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Problèmes de chauffage à la Duchère : « Il faut supplier pour avoir le minimum vital »
Quartiers connectés 

Problèmes de chauffage à la Duchère : « Il faut supplier pour avoir le minimum vital »

par Laure Solé.
Publié le 20 octobre 2021.
Imprimé le 06 décembre 2021 à 18:34
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Dans les barres 410, 440 et 460 de la Sauvegarde, à la Duchère, les sols sont restés glacés et les murs humides un bon moment. Comme l’année passée, le bailleur social Grand Lyon Habitat a mis du temps pour fournir le chauffage à certains de ses locataires : une souffrance quotidienne pour les habitants.

Samedi 15 octobre, 10 heures du matin, une quinzaine de femmes rouspètent sur le parking de la rue Marius Donjon, emmitouflées dans des manteaux, écharpes et gilets de laines. Certaines d’entre elles sont venues avec leurs enfants, pas moins couverts, et qui pourtant ne cessent de tousser.

Au milieu du groupe, une grande femme, le menton relevé, s’exclame :

« La blague de l’année, c’est qu’à chaque fois qu’on appelle l’Opac, ils disent que c’est la première fois qu’on les appelle ! »

Les mères de familles viennent et repartent de la réunion improvisée des locataires sans chauffage à la Duchère. ©LS/Rue89Lyon
Les mères de familles viennent et repartent de la réunion improvisée des locataires sans chauffage à la Duchère. ©LS/Rue89Lyon

L’Opac est l’ancien nom du principal bailleur social de La Sauvegarde. La structure s’appelle aujourd’hui Grand Lyon Habitat, et dépend de la Métropole de Lyon. À la Sauvegarde, dans ce sous-quartier de la Duchère. Grand Lyon Habitat est le principal bailleur social. C’est contre celui-ci que les habitants des bâtiments 410 et 440 sont en colère.

Mi-octobre, il n’y a toujours pas de chauffage alors que les températures baissent de jour en jour.

Aziza, la grande dame très en colère affiche un air contrit. Elle tient par la main un jeune garçon pris de quintes de toux régulières :

« Je suis au 410. J’ai quatre enfants, deux jumeaux de 4 ans et deux filles de 9 et 10 ans. La nuit on dort tous dans ma chambre, à côté de mon petit chauffage électrique : les filles sur des matelas posés sur le sol, et les jumeaux et moi, dans le lit. »

Rencontre avec des habitants de la Sauvegarde

Rue89Lyon a suivi le début chaotique des rénovations de logements sociaux dans le quartier, en portant la parole habitante, dans le cadre de sa démarche « quartiers connectés ». C’est dans la même optique que la rédaction continue à suivre l’évolution des travaux et les difficultés rencontrées quotidiennement par les familles du quartier.

À la Duchère, « L’hiver dernier il y avait déjà eu des problèmes de chauffage »

Aziza admet qu’elle perd patience face à ce qu’elle ressent comme de la désinvolture de la part de son bailleur social :

« J’avoue que la dernière fois que j’y suis allée, je me suis emportée. Je les appelle tous les jours depuis deux semaines et il ne se passe rien. Je leur ai dit qu’on allait finir par faire un feu avec des palettes sur le parking pour se réchauffer. »

Elle martèle :

« J’ai l’impression qu’il faut leur crier dessus. Quand on parle doucement, ils ne comprennent pas. Mes fils sont tout le temps malade, j’ai peur que ce soit en lien avec la moisissure. »

La mère d’Aziza, Fatima, aussi présente à la réunion improvisée, abonde :

« C’est quand même un comble. Quand on est en retard pour payer le loyer, ils ne sont jamais en retard pour envoyer des relances. Par contre, quand on demande à avoir ce pourquoi on paye, comme du chauffage, il ne se passe rien. »

Fatima occupe un autre appartement que sa fille, dans la même barre. Elle habite le quartier depuis 1996, et constate une dégradation des relations avec son bailleur social :

« J’aime le quartier, on s’entend bien avec les voisines. Le problème c’est vraiment l’Opac. Avant, ce n’était pas comme ça, il y avait du respect, de la qualité dans les services proposés. Maintenant il faut les supplier pour avoir le minimum vital. »

Fatima pointe le fait que déjà l’année dernière, des barres du quartier s’étaient retrouvées sans chauffage au milieu de l’hiver :

« Ça commence à être systématique, sans excuse ni contrepartie. »

Elle se souvient :

« Ils disent à chaque fois que le problème vient d’une pièce cassée. Ils n’expliquent rien de plus, et surtout ne nous disent pas quand ça va être réparé. On paye des charges qui servent à chauffer, autour de 50 euros par mois. Ce n’est pas rien. »

Grand Lyon Habitat a placardé des communiqués sur les portes des halls d'immeubles dans l'espoir de calmer la colère des locataires. ©LS/Rue89Lyon
Grand Lyon Habitat a placardé des communiqués sur les portes des halls d’immeubles dans l’espoir de calmer la colère des locataires. ©LS/Rue89Lyon

À la Duchère, « Le froid abîme tout et il y a de la moisissure sur les murs »

Juste à côté, Fidène et sa maman Cennet ont aussi le moral en berne. Fidène n’habite pas avec sa mère, ses deux frères et sa sœur enceinte dans la barre 410, mais elle essaie de soutenir sa mère du mieux qu’elle peut :

« J’appelle et j’envoie des mails tout le temps. Je m’inquiète pour ma maman qui a une santé fragile et ma sœur qui est enceinte. Le froid abîme tout et il y a de la moisissure sur les murs. »

Cennet loge aussi dans la barre 410. Elle habitait dans les anciennes barres de la Sauvegarde, celles qui ont été détruites au début de la réhabilitation. Souffrante de problèmes de dos et d’arthrose, le froid aggrave ses douleurs.

Fidène, sa fille, ne manque pas d’ouvrir les fenêtres de l’appartement de sa mère au moindre rayon de soleil pour essayer de réchauffer la maison, mais rien n’y fait, le sol reste glacé et l’air humide. Depuis deux semaines, à la maison, c’est toujours deux pantalons l’un sur l’autre. Cennet déclare:

« Mais on gèle quand même »

La mère de famille a donc acheté un tout petit chauffage d’à-point. Elle en avait déjà acheté un plus gros l’année dernière, au cours de la panne de novembre. Elle ne l’utilise plus car il lui a coûté trop cher en électricité.

La famille de Cennet et Fidène font face à un autre problème : le chauffe-eau non plus ne fonctionne plus depuis trois semaines.

« Mes frères travaillent sur les chantiers. Ils ne peuvent pas prendre de douche quand ils rentrent, sinon ils seraient gelés. Alors je leur fait bouillir de l’eau pour qu’ils puissent au moins se laver les mains et les pieds. »

Il y a quelques jours, Grand Lyon Habitat a envoyé quelqu’un pour changer le chauffe-eau de Cennet. Fidène raconte :

« On ne sait jamais trop qui l’Opac envoie, leur métier, leurs compétences. »

Après avoir changé le chauffe-eau l’homme aurait constaté que le nouveau ne fonctionnait pas non plus :

« Il nous a dit qu’il fallait prendre un plombier, car le souci venait de la pression de l’eau. Ce n’était pas vraiment une surprise, on a aucune pression de l’eau dans tout l’appartement. »

L’homme est parti, et dans les jours qui suivent, Cennet et Fidène ne cessent d’appeler et d’écrire à leur bailleur social en espérant avoir une réponse.

« En toute honnêteté, ça va tellement mal avec l’Opac qu’on demande à changer de logement depuis au moins cinq ans. On a fait les démarches, rempli les dossiers, mais rien n’y fait. »

Cenet porte en permanence deux gros pantalons en polaire l'un sur l'autre. ©LS/Rue89Lyon
Cennet porte en permanence deux gros pantalons en polaire l’un sur l’autre. ©LS/Rue89Lyon

« Déjà qu’on vit en camping dans les travaux, si en plus on n’a pas de chauffage, c’est l’enfer »

Retour à la réunion publique improvisée : on y aborde un autre souci, celui du bâtiment 440, actuellement en cours de rénovation. Une maman s’exclame d’ailleurs :

« Ils sont en train de changer l’isolation, alors ils font le même coup que l’année dernière : il n’y a pas de chauffage, alors même que le bâtiment est sans isolation thermique. »

Une autre maman ajoute :

« Déjà qu’on vit en camping dans les travaux, si en plus on se gèle, c’est vraiment l’enfer. Ça fait deux semaines que je ne peux utiliser ma cuisine et que les seuls repas chauds que mes trois enfants mangent c’est des tacos. Même celui qui adore les fast-foods en a assez. »

Une dernière d’ajouter :

« En plus, quand on arrive enfin à faire venir des gens de l’Opac pour constater nos conditions de vie, ils relativisent parce qu’ils viennent en journée. Ils disent « ça va, il ne fait pas si froid » mais la nuit il fait à peine 10°. »

Une partie de l'isolation thermique a été retirée dans le cadre de la rénovation de la barre. ©LS/Rue89Lyon
Une partie de l’isolation thermique de la barre 440 a été retirée dans le cadre de la rénovation. ©LS/Rue89Lyon

« On vit comme des bêtes »

Une autre maman, Sarah* (elle a souhaité rester anonyme), souffre elle aussi du froid et du manque d’isolation thermique de la barre 440 concernée par les travaux de rénovation :

« J’ai deux enfants adolescents. Ma fille qui vient d’avoir 18 ans a raté son bac blanc car elle avait la grippe et de la fièvre. »

Sarah estime que les travaux de rénovation ont été faits à la va-vite. Les plinthes auraient mal été faits et des fils électriques ont été laissés, branchés, sans être protégés.
Sarah estime que les travaux de rénovation ont été faits à la va-vite. ©LS/Rue89Lyon

Les travaux de son appartement se sont finis il y a quelques semaines :

« Il n’y a pas eu de vérification à la fin des travaux par Grand Lyon Habitat. Les ouvriers m’ont pressé de signer un papier, et sont partis. Résultat, j’ai des fils électriques non protégés qui pendent de mon plafond, qui courent sur les sols et les plinthes sont déjà pleines de petits trous. »

La jeune maman déclare avoir prévenu Grand Lyon Habitat, sans réaction de leur part.

Elle tempête :

« On vit comme des bêtes. »

Elle conclut, fataliste :

« J’aime bien l’ambiance du quartier, mais il y a tellement de problèmes avec Grand Lyon Habitat que je souhaite partir. Ils essaient de nous faire payer de plus en plus de choses et on a de moins en moins de service. Ça fait huit ans que je fais des démarches pour aller habiter ailleurs. »

À la Duchère, « les problèmes de chauffage ont été réglés »

Dans le cadre de la rédaction de cet article, Rue89Lyon a écrit à Grand Lyon Habitat pour les questionner sur ces problèmes de chauffage, de chauffe-eau, de moisissures et de relations difficiles entre bailleur social et habitants.

Après l’envoi de nos questions, une partie des problèmes a été réglée. Comme Fidène le souligne :

« Après votre venue, ils nous ont envoyé un plombier pour réparer l’eau chaude et hier ils ont enfin allumé les chauffages. »

De son côté, Grand Lyon Habitat défend une réactivité quasi immédiate aux appels de leurs locataires :

« Pour ce qui concerne les barres 410 et 460, les problèmes de chauffage ont été réglés dans les heures qui ont suivi leur signalement. »

Rue89Lyon a pourtant pu consulter des mails envoyés par une habitante datant du 7 octobre.

Par ailleurs, le bailleur social précise la raison du retard de mise en route du chauffage pour la barre 440 concernée par les travaux de rénovation :

« Le problème engendrant l’absence de chauffage est réglé depuis vendredi 15 octobre 2021 au soir. Il a eu pour conséquence la nécessité de purger les réseaux de chauffage au sol de certains appartements. »

Concernant les travaux de cette même barre 440, Grand Lyon Habitat considère avoir les choses bien en main :

« Le nouveau système de chauffage plus performant est déjà installé et permettra de palier à cette absence ponctuelle d’isolation extérieure. »

La direction du bailleur social ajoute que les fils non protégés dans les appartements seront bientôt recouverts.

Le bailleur social conclut plus généralement :

« Les collaborateurs sont à l’écoute des attentes [des locataires] et si les contraintes d’un chantier ne permettent pas d’abonder dans leur sens, les échanges parviennent à un terrain d’entente. »

Article actualisé le 21/10/2021 à 17h18
L'AUTEUR
Laure Solé

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