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Le « Revenu de Solidarité Jeunes » adopté par la Métropole de Lyon comble-t-il des vides ?
Société 

Le « Revenu de Solidarité Jeunes » adopté par la Métropole de Lyon comble-t-il des vides ?

par Laure Solé.
Publié le 15 mars 2021.
Imprimé le 02 août 2021 à 14:00
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Le Conseil de Métropole a adopté un « revenu de solidarité jeunes ». Sorte de « RSA » à destination de jeunes non pris en charge par d’autres aides, le dispositif sera effectif dès le mois de juin prochain dans l’agglomération de Lyon. C’est entre 300 et 400 euros qui doivent être distribués chaque mois à 2 000 jeunes précaires -dont on ne sait pas encore comment ils seront choisis exactement.

Bruno Bernard, le président écologiste de la Métropole l’a annoncé : le « revenu de solidarité jeunes » (RSJ) verra le jour dans l’agglomération.

Pas moins de 10 millions d’euros vont être investis dans le dispositif qui concernera dans un premier temps 2 000 jeunes qui pourront bientôt déposer leurs dossiers de candidature pour bénéficier du dispositif. Comme l’a précisé Bruno Bernard à l’occasion du conseil de métropole de ce lundi :

“C’est expérimental.”

Bruno Bernard à la conférence de presse sur la ZFE du 12/03/2021 ©LS/Rue89Lyon
Bruno Bernard en conférence de presse, le 12/03/2021. ©LS/Rue89Lyon

Une expérience coûteuse donc, mais qui pourrait tendre une main secourable à des jeunes précaires, âgés de 18 à 24 ans, plus que jamais affaiblis par la crise sanitaire.

L’aide doit être attribuée pour trois mois avec une réévaluation de la situation de chacun, avec une durée maximale de deux ans. Les 2 000 jeunes sélectionnés pourront recevoir 400 euros s’ils n’ont aucun revenu, 300 euros s’ils touchent quelques revenus.

Combler un vide d’accompagnement ?

Il s’agit donc d’une déclinaison à la sauce locale d’un « RSA Jeunes ». En effet, Revenu de Solidarité Active (RSA) habituel est un dispositif gouvernemental qui n’inclut pas les personnes de moins de 25 ans, ou alors seulement ceux qui ont déjà travaillé plus de deux ans.

La plupart des aides économiques à destination de la jeunesse précaire sont débloquées par des institutions qui gravitent autour du monde universitaire, comme les bourses du Crous par exemple. Et qui s’adressent donc aux étudiants.

En France, il existe une seule aide pour les jeunes qui sont sortis de tous les dispositifs de formation ou d’emploi. En anglais, on les appelle les NEET : « Neither in Employment nor in Education or Training ». Cette aide a vu le jour en 2013, sous le quinquennat de François Hollande, et s’appelle la Garantie Jeune.

Le Revenu de Solidarité Jeunes, un dispositif « Garantie Jeunes » bis ?

Cette aide s’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans révolus et en situation de précarité, qui sont exclus des dispositifs cités plus haut, qui n’habitent plus chez leurs parents et qui ne sont pas aidés par ceux-ci.

Au début de l’année scolaire, 100 000 personnes bénéficiaient de cette aide en France. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé le 26 novembre 2020 l’ouverture d’une rallonge budgétaire afin d’ouvrir la garantie jeunes à 200 000 personnes en 2021, contre 150 000 initialement.

Le montant maximal de cette allocation s’élève à 484,82 euros. Pour en bénéficier, il ne faut pas toucher de revenus, d’allocation, de pension ou de prime d’activité. Elle est cumulable à d’autres revenus s’ ils n’excèdent pas 300 euros.

La Garantie Jeunes ne peut être obtenue que pendant douze mois, et prolongée pour six de plus. Ce sont les missions locales qui accompagnent les jeunes encadrés par ce dispositif. Elles ont vocation à les aider à retrouver un emploi ou une formation.

« Une aide d’urgence pour palier un angle mort »

Severine Hemain (EELV), vice-présidente à la Métropole de Lyon chargée des politiques d’insertion et de l’emploi, rapporteuse du projet, s’est cantonnée à dire que :

“La Garantie Jeunes a une durée limitée et des critères limités. Le « Revenu de Solidarité Jeunes » quant à lui est une aide d’urgence pour pallier un angle mort.”

Il peut s’agir, selon la description de l’élue, d’une aide qui viendrait après la Garantie Jeunes, quand le délai d’un an et demi aura été dépassé. Il devrait pouvoir être mis en place très rapidement, dans des situations urgentes, contrairement à la Garantie Jeune.

Le « Revenu de Solidarité Jeunes » aurait émergé des organisations de jeunesse

Lucile, syndiquée à Solidaires et étudiante à l’université Lyon 2 raconte : “A Solidaires Étudiants on avait été contactés par les organisations de jeunesse qui ont réussi à l’imposer dans le débat [le RSA Jeunes]. Je crois qu’il y avait les jeunes écolos et le NPA jeunes. Forcément qu’on est d’accord, et que c’est plus juste que le RSA soit élargi ». Chargée des problèmes estudiantins, elles avait aussi affirmé qu’il ne s’agissait pas d' »une priorité » pour son syndicat.”

Elle a particulièrement insisté sur le fait que le « Revenu de Solidarité Jeunes » ne serait pas mis en opposition ou en concurrence avec les autres aides :

“Il s’agit d’une aide complémentaire, un deuxième filet de sécurité pour les jeunes qui n’ont le droit à rien.”

Une gauche accordée

Contrairement aux débats sur la ZFE (zone à faibles émissions), l’accueil du Revenu de Solidarité Jeunes par les élus a été bien plus consensuel.

Idir Boumertit du Groupe Métropole Insoumise Résiliente et Solidaire, Léna Arthaud du Groupe Communiste et Républicain, Joëlle Séchaud du groupe des Socialistes, ont pris la parole pour se déclarer en faveur du RSA Jeunes.

David Kimelfeld, prédécesseur de Bruno Bernard à la Métropole et chef de file du groupe Progressistes et Républicains s’est aussi prononcé positivement, mais a émis des réserves intéressantes.

Il a notamment remis en question la qualité du suivi des jeunes qui toucheront le RSA Jeunes :

“Les jeunes en déshérence ne connaissent pas les missions locales. Là, il est prévu huit rendez-vous maximum sur 24 mois. Au regard du public visé, c’est trop faible.”

Il a aussi remis en question la capacité de la Métropole à évaluer les critères d’attribution du RSA Jeunes, et l’impact de cette mesure :

“Comment allez-vous établir qu’un jeune n’a pas de ressources familiales ?”

L’incapacité de la Métropole à évaluer l’impact de ses dispositifs et à distribuer équitablement ses aides avait déjà été dénoncée par les représentants étudiants dans un article de Rue89lyon consacré aux étudiants.

David Kimelfeld a conclu :

“Cet outil ne doit pas devenir un moyen d’affichage politique.”

En effet, plusieurs élus de l’opposition ont critiqué une mise en branle du RSA Jeunes jugée précipitée, “mal documentée et très opportune” (Pierre Chambon de la Métropole pour Tous) en vue des élections régionales approchantes.

Pour la droite, c’est « vivre dans l’assistanat »

Pour Louis Pelaez, à la tête d’Inventer la Métropole de Demain (LREM), le mot même de “RSA Jeunes” est stratégique et ne correspond pas au dispositif proposé par la Métropole :

“Pour le prix d’une Garantie Jeunes bis, vous vous payez un « RSA jeunes » dans la tête de nos concitoyens. A part les jeunes concernés, peu de personnes feront la démarche de regarder ce que contient réellement le dispositif et ça, vous le savez bien […]”

Pour le Rassemblement de la Droite, le RSA Jeunes reviendra à

“Appauvrir la société toute entière. Vivre dans la dépendance et l’assistanat nuit à tous. Cette nouvelle aide est une dépense de fonctionnement qui témoigne du recours massif et systématique à la dette de cette majorité.”

L'AUTEUR
Laure Solé

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