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Du TNP à l’Opéra de Lyon, l’occupation dans des conditions bien différentes
Société 

Du TNP à l’Opéra de Lyon, l’occupation dans des conditions bien différentes

par Laure Solé.
Publié le 10 avril 2021.
Imprimé le 05 décembre 2021 à 06:44
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Cela fait un mois que le TNP (théâtre national populaire) de Villeurbanne est occupé, et que le mouvement s’organise autour d’activités artistiques et de commissions militantes. Un mois d’endurance, symbolisé par un marathon de danse ce vendredi ainsi qu’une assemblée générale commune avec les occupants de l’Opéra de Lyon, investi lui aussi depuis quelques semaines, mais dans des conditions bien différentes.

Ce vendredi 9 avril sur la place Lazare Goujon à Villeurbanne, une cinquantaine de corps ont dansé au rythme d’un groupe de musique africaine. Les chorégraphies sont simples, exécutées avec assurance. Pourtant, certains visages hagards ou crispés expriment de la fatigue.

À 15 h, une voix s’élève de la foule :

“Bravo les gars, ça fait dix heures qu’on danse !”

Une clameur accueille la nouvelle. La plupart des danseurs sont arrivés le matin à 6 heures et ont arrêté de danser le soir à 19h. Les deux jeunes filles à l’origine du projet ? Sophie et Julie, danseuses professionnelles, qui ne se sont pas arrêtées de danser pour répondre aux questions :

“On mange et on boit en dansant”

Sophie, danseuse
Les danseurs marathoniens, aux 1 mois d'occupation du TNP, à Villeurbanne ©LS/Rue89Lyon
Au milieu des danseurs marathoniens : Sophie, aux 1 mois d’occupation du TNP, à Villeurbanne ©LS/Rue89Lyon

Julie ajoute :

“Il y a beaucoup de personnes qui nous encouragent et nous soutiennent. Il y a même le commerce du bout de la rue qui nous a distribué des boissons gazeuses !”

Parmi les danseurs qui sont là depuis 6 heures du matin, il y a surtout des professionnels. En revanche, les chorégraphies faciles ont permis à d’autres de rejoindre le ballet, pour quelques minutes, parfois quelques heures. Des comédiens mais aussi une infirmière, un technicien, ont rejoint le groupe.

Cette action doit avoir une portée symbolique, selon ses instigatrices :

“On fournit un effort sur la durée et on ressent de l’épuisement : ça fait un an qu’on a pas pu monter sur scène, je trouve que ça représente bien notre vie.”

Sophie, danseuse
L'organigramme de lutte du TNP ©LS/Rue89Lyon
L’organigramme de lutte du TNP ©LS/Rue89Lyon

Son amie ajoute :

“C’est aussi joyeux comme projet, ça fait du bien d’avoir le ressenti de s’engager ensemble physiquement dans la lutte.”

Julie, danseuse

Sophie, haletante, conclut :

“L’une de nos revendications de base, c’est quand même le retrait de la réforme du régime de l’assurance chômage.”

Cette première revendication a été rejointe par bon nombre d’autres, que l’on peut notamment lire sur la façade du TNP occupé : droit au logement, retrait de la loi sécurité globale, accès égal à la santé et à l’éducation…

“À l’Opéra, on est dans un taudis”

Lors de l’assemblée générale de ce vendredi, c’est l’occasion pour “l’Opéra occupé” et les militants du TNP de coordonner leurs actions. L’Opéra, situé place de la Comédie à Lyon (1er), est occupé par une population plus estudiantine. Ils se sont établis sous de moins bons hospices qu’au TNP. Au micro, quelques un des jeunes gens présents racontent :

“Ils [l’administration] ne sont pas très contents qu’on soit là, ils nous disent qu’on leur coûte de l’argent, qu’ils ont déjà des salaires à payer.”

Une jeune artiste reprend :

“On est dans un espèce de taudis, on aimerait bien avoir des loges.”

Un de ses collègues d’occupation ajoute :

“On avait le droit de dormir à dix là-bas, maintenant seulement à cinq.”

Et une dernière conclut :

“On a le droit de prendre notre douche seulement entre 6h et 8h, accompagné d’un vigile en plus.”

A cette dernière déclaration, un militant s’indigne :

“Mais c’est la prison ou quoi ?”

Certains militants du TNP ont décidé de dormir à l’Opéra le soir, pour témoigner leur soutien aux jeunes militants :

“C’est normal qu’ils aient du mal à se faire respecter, ils ont tous vingt ans. Mais c’est vrai qu’en comparaison, le TNP nous a ouvert les bras et a sorti les petits fours.”

John, militant

“Les combats sans solidarité inter-professionnelle ne menaient à rien”

Emmanuelle est comédienne, clown, et clown en hôpital. Aujourd’hui elle danse, elle participe aux assemblées générales, elle donne de la tête un peu partout. Elle a rejoint le TNP occupé il y a un mois :

“Cela me fait beaucoup de bien. Je ne peux plus faire de scène, et il y a beaucoup de choses angoissantes. On a besoin d’être ensemble, de se rencontrer, et de se voir.”

Emmanuelle, clown et comédienne, aux 1 mois d'occupation du TNP, à Villeurbanne ©LS/Rue89Lyon
Emmanuelle, clown et comédienne, aux 1 mois d’occupation du TNP, à Villeurbanne ©LS/Rue89Lyon

Pour Emmanuelle, ce qui se joue avec l’occupation des lieux culturels, ça concerne bien plus que les seuls salariés et intermittents du spectacle :

“Nous, on défend le service public. On veut réaliser une convergence des luttes. On a bien vu que les combats sans solidarité inter-professionnelle ne menaient à rien.”

Pour Emmanuelle, il est aussi important de défendre sa cause que celles des autres précarisés :

“Aujourd’hui je danse. Mais hier je suis allée chanter avec la chorale du TNP au piquet de grève des salariés de Carrefour.”

John, lui, est contrebassiste. Il fait partie du collectif qui est entré en premier dans le TNP, pour l’occuper. Membre du Collectif Unitaire 69, avec son ami Thibaud, ils placent beaucoup d’espoir dans l’avenir du mouvement. Avec une cinquantaine d’actifs, ils se sont organisés en commissions pour structurer leur action :

“Je suis dans la commission ‘action’ et dans la commission ‘convergence des luttes’. On essaye chaque jour de voir comment on peut prêter main forte, où on peut être utile.”

Thibaud et John, aux 1 mois d'occupation du TNP, à Villeurbanne ©LS/Rue89Lyon
Thibaud et John, 1 mois d’occupation au TNP, à Villeurbanne ©LS/Rue89Lyon

La veille, John s’est entretenu par visioconférence avec 58 des autres lieux culturels occupés en France (il y en a un peu plus de 100) :

“On a achevé le premier temps de structuration. occuper des lieux inutilisés, ça a ses limites.”

Il ajoute :

“On est passés d’une revendication assez sectorielle à quelque chose de plus large. C’est bien, maintenant on est tous d’accord, il faut sortir de nos lieux.”

Le collectif a aussi lancé une chaîne youtube qui présente actions et militants, qui s’appelle “Occupons 69” :

L'AUTEUR
Laure Solé

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