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Violences policières : qui appelle à manifester ce samedi à Lyon ?
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Violences policières : qui appelle à manifester ce samedi à Lyon ?

actualisé le 19/06/2020 à 17h07

En réponse à un appel national, des comités « Justice et Vérité » locaux appellent à un rassemblement ce samedi devant le Palais de justice, « les 24 colonnes », dans le Vieux Lyon, à 14 heures. Il s’agira de la quatrième journée (en dix jours) de mobilisation contre les violences policières et le racisme à Lyon.

« On continuera de lutter », nous déclaraient des Lyonnais lors la grosse manifestation contre les violences policières samedi dernier. La promesse sera tenue, avec deux rassemblements au programme de ce samedi 13 juin.

En parallèle de la mobilisation prévue devant les 24 colonnes, qui s’inscrit dans la lignée des manifestations récentes en contre « les crimes policiers et le racisme », des « gilets jaunes » appellent également à un rassemblement place Bellecour, à 14 heures, reprenant les traditionnels rendez-vous du samedi.

Zineb Redouane, Jérôme Rodrigues, Manu Coisne… Ces noms rappellent les nombreuses bavures policières qui ont émaillé le mouvement des « gilets jaunes ». Ils sont en photo de l’appel à manifester ce samedi. Si les manifestations du samedi se sont faites rares depuis septembre 2019, certains militants continuent de se battre contre les violences faites par les forces de l’ordre. Ainsi, quelques « gilets jaunes » étaient présents à la marche de samedi dernier en hommages aux victimes des crimes policiers.

Mais ces derniers n’ont pas souhaité déposer un parcours à la préfecture :

« Puisque loin de garantir la liberté de manifestation, cette démarche n’a abouti depuis un an et demi qu’à favoriser la mise en place de nasses et les débordements policiers », peut-on lire sur la page Facebook de l’événement.

Le rassemblement devant les 24 colonnes n’a également pas été déclaré en préfecture, contrairement à la manifestation de samedi dernier.

En réponse à ces deux rassemblements prévus ce 13 juin, la préfète déléguée à la sécurité a signé un nouvel arrêté pour interdire certains périmètres à la manifestation. Une habitude qui remonte aux mouvements des « gilets jaunes » et qui s’est prolongé depuis, avec le mouvement contre la réforme des retraites.

Les comités « vérité et justice » en première ligne dans la mobilisation contre les violences policières

Le « comité justice et vérité pour Wissam » (Wissam est décédé à la suite d’une interpellation par la police à Clermont-Ferrand lors de la nuit de la Saint-Sylvestre en 2011/2012, ndlr), l’« association pour les victimes de crimes sécuritaires » (et notamment Myriam Bouhouta, soeur de Mehdi Bouhouta, qui sera présente également), le FUIQP (Front uni des immigrations des quartiers populaires) Grenoble, ou encore le groupe local Dar Harraga, ont appelé à manifester en soutien au « comité vérité et justice pour Mehdi » qui est le principal groupe qui appelle à ce rassemblement lyonnais, en réponse au comité pour Adama Traoré qui a lancé cette nouvelle mobilisation de ce samedi.

Mehdi D. est décédé à Vénissieux dans la nuit du 10 au 11 décembre 2016. Alors qu’il rentrait chez lui en scooter avec des amis, une voiture de police les a pris en chasse. Après une course poursuite, l’accident est survenu. Mehdi est mort sur le coup.

« Des membres du « Comité vérité et justice pour Mehdi » sont venus nous soutenir mardi dernier devant la Cour d’appel de Riom, on vient à notre tour les accompagner », explique Farid El-Yamni, le frère de Wissam.

Les antifascistes de Lyon, et notamment la Gale, les jeunes pour l’environnement (Youth for climate) de Lyon, le collectif Vies volées (en soutien aux familles victimes de « crimes policiers », ndlr) ou encore le syndicat Solidaires ont également relayé l’appel à manifester.

« Ce qui nous surprend le plus, c’est la jeunesse »

La mort de George Floyd, le 25 mai dernier, a provoqué un mouvement d’indignation bien au-delà des frontières étasuniennes, notamment en France où plusieurs familles de victimes de « crimes policiers » n’ont toujours pas obtenu justice.

« Les Etats-Unis, ça a été la flamme », reconnaît Farid El Yamni, très engagé dans le combat pour son frère Wissam.

Si Yamina D., sœur de Mehdi, salue cette prise de conscience, elle reste partagée :

« Je trouve ça dommage qu’il ait fallu attendre la mort de George Floyd aux Etats-Unis pour que cela résonne en France ».

Pour Farid El-Yamni, « la mobilisation n’est pas prête de s’arrêter dans le pays ». C’est ce qui prime :

« Il y a quelque chose qui s’accélère. C’est symptomatique d’un mouvement pré-révolutionnaire. Ce que les pouvoirs publics n’ont pas encore compris. Et surtout c’est la jeunesse, pas des gens politisés. Ce sont des gens qui s’organisent par SMS, qui connaissent nos histoires sur le bout des doigts, qui en comprennent les tenants et les aboutissants ».

Wissam El-Yamni, chauffeur routier de 30 ans, est décédé la nuit de la Saint-Sylvestre en 2011, à la suite de son interpellation dans des circonstances controversées. Deux agents avaient été mis en examen en 2014, mais la décision avait été annulée et les policiers avaient été placés sous le statut de témoins assistés. Trois témoins, présents au commissariat dans lequel a été conduit Wissam le nuit de son interpellation, n’ont toujours pas été entendus à ce jour. Sa famille a demandé mardi 9 juin un complément d’information à la cour d’appel de Riom, dont la chambre d’instruction rendra sa décision sur cette requête le 15 juillet.

Farid El-Yamni se réjouit de cette jeunesse qui n’attend plus les « leaders » pour prendre part au mouvement, comme à Lille, « où des rassemblements se forment tous les deux jours ».

« La chose qui nous surprend le plus, et c’est partout en France, c’est la jeunesse. Samedi dernier, on organisait une manifestation pacifique devant la Tour Eiffel. Alors que d’habitude, on est les premiers, quand on est arrivés, les manifestants étaient déjà présents voire en train de partir. C’était des jeunes ».

Pour le frère de Wissam El-Yamni, c’est le travail militant fourni depuis de longues années (depuis 2012 concernant la mort de son frère) qui commence à payer. Mais ce dernier ne se souhaite pas s’arrêter aux affaires judiciaires actuelles.

« Ce n’est pas pour les affaires judiciaires actuelles que l’on poursuit la lutte, c’est pour l’avenir ».

Les jeunes noirs et arabes très présents dans la marche du samedi 6 juin à Lyon contre les violences policières et le racisme. ©AB/Rue89Lyon

Les jeunes noirs et arabes très présents dans la marche du samedi 6 juin à Lyon contre les violences policières et le racisme. ©AB/Rue89Lyon

Les annonces de Castaner : de « la poudre aux yeux » ou une « victoire » ?

Suite à l’ampleur de la mobilisation en France contre les violences et le racisme dans les rangs des forces de l’ordre, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé lundi 8 juin des mesures pour répondre à ces critiques : abandon de la méthode dite de « l’étranglement » (ndlr : méthode de la prise par le cou), suspension « envisagée » des policiers pour chaque « soupçon avéré » de propos racistes, des instructions rappelant le cadre des contrôles d’identité, etc.

Melynda, l’une des organisatrices de la marche de samedi dernier, est plutôt satisfaite de ces annonces et des autres « avancées » :

« Le président de la République a tout de même invité la famille Traoré (ndlr : la famille a finalement décliné la proposition); il y aura une vraie enquête sur le groupe WhatsApp qui a révélé le racisme de nombreux policiers… Ce n’est pas rien ».

C’est en partie pour cette raison, qu’elle ne participera pas au rassemblement du 13 juin. Melynda reste tout de même prudente :

« Ce ne sont que des paroles pour l’instant, mais si cela est mis en place, ce sera une bataille de gagnée ».

Melynda, au centre de la photo, lors de la marche du 6 juin à Lyon contre les violences policières et le racisme. ©AB/Rue89Lyon

Melynda, au centre de la photo, lors de la marche du 6 juin à Lyon contre les violences policières et le racisme. ©AB/Rue89Lyon

Même enthousiasme du côté de Farid El-Yamni :

« Il n’y a pas beaucoup de victoires, mais ça s’en est une ! Je pars du principe que si l’on arrive à sauver rien qu’une seule vie, c’est déjà ça. En interdisant la méthode de prise par le cou, on va sauver des vies ».

Pour remplacer cette méthode dite de « l’étranglement », d’autres moyens d’interpellation vont néanmoins être mis à disposition des policiers, et notamment, le pistolet à impulsion électrique, plus communément appelé taser. Une option qui fait déjà polémique.

« Ce n’est pas mieux, le taser tue également », tient à rappeler Naguib Allam, l’un des fondateurs de l’association des victimes des crimes sécuritaires. Ce dernier sera présent au rassemblement de samedi, mais en tant qu’observateur, tient-il à préciser.

« Il est quand même curieux que dans un pays démocratique, la police soit aussi militarisée », relève-t-il.

Depuis plusieurs années, cette association mène un travail d’enquête sur les victimes de violences policières, avec noms et condamnations à l’appui. « Depuis 1973, on a comptabilisé plus de 2000 morts », souligne Naguib Allam, avant d’ajouter un ton amer :

« Si la méthode de prise par le cou est abandonnée, le plaquage ventral reste autorisé. Ces annonces, c’est de la poudre aux yeux ».

Yamina D. abonde dans ce sens :

« Ils ont plein d’autres manières de tuer. Regardez mon frère ».

Ce que la sœur de Mehdi réclame, ni plus, ni moins, un « démantèlement de la police ».

Pour Farid El-Yamni, c’est l’indépendance de l’IGPN qui pose problème :

« On parle de séparation des pouvoirs, mais ce sont des gens du Ministère de l’Intérieur qui s’auto-jugent. On est au Moyen-Age ! ».

Et d’ajouter :

« Ils mettent des milliardaires en prison, des députés, même un ancien président de la République a été mis en examen. Mais ils ne mettent pas de policiers en prison ».

De même, Naguib Allam pointe du doigt les nombreux classements sans suite qui sont prononcés par les parquets :

« Nous demandons des directives fermes du gouvernement en direction des procureurs ».

Pour Naguib Allam, il est difficile de déterminer si le crime a été commis par racisme :

« Le racisme dans la police, c’est une voie de garage. Il y a du racisme c’est certain, mais ça peut nous détourner du vrai sujet, l’intention du policier ».

« Je suis la première à dire que les arabes ne sont pas tous des voleurs »

Si la manifestation déclarée de samedi s’est déroulée sans trop de problème, le rassemblement prévu ce 13 juin ne semble pas réunir les mêmes conditions. Et pour cause, le lieu de rendez-vous, devant le Palais de justice, se situe dans le périmètre d’interdiction de manifester.

Par ailleurs, cela se passe dans le Vieux Lyon, un fief revendiqué par les groupuscules d’extrême droite, notamment identitaires, qui ont lancé un #WhiteLivesMatter en réponse au mot d’ordre « Black lives matter » (les vies noires comptent).

C’est l’autre raison pour laquelle Melynda ne participera pas à ce rassemblement. Selon elle, l’actualité n’aide pas à calmer les colères ( libération sous caution d’un des policiers accusés du meurtre de George Floyd, disculpation des agents qui ont tiré la grenade tuant Zineb Redouane durant le mouvement des « gilets jaunes », ndlr).

« Cela risque de dégénérer, et je n’ai pas envie d’être identifiée à cela. »

Présente avec des amies au rassemblement de mardi dernier devant les 24 colonnes, Melynda dit avoir été « snobée » alors qu’elle tentait de lancer le slogan « la vie des noirs compte ». Très vite, les manifestants ont renchéri avec « Tout le monde déteste la police », un slogan qui « décrédibilise le mouvement » selon la jeune femme.

« Je suis la première à dire que les arabes ne sont pas tous des voleurs, que les noirs ne sont pas tous des délinquants. Je serais hypocrite de dire que tous les policiers sont les mêmes ».

L'AUTEUR
Alicia Blancher

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