utilisent également abondamment les réseaux sociaux, pour se montrer dans l’action, en train de tracter aux pieds de l’université catholique de Lyon ou bien, ce 17 mars, manifestant aux abords du site de la Manufacture des tabacs (Lyon 3) avec une banderole « les étudiants contre le racisme anti-blanc ».

A l’heure actuelle, le tractage sur le campus de Bron, considéré comme un fief de la gauche étudiante, en février 2022 apparaît comme le coup d’éclat de l’activisme de la Cocarde.

« Cela fait deux ans que ces militants prennent de la confiance, le fait qu’ils viennent sur le campus de Bron, ça nous interpelle, c’est le résultat d’un climat de banalisation de leurs idées, notamment grâce à la campagne de Zemmour », indique Adil Ohtman de l’UNEF-TACLE.

Pas lourd dans les urnes 

À la différence d’autres mouvements d’extrême droite qui ont tenté de s’implanter dans les facs lyonnaises par le passé (lire encadré), la Cocarde ne souhaite pas uniquement s’adonner à un militantisme de terrain mais souhaite s’investir dans les instances.

« Avoir des élus est un objectif pour mieux représenter les intérêts estudiantins », nous assurent ses représentants qui ont répondu à nos questions par mail.

Mais pour l’heure, elle pèse encore bien peu dans les urnes. Elle n’a présenté aucune liste lors des dernières élections universitaires, que ce soit dans les conseils centraux (conseils d’administration et commissions de la formation et de la vie universitaire) ou dans les UFR.

La Cocarde lyonnaise a, en revanche, présenté une candidature aux élections du Crous pour les universités lyonnaises, où elle est arrivée en avant dernière position, recueillant 7,9% des suffrages exprimés (536 voix) mais talonnant de peu son rival de droite, le syndicat étudiant UNI (582 voix). Ces élections, dont le taux de participation était de 4,3%, ont été remportées par l’UNEF (28,5% des suffrages) et le maigre score de la Cocarde ne lui a pas permis d’avoir d’élus.

La Cocarde : le retour du syndicalisme étudiant d'extrême droite à Lyon
Cortège de la Cocarde étudiante lyonnaise le 22 janvier lors d’une manif anti-pass. ©GB/Rue89Lyon

Du côté de l’administration de Lyon 3, la présence montante de la Cocarde ne semble pas causer d’inquiétude.

« L’’association n’est pas référencée dans notre université », s’est contenté de nous répondre Stéphane Nivet, son directeur de la communication.

Du fait de son histoire (lire encadré), l’université est particulièrement attentive aux tentatives de développement des mouvements d’extrême droite en son sein. Quelques années plus tôt, la direction de l’université avait empêché la création d’une association étudiante d’extrême droite à Lyon 3, l’Union Défense de la Jeunesse, constituée par des membres du GUD. La directrice de la communication de l’époque affirmait :

« Nous affichons une tolérance zéro pour ce courant de pensée. Leurs valeurs n’ont rien à voir avec l’université ».

L’université Lyon 3 et l’extrême droite

L’université Lyon 3 est créée après une scission politique d’enseignants de droite qui quittent l’université Lyon 2 suite au mouvement de mai 1968. « Dans les années 1960-1970 c’est l’UNI qui y est majoritaire. Mais le syndicalisme étudiant de droite n’a jamais vraiment eu lieu d’être dans cette université, puisque les étudiants de droite et d’extrême droite sont déjà soutenus par leurs enseignants et se sentent à l’aise », explique Alain Chevarin, auteur du livre Lyon et ses extrêmes droites. Rendu en 2004, le rapport Rousso et ses suites mettent fin progressivement à la présence d’enseignants aux thèses racialistes au sein de l’université et Lyon 3 se normalise. Néanmoins, en 2011 et en 2016, le GUD, groupe nationaliste-révolutionnaire, tente de s’implanter au sein de l’université d’abord sous le nom d’UDJ (Union de Défense de la Jeunesse), puis sous celui de Lyon 3 patriote. L’université refuse leur référencement comme association étudiante. Le GUD réussit cependant à faire référencer son association Lyon 2 patriote à l’université Lyon 2.

Avec la création de l’école de Marion Maréchal, l’ISSEP en 2018, un autre sujet s’est invité à l’université Lyon 3 avec laquelle l’école d’extrême droite a tenté un rapprochement, via ses intervenants qui étaient également enseignants à Lyon 3. En septembre dernier, le président de l’université, Eric Carpano, nous avait précisé :

« L’Université Jean Moulin Lyon 3 n’entretient et n’entretiendra aucun lien institutionnel et académique avec l’ISSEP dont les valeurs sont aux antipodes de celles portées par notre établissement. Nous avons effectué des vérifications à partir des informations rendues publiques par l’ISSEP (le site internet) : aucun des enseignants mentionnés n’appartient aujourd’hui à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Patrick Louis a fait valoir ses droits à la retraite et n’est plus un personnel de l’Université Lyon 3 depuis le 1er septembre 2021. »

La Cocarde à Lyon : un syndicat du « camp national », anti-« wokes » et pro-Zemmour

La Cocarde lyonnaise est bien une organisation d’extrême droite. Si elle n’emploie pas elle-même ce mot, préférant se déclarer du « camp national », elle appelle à voter pour Marine Le Pen et Éric Zemmour estimant que « ni la gauche hors-sol ni la droite molle de Valérie Pécresse ne constituent une alternative réelle à l’idéologie qui nous gouverne ».

Alors que son activité reprend à la rentrée de septembre 2020, elle donne tout de suite le ton et organise des visioconférences avec le polémiste pro-Zemmour Jean Messiha et l’ancien président du Front National de la Jeunesse et également chroniqueur, Julien Rochedy.

Sur les campus lyonnais elle milite contre ce qu’elle nomme « le gauchisme culturel », appelant, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, à y « balayer les wokes ».

Au niveau national, encore, la Cocarde défile avec une banderole « islam et démocratie, qu’en pense Samuel Paty » et organise des conférence avec Marion Maréchal-Lepen ou encore Alain de Benoist, théoricien de la nouvelle droite.

« Ce qui domine [à la Cocarde] c’est clairement une thématique d’extrême droite : préférence nationale, anti-islam (et donc pas seulement anti-islamisme), anti-immigration, sécurité, avec une touche viriliste et élitiste avec son slogan « Identité – Mérite – Communauté » », analyse Alain Chevarin auteur du livre Lyon et ses extrême droite (Editions de la Lanterne).

Dans sa manière de lutter contre l’immigration, ou lorsqu’elle dénonce l’islam, la Cocarde se place définitivement à la droite de l’UNI, syndicat historique de la droite universitaire créé en 1969.

« L’UNI est un syndicat dépendant de LR, abreuvé de subventions qui le maintiennent en vie », nous affirme la Cocarde lyonnaise, qui se livre, depuis les débuts de son activité lyonnaise, à une querelle numérique avec l’UNI, postant photos et messages de moquerie.

« L’UNI représente assez bien cette droite libérale dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, souvent teintée de mollesse », continue encore la Cocarde Lyon.

Accointances avec l’extrême droite radicale

Logiquement, les positions idéologiques défendues par la Cocarde se retrouvent dans les engagements de ses militants, qui ont opté pour le Rassemblement National (RN) et, pour Reconquête, le nouveau parti qui porte la campagne d’Eric Zemmour. Ainsi Pierre-Romain Thionnet et Luc Lahalle, ex-président et ex-secrétaire général du syndicat au plan national, sont respectivement collaborateurs parlementaires des eurodéputés RN Catherine Griset et Jordan Bardella, rappelle StreetPress.

A Lyon, une seule tête émerge pour l’heure, celle de Sinisha Milinov, étudiant en histoire à l’université Lyon 3. Le jeune porte-parole national de la Cocarde et responsable de la section lyonnaise assume un parcours ancré à l’extrême droite radicale.

 « Il est bel et bien un ancien membre de l’association dissoute Génération identitaire, ce n’est un secret pour personne. Sa participation à la campagne municipale et métropolitaine avec le RN en 2020 n’est pas un secret non plus. Ses engagements sont tous en cohérence les uns avec les autres », nous précise la Cocarde lyonnaise.

Le jeune homme a été candidat aux élections municipales de 2020 à Villeurbanne, placé cinquième sur sa liste. Récoltant 7,63 % des suffrages, il ne sera pas élu. Récemment, il a fait évoluer son engagement politique et a posté sur les réseaux sociaux sa « carte d’adhérent pionnier » à Reconquête, parti d’Eric Zemmour.

La Cocarde lyonnaise s’est enfin affichée aux côtés de nombreuses organisations d’extrême droite dans les manifestations anti-pass organisées par le groupe Lyon pour la Liberté.

En revanche, si la Cocarde étudiante parisienne s’est fait connaître pour des actions coup de poing notamment lors de blocus étudiants, de telles actions n’ont pour l’heure pas été observées à Lyon.

Article actualisé le 26/03/2022 à 12h04
L'AUTEUR
Guillaume Bernard

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