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Rodéos à Lyon : « On va essayer de les semer plutôt qu’arrêter »
Société 

Rodéos à Lyon : « On va essayer de les semer plutôt qu’arrêter »

par Oriane Mollaret.
Publié le 15 juillet 2021.
Imprimé le 04 août 2021 à 18:45
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Les rodéos sont devenus une question chaude et politique pour plusieurs maires de France, dont celui, écologiste, de Lyon. La presse était ainsi conviée ce mardi 13 juillet à la fourrière du 7e arrondissement, pour admirer les moto-cross saisies par les forces de l’ordre lors des rodéos urbains. Et faire le point sur la réponse politique de la Ville de Lyon au phénomène.

Ce mardi 13 juillet, c’était opération communication politique de la Ville de Lyon, de la préfecture et du parquet sur un des sujets chauds de cette année 2021 : les rodéos.

Grégory Doucet, le maire EELV de Lyon, flanqué du directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Nelson Bouard, du préfet Pascal Mailhos et du procureur de la République Nicolas Jacquet, ont tenu à montrer à la presse les quelques véhicules saisis suite à des rodéos.

Alignés le long des murs de la fourrière du 7e arrondissement de Lyon, une quinzaine de moto-cross bariolées, de cylindrés variables et deux voitures de sport.

Rodéos Lyon moto-cross
Quelques unes des moto-cross saisies, à la fourrière du 7e arrondissement de Lyon. ©OM/Rue89Lyon

Ce coup de filet, réalisé sur les derniers mois, est censé donner le ton d’une politique ferme de la Ville de Lyon, main dans la main avec la justice, en matière de répression des auteurs de rodéos. « Méthode » et « détermination » comme ne manque pas de le rappeler le préfet, Pascal Mailhos, à plusieurs reprises.

A Lyon, 26 comparutions pour des rodéos en 2021 contre 9 en 2019

Dos aux moto-cross saisies, l’index levé, le procureur de la République, Nicolas Jacquet, tient à enfoncer le clou d’emblée :

« Le rodéo n’est pas qu’une problématique de tranquillité publique mais aussi de sécurité. C’est une mise en danger délibérée de la vie de nos concitoyens. »

La phénomène ne date pas de cette année, à Lyon comme dans toutes les autres grandes villes de France. Ce qui est nouveau, en revanche, réside en ce que les moto-cross ne se contentent plus de vrombir de l’autre côté du périphérique mais viennent désormais directement pétarader sous les fenêtres du maire de Lyon, place Bellecour (2e).

D’après le procureur de la République, Nicolas Jacquet, le phénomène des rodéos est « stable ». Mais cette irruption de bécanes dans le centre-ville de Lyon s’est accompagnée d’un durcissement de ton du côté de la police et de la justice. D’après le procureur, une centaine d’enquêtes ont été ouvertes pour des rodéos depuis le début de l’année 2021. Pour un peu plus de la moitié d’entre elles, les auteurs ont pu être identifiés.

« Tous ont été déférés, c’est la politique du parquet aujourd’hui », se félicite le procureur.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Nicolas Jacquet liste 26 comparutions immédiates d’auteurs de rodéos depuis le début de l’année 2021, contre 23 en 2020 et seulement neuf en 2019.

Le maire de Lyon, Grégory Doucet, se félicite de la fermeté des services de la Ville de Lyon, de la police et de la justice en matière de rodéos. Après avoir jeté un œil aux engins ainsi qu’à l’Audi et à la Maserati récemment saisies place Bellecour, il s’est montré très confiant quant à l’efficacité de cette politique répressive :

« Le phénomène va ralentir. On espère pouvoir l’éteindre. »

La promotion des rodéos sur les réseaux sociaux plus sévèrement réprimée que les rodéos eux-mêmes

Il faut dire que la sévérité des peines encourues par les auteurs de rodéos pourrait faire réfléchir. Depuis la loi du 3 août 2018, les motards risquent un an d’emprisonnement, 15 000 euros d’amende et la suspension de leur permis pendant trois ans. Sachant que la peine et l’amende doublent si les rodéos sont réalisés à plusieurs, et triplent en cas de consommation d’alcool et/ou de stupéfiants.

De quoi faire passer à certains l’envie de faire des roues arrière sur la voie publique, espère Grégory Doucet : 

« Pour quelques secondes de gloire, passer plusieurs mois en prison, c’est quand même cher payé ! »

D’après le DDSP, Nelson Bouard, c’est en effet l’une des raisons qui pousse les jeunes motards à se donner en spectacle : filmer leurs exploits pour une célébrité éphémère sur les réseaux sociaux. Les autres raisons étant selon lui une volonté de provoquer les forces de l’ordre ou, plus rarement, de venir vérifier si la voie est libre pour du trafic de stupéfiants.

En ce qui concerne les réseaux sociaux, d’après cette même loi du 3 août 2018, il est plus grave de faire la promotion des rodéos sur internet que d’en réaliser soi-même. Elle dispose que « l’incitation, la promotion ou l’organisation de rodéos motorisés [peuvent] être sanctionnées de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende ».

Le procureur de la République, Nicolas Jacquet, a tenu à rappeler que les auteurs de rodéos n’étaient en général pas interpellés sur le moment pour des raisons de sécurité. Il souligne le rôle prépondérant de la vidéo-surveillance et du travail conjoint des policiers municipaux et nationaux des différentes communes touchées pour identifier les auteurs et les interpeller. Parfois plusieurs mois plus tard.

« Dans l’immense majorité des cas, la moto ne leur appartient même pas »

Pour certains des jeunes motards concernés, il y a un réel amalgame entre les roues arrières et les rodéos urbains mettant en danger les piétons. Kévin* (prénom modifié), 24 ans, reconnaît par exemple s’exercer régulièrement à faire des roues arrières, en prenant bien garde à ce que la circulation ne soit pas trop dense et à ne mettre en danger personne. Il ne se sent pas visé par cette politique répressive qui, pour lui, aura un impact plus que limité sur les rodéos : 

« Pour ma part, je trouve que ce sont des actions inutiles, les motos sont saisies et récupérées ensuite à la fourrière. J’ai vu qu’ils se félicitaient d’avoir saisi 20 motos. Ils feraient mieux de ne rien dire car 20 motos sur des milliers c’est rien du tout. Les personnes qui font des rodéos en général n’ont rien à perdre. »

Et de poursuivre :

« Dans l’immense majorité des cas, la moto ne leur appartient même pas. »

Sur la question des réseaux sociaux, le jeune homme est plus mitigé : 

« Sur les réseaux, les annonces pour un rassemblement ou autre sont généralement faites en privé et non en public. Par contre, certains ont des profils publics où tout le monde peut voir leurs exploits, et donc possiblement se faire choper. Après, il faut encore prouver qu’il s’agit d’une route ouverte, que c’est en France, et bien toi sur la moto… C’est très facilement contestable. »

« Ils renvoient les mecs faire des rodéos au milieu de la circulation »

Il ne comprend pas qu’on puisse risquer de la prison ferme pour avoir fait une roue arrière dans la rue et juge la sanction « disproportionnée » : 

« Si je ne respecte pas la vitesse, j’ai une amende et un retrait de points mais pas de la prison directement et la saisie du véhicule. »

Pour lui, assimiler les motards qui s’exercent à faire des figures en toute sécurité à ceux qui dévalent les trottoirs à toute vitesse, et les réprimer aussi fortement, encourage le phénomène.

« Avant, quand je me faisais prendre par la police, je m’arrêtais. Je me faisais remonter les bretelles, des fois une amende et cela s’arrêtait là. Maintenant, vu ce que l’on risque, on va essayer de les semer plutôt qu’arrêter. Et c’est là où il y a un vrai danger. »

Pour pratiquer en toute sécurité, Kévin* et ses amis avaient pris l’habitude de rouler sur une piste désaffectée en périphérie de Lyon. Les forces de l’ordre toléraient leur présence jusqu’à récemment, explique le jeune homme : 

« Aujourd’hui, on se fait virer très rapidement et on continue sur la route devant la police qui ne fait rien. C’est là où c’est con, t’as des mec un peu plus intelligents qui ne font pas ça au milieu de la circulation, et au final tu les renvoies faire ça au milieu de la circulation… »

A l’Est de Lyon, des stages de moto-cross pour endiguer les rodéos

En complément de la répression policière et judiciaire des auteurs de rodéo, pour tenter d’endiguer le phénomène, la ville de Vaulx-en-Velin a fait le choix de proposer des activités de moto-cross à destination des jeunes, en partenariat avec la préfecture et le milieu associatif.

Ce dispositif expérimental, baptisé « A Vaulx Cross » a été lancé fin juin et devrait perdurer sur tout l’été, expliquent nos confrères de 20 Minutes. Il consiste à proposer à une soixantaine d’adolescents de la commune des activités de moto-cross encadrées, sur des circuits homologués, une fois par semaine. Et pourquoi pas, à terme, installer un circuit homologué dans la commune, voire monter un véritable club vaudais de moto-cross ? 

A Lyon, on scrute cette initiative avec attention. Interrogé par Rue89Lyon (lire par ailleurs), Mohamed Chihi, adjoint du maire de Lyon à la sécurité, assure que rien de tel n’est au programme à Lyon pour l’instant : 

« Ce qui a été mis en place à Vaulx-en-Velin, c’est un genre de choses qui m’intéresse. Ce n’est pas ce qui est le plus abouti pour le moment. On va avoir un travail de sensibilisation des collégiens avec des reconstitutions d’accidents sur la voie publique. Et après on débriefe avec eux des risques associés aux rodéos. Il y a le volet répression qui est nécessaire mais ça ne suffira pas. Il faudra travailler sur un temps plus long pour permettre de changer les habitudes et que la problématique ne se repose pas à l’infini. D’où la nécessité d’avoir une approche préventive aussi. »

En attendant, Kévin* et ses amis, trop âgés pour bénéficier des stages de moto-cross de Vaulx-en-Velin et privés de leur piste désaffectée, continueront à s’exercer aux roues arrières sur la voie publique. « En respectant le code de la route », assure toutefois Kévin*.

Article actualisé le 16/07/2021 à 16h08
L'AUTEUR
Oriane Mollaret
Oriane Mollaret

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