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Nassim, 19 ans : « Mes voisins, aux Minguettes, ne sont pas fans du vaccin »
Quartiers connectés  Témoignage 

Nassim, 19 ans : « Mes voisins, aux Minguettes, ne sont pas fans du vaccin »

par Oriane Mollaret.
Publié le 21 septembre 2021.
Imprimé le 07 décembre 2021 à 18:58
1 950 visites. 1 commentaire.

A 19 ans, Nassim a passé une Terminale et une première année à l’université difficiles, confiné chez ses parents sur le plateau des Minguettes, derrière l’écran de son ordinateur. Comme beaucoup de ses amis du quartier, il a longtemps eu peur du vaccin, effrayé par des vidéos complotistes sur les réseaux sociaux. Il souhaite témoigner de cet engrenage dans lequel il a été pris malgré lui.

Je m’appelle Nassim (le prénom a été modifié), j’ai 19 ans et j’habite aux Minguettes, à Vénissieux, depuis toujours.

J’ai fait une première année d’arts du spectacle à l’Université Lyon 2 en distanciel. C’était horrible. Cette année je suis en première année de droit, à l’Université Lyon 2 toujours.

Immeubles Vénissy Minguettes Vénissieux
Des immeubles d’habitation du quartier Vénissy, sur le plateau des Minguettes, à Vénissieux. DR

L’été, je vais souvent en Tunisie parce que je suis originaire de là-bas. Avec le covid, cet été il fallait un pass sanitaire, un certificat de vaccination ou un test PCR négatif, à l’aller et au retour. Au début, je voulais me faire vacciner. J’ai plein de potes qui le sont, je me suis dit que ce serait mieux, que je serais tranquille et que je n’aurais pas à me faire rentrer un truc dans le nez tous les trois jours. J’ai déjà fait un test PCR, on aurait dit que le mec allait chercher mon âme au fond de mon nez.

Mes parents ont décidé qu’on allait aller tous se faire vacciner, ma sœur et moi aussi. Ma sœur, elle est en médecine, elle n’avait pas peur du vaccin, elle. Le matin où on devait aller se faire vacciner, en sortant de la mosquée, on a discuté du vaccin avec un acupuncteur des Minguettes. Il a dit qu’il avait des potes médecins qui recommandaient de ne pas le faire. Ça a matrixé mon père, ça lui a lavé le cerveau. Moi, je me suis fait matrixer par les réseaux sociaux.

Quartiers connectés

Avec « Quartiers connectés », Rue89Lyon tente de se rapprocher des quartiers de La Duchère (Lyon 9e), de Langlet-Santy et Etats-Unis (Lyon 8e) et des Minguettes (Vénissieux), notamment via des rencontres avec les habitant·es.
Dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux, Rue89Lyon suit un groupe de jeunes habitant·es depuis le début de la crise du coronavirus. Tout juste majeur·es, ils et elles font leur entrée dans la vie active ou les études supérieures et souhaitent témoigner du quotidien dans leur quartier.

« Si je n’avais pas vu tout ça sur les réseaux sociaux, je ne me serais jamais dit qu’il y avait peut-être une puce dans le vaccin. »

Au début, j’étais un peu craintif du vaccin. Sur Internet, je voyais des articles qui parlaient de personnes décédées suite à leur vaccination, mais à chaque fois ils écartaient la responsabilité du vaccin. C’est des articles qui étaient partagés sur le compte Snapchat « Salade niçoise ». Ils étaient tellement bien rédigés que j’y ai cru. Ça a commencé à me formater contre le vaccin. En plus, j’ai peur des piqûres…

Sur BFM, j’ai vu un médecin qui disait que des gens mouraient à cause du vaccin mais le journaliste lui a dit de se taire. Je me suis dit qu’ils voulaient cacher ça à la population. J’ai voulu aller voir par moi-même le taux de personnes décédées à cause du vaccin, sur le site de Santé publique France, mais il n’y avait rien.

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu des vidéos de théories complotistes sur une puce qui serait injectée avec le vaccin, le QR code pour contrôler la population… Sur Snapchat, j’ai vu tellement de trucs de fou que je me suis dit que c’était possible. La vérité, si je n’avais pas vu tout ça sur les réseaux sociaux, je ne me serais jamais dit qu’il y avait peut-être une puce dans le vaccin.

Sur Snapchat, j’ai même vu des deals de faux pass sanitaire. Ça coûtait au moins 250 euros. Aux Minguettes, je connais quelqu’un qui a payé ça pour avoir un faux pass sanitaire mais moi, je ne suis pas un pigeon, je ne vais pas payer 250 euros pour un faux vaccin.

faux pass sanitaire vaccin Lyon Vénissieux Minguettes
Sur Snapchat, un internaute habitant à Lyon propose des faux pass sanitaires pour un prix record. Capture d’écran.

« Aux Minguettes, les gens s’informent beaucoup sur le vaccin sur les réseaux sociaux. Lire les journaux, c’est pas un truc de cité. »

Le rappeur Bassem des Minguettes, il m’a beaucoup matrixé contre le vaccin. Sur Snapchat, il mettait tout le temps des vidéos sur des gens qui faisaient des expérimentations avec des puces, qui disaient que les variants étaient inventés pour instaurer la peur et refaire le pays. Ensuite il partageait des articles de presse qui venaient corroborer ce qu’il avait annoncé. Il ne parlait que de ça et moi, je pensais qu’il avait raison.

Dans les snacks de Vénissieux, personne ne va jamais te demander le pass sanitaire. Les gens qui habitent dans ma cité, aux Minguettes, ils ne sont pas fans du vaccin. Beaucoup pensent qu’il s’agit d’un complot parce qu’ils suivent ce que disent Bassem ou ce genre de mecs. Bassem il a des contacts dans les cités, il y va régulièrement. Comme il habite à Vénissieux, il est bien connu. S’il dit aux gens de faire un salto arrière ou d’aller taper quelqu’un, ils vont y aller. Il a une forte influence sur les gens.

Aux Minguettes, les gens s’informent beaucoup sur le vaccin sur les réseaux sociaux. Lire les journaux, c’est pas un truc de cité, sauf pour les vieux. Si quelqu’un s’intéresse aux journaux, on va dire qu’il fait le riche, qu’il se la pète. Les journaux, c’est pour ceux qui habitent à Lyon, pas dans une cité.

Si les journaux parlent de quelqu’un de Vénissieux, là les gens vont aller lire l’article et le partager sur les réseaux sociaux. Quand ça parle de la cité c’est OK, mais quand ça parle de Lyon ils s’en foutent.

« Après le vaccin, je suis tombé malade, j’ai eu mal au bras mais je suis toujours là. »

Finalement, je suis allé me faire vacciner. Je suis allé en Tunisie cet été voir mes cousins et ils étaient tous vaccinés depuis deux mois. Ils m’ont matrixé aussi. Ils m’ont dit « regarde, on est vaccinés et on est pas morts ! ». Je me suis dit que c’est vrai, ils avaient l’air d’aller bien, que j’avais déjà eu plein de vaccins obligatoire et que j’en étais pas mort.

Au centre de vaccination de Gerland, au moment de me faire vacciner, j’ai dit à l’infirmière que j’avais peur du vaccin et des piqûres. Elle m’a rassuré, m’a dit de lui parler et que je n’allais rien sentir. La vérité, je lui ai parlé et je n’ai rien senti ! Elle a des dons de fée. Après, je suis tombé malade, j’ai eu mal au bras mais je suis toujours là. Maintenant, je dois avoir ma deuxième dose mais je n’ai pas peur. Un pote m’a dit que la deuxième dose, c’était la pire. Je lui ai répondu : « Pas de soucis frérot, c’est pas grave j’assume. »

centre vaccination vaccin Covid-19 Lyon Part-Dieu
Centre de vaccination de la Part-Dieu, dans le 3e arrondissement de Lyon. ©Rue89Lyon

J’ai des potes qui sont craintifs du vaccin. Je n’essaie pas de les convaincre sinon ils vont croire que je les matrixe et que je suis envoyé par l’État pour les forcer à se faire vacciner. Je vais souvent avec eux à la mosquée, je leur dis que je suis vacciné et que je vais bien, ils me disent que je suis fou. A la sortie de la mosquée, il y a d’autres gens qui viennent les voir pour leur dire qu’eux aussi ont été vaccinés et qu’ils n’en sont pas morts.

« Je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu croire à ces trucs complotistes. »

Aujourd’hui, je vois toujours passer des trucs complotistes sur les réseaux sociaux mais je n’y crois plus. Je me dis que tant que je n’ai pas expérimenté moi-même, je ne peux rien savoir. Je me dis que j’ai été débile de penser qu’ils allaient me mettre une puce… Aujourd’hui, ça me paraît complètement impossible. Je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu croire à ces trucs complotistes. Quant à Bassem, je ne vois plus ses vidéos sur les réseaux sociaux et je ne le cherche pas.

Maintenant, j’essaie de vérifier la source de ce qui est partagé sur les réseaux sociaux. C’est facile de photoshoper un article du Parisien ! Je ne fais plus confiance aux réseaux sociaux, j’essaie de regarder un peu les journaux, le vrai Parisien par exemple.

L'AUTEUR
Oriane Mollaret
Oriane Mollaret

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