Habillage
Infos, enquêtes à Lyon et dans la région
Infos, enquêtes à Lyon et dans la région
A Lyon, Marianne et Gnafron contre la loi « sécurité globale »
Actualité 

A Lyon, Marianne et Gnafron contre la loi « sécurité globale »

par Oriane Mollaret.
Publié le 22 avril 2021.
Imprimé le 09 mai 2021 à 22:11
363 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

A Lyon, le collectif contre la loi « sécurité globale » a compilé les nombreux éléments qu’il considère comme anticonstitutionnels de la loi. En espérant que ce dossier pèse dans la décision du Conseil constitutionnel, saisi par des députés le 21 avril et qui doit donner sa réponse dans un mois.

TNP de Villeurbanne, le 22 avril 2021 ©OM/Rue89Lyon

« Mais notre règne arrivera / Quand votre règne finira / Nous tisserons le linceul du vieux monde / Car on entend déjà la tempête qui gronde / C’est nous les canuts / Nous sommes tout nus. »

Le Chant des Canuts, bien connu à Lyon, résonne sur la place Lazare-Goujon. Au pied du TNP de Villeurbanne, occupé depuis plus d’un mois par des professionnels du spectacle, une dizaine de personnes sont réunies ce jeudi 22 avril pour faire entendre leurs revendications. Professionnels de la culture, Gilets jaunes, syndicats de journaliste ou encore Ligue des Droits de l’Homme, tous se sont regroupés pour s’opposer à la loi « sécurité globale ». Celle-ci a été définitivement adoptée le jeudi 15 avril par l’Assemblée nationale. A Lyon comme dans une vingtaine de villes françaises, des collectifs s’organisent pour lui barrer la route.

A Lyon, Marianne et Gnafron en tête de la contestation contre la loi « sécurité globale »

En haut des marches du TNP, une jeune femme déguisée en Marianne, longue robe claire et bonnet phrygien sur la tête, s’empare du micro :

« C’est la liberté qui nous rend vivants ! »

Après cette entrée en matière, Marianne revient sur la répression policière de ces dernières années, envers les Gilets jaunes et les manifestants d’une manière générale. A Lyon, de nombreuses personnes ont été blessées par des tirs de LBD et la plupart de ces affaires ont été classées sans suite par la justice.

Avec cette nouvelle loi dite « de sécurité globale », Marianne formule la crainte générale des personnes présentes : une dérive autoritaire du pouvoir vers le « totalitarisme ». Le mot est lâché, ponctué de sifflets et d’applaudissements enthousiastes. A Lyon, les manifestations contre cette loi se sont succédé depuis la première mobilisation, le 17 novembre 2020.

TNP de Villeurbanne, le 22 avril 2021 ©OM/Rue89Lyon

Face à Marianne, une marionnette du célèbre Gnafron surgit, pour annoncer la suite des événements. Dans une vingtaine de villes françaises – dont Lyon, Rennes ou Toulouse par exemple – les collectifs contre la loi font remonter aux députés les points qui leur semblent les plus problématiques dans cette loi. Une manière d’apporter leur pierre à l’édifice et de muscler la saisine du Conseil constitutionnelle en date du 21 avril. D’après Gnafron, le problème est simple : la loi « sécurité globale » va à l’encontre de la Constitution française.

Une loi anticonstitutionnelle sur le fond ?

Devant le TNP, Gnafron pointe du doigt pour commencer l’un des rapporteurs de  la loi « sécurité globale », Jean-Michel Fauvergue. Député LREM de la 8ème circonscription de Seine-et-Marne, ancien patron du RAID, l’homme est également propriétaire d’une société de formation dans le domaine de la sécurité comme l’a révélé la lettre A. Or, la loi dite « de sécurité globale » fait la part belle à la sécurité privée, justement. Pour Gnafron, il s’agit clairement d’un conflit d’intérêt. 

Appuyé par Marianne, Gnafron s’époumone maintenant sur le recours aux technologies de surveillance de masse, facilité par la loi en question. A commencer par la vidéosurveillance, testée de manière expérimentale par la SNCF et qui serait étendue aux transports en commun. Les chambres d’isolement des Centres de rétention administrative (CRA) pourraient elle aussi être placées sous vidéo-surveillance, 24h sur 24h et sur simple décision du chef de service.

Quant aux drones, qui inquiètent particulièrement Marianne :

« Ils vont pouvoir entrer par ma fenêtre et savoir avec qui couche la République ?! »

En théorie, non. Dans la pratique, l’encadrement de ces nouvelles technologies semble léger, prévient Georges Mounier, de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) :

« Sur les drones, les garanties du respect de la vie privée et de l’inviolabilité du domicile sont factices. Il y a aussi le problème des caméras mobiles, dans les hélicoptères, les voitures ou les caméras-piétons. Avec cette loi, leur flux sera retransmis en direct aux forces de l’ordre. Ce qui nous fait peur, c’est que ce soit le début d’un contrôle biométrique, avec plus tard un contrôle facile comme c’est le cas en Chine. »

Une loi anticonstitutionnelle sur la forme aussi ?

Il n’y a pas que le contenu de la loi qui pose problème. La manière dont la loi a été élaborée et proposée est, elle aussi, contraire à la Constitution, affirme Alexandre Buisine, du Syndicat national des journalistes (SNJ) :

« Il y a un problème vis-à-vis de la séparation des pouvoirs. Une proposition de loi est censée être d’origine parlementaire mais on a vu que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a très largement inspiré celle-ci. »

Les députés ont saisi le Conseil constitutionnel le 21 avril pour que ce dernier se prononce sur la conformité ou non de cette loi à la Constitution française. Devant le TNP de Villeurbanne, les militants espèrent que leurs contributions donneront du poids à cette saisine. Réponse dans un mois.

L’article 24 transformé en délit de « provocation à l’identification » des forces de l’ordre

Nerf de la guerre, l’article 24 de la loi ne passe toujours pas. Inscrit dans le cadre de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, il visait à sanctionner toute diffusion des images des forces de l’ordre ou élément permettant de les identifier, dans le but de « porter atteinte à leur intégrité physique ou psychique ». Cette formulation vague avait suscité un tollé de la part des manifestants comme des journalistes, inquiets des dérives possibles. Une nouvelle mouture de l’article 24 a alors été pondue par le Sénat et déplacée dans le code pénal avec la création d’un nouveau délit de « provocation à l’identification » d’un membre des forces de l’ordre, « dans le but manifeste » de porter atteinte à son intégrité physique ou psychique. Celui-ci est sanctionné par « cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende ».

Des termes encore trop flous, qui n’ont pas rassuré les détracteurs de la loi. Dans de nombreuses affaires de violences policières, c’est en effet bien souvent les images ou photos des faits qui ont permis la condamnation des forces de l’ordre. Ça a été le cas lors du procès de Derek Chauvin, le policier reconnu coupable du meurtre de George Floyd ce mardi 20 avril aux Etats-Unis. A Lyon, le procès de deux policiers de la BAC accusés d’avoir tabassé le jeune Arthur Naciri il y a deux ans, clichés à l’appui, a une nouvelle fois été reporté.

L'AUTEUR
Oriane Mollaret
Oriane Mollaret

En BREF

Covid : à Lyon et dans le Rhône une pression encore forte à l’hôpital

par Bertrand Enjalbal. 298 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

A Lyon, la justice saisie contre l’utilisation de l’hélicoptère de la gendarmerie en manifestation

par Oriane Mollaret. 395 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

1er Mai à Lyon : retrouvailles militantes sous tension

par Guillaume Bernard. 910 visites. Aucun commentaire pour l'instant.
×