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À Lyon, contre les violences policières : « On continuera de manifester autant qu’il faudra »
Société 

À Lyon, contre les violences policières : « On continuera de manifester autant qu’il faudra »

actualisé le 08/06/2020 à 18h04

Des milliers de personnes (12 000 selon les organisateurs, 3 400 selon la police) ont manifesté ce samedi 6 juin entre la place Bellecour et la préfecture du Rhône, contre les violences policières et le racisme, après la mort de George Floyd aux Etats-Unis. Reportage sur ce deuxième jour de mobilisation à Lyon.

Plusieurs marches ont eu lieu dans toute la France ce samedi, comme à Paris, Lille ou encore Metz. Au total : 23 000 personnes étaient mobilisées selon le ministère de l’Intérieur.

La manifestation lyonnaise a été déclarée en préfecture du Rhône. La préfecture ne l’a pas interdite, malgré l’interdiction générale des rassemblements de plus de 10 personnes. La préfète déléguée à la sécurité a pris toutefois deux arrêtés (un pour samedi, l’autre pour dimanche) pour interdire trois secteurs : entre la place des Terreaux et la place Bellecour, le Vieux Lyon et la rue Victor Hugo (voir les arrêtés, à partir de la page 44).

Un autre rassemblement est appelé pour ce dimanche 18h, toujours place Bellecour.

« I can’t breathe ». Ce sont les derniers mots de George Floyd avant de s’éteindre, et le nom de la marche organisée samedi 6 juin par une association « Afro-descendants ».

Sur la page Facebook de l’événement, 900 participants sont inscrits à 13 heures. Et pourtant, ce sont plusieurs milliers de personnes qui se rassemblent place Bellecour, dès 14 heures, sous un ciel menaçant.

A la fin de la manifestation, les organisatrices parleront même de « 12 000 manifestants ». C’est dix fois plus que les participants dénombrés pour le rassemblement qui a eu lieu mardi, aux abords du palais de justice, lancé dans toute la France, par le comité Vérité et justice pour Adama.

« Pas de justice, pas de paix », « On n’oublie pas, on ne pardonne pas », « Justice pour Adama », « Police partout, justice nulle part », « La vie des noirs compte »… Les slogans s’affichent sur les pancartes, tout au long du parcours qui avait été accepté, au préalable, par la préfecture du Rhône.

La mort de George Floyd a beaucoup résonné en France avec l'affaire d'Adama Traoré, mort après son interpellation dans la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise en 2016. ©AB/Rue89Lyon

La mort de George Floyd a beaucoup résonné en France avec l’affaire d’Adama Traoré, mort après son interpellation dans la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise en 2016. ©AB/Rue89Lyon

« Le sort des Afro-Américains m’importe particulièrement car j’ai vécu un an aux Etats-Unis, dans le Michigan, à l’époque des Black Panther. Je n’ai jamais oublié ça, et je suis constamment consterné par ce qu’ils subissent encore aujourd’hui », explique François

Cet homme de 76 ans est assez fier de donner son âge :

« Comme quoi il n’y a pas que des jeunes ! »

Lui qui a suivi « de près » l’affaire Adama Traoré en France, a a également participé au rassemblement de mardi dernier.

Pour Aurélie, qui a habité « en banlieue bordelaise », les choses doivent changer :

« J’ai déjà vu des scènes de violences policières racistes, donc ça me touche particulièrement ».

Cette « une révoltée de naissance » est une habituée des manifestations. Elle a notamment participé au mouvement des « gilets jaunes ».

Aurélie était au rendez-vous Place Bellecour. ©AB/Rue89Lyon

Aurélie était au rendez-vous Place Bellecour. ©AB/Rue89Lyon

« Ma première manifestation »

Djabarati Bacar, étudiante en sciences politiques à Lyon, a le sourire. Alors que des légères tensions se font ressentir avec les forces de l’ordre, elle plaisante avec ses amis : « Tu vas devoir appeler ton avocat », lance-t-elle à l’un des trois. Mais lorsqu’elle en vient à expliquer sa venue, son visage se ferme.

« Je ne suis pas très manifestation, c’est la première. C’est une cause très importante pour moi, car je suis d’une couleur différente. »

La mort de George Floyd a produit une prise de conscience chez cette jeune Lyonnaise, qui souhaite désormais prendre pleinement part au combat :

« Je compte défendre mes droits, donc je continuerai de manifester autant qu’il faudra ».

Alice, étudiante lyonnaise qui a déjà participé à des marches pour le climat, n’a jamais jusqu’alors manifesté contre les violences policières.

« Je suis venue pour rendre hommage aux victimes, Adama Traoré, George Floyd, pour dénoncer la police qui tue des personnes racisées. »

A l’avenir, Alice souhaiterait davantage participer à ce type de rassemblements, et continuer à soutenir les victimes d'oppression. ©AB/Rue89Lyon

A l’avenir, Alice souhaiterait davantage participer à ce type de rassemblements, et continuer à soutenir les « victimes d’oppression ». ©AB/Rue89Lyon

15, 18, 20 ans… De nombreux jeunes sont présents ce samedi.

« La goutte d’eau qui a fait déborder le vase »

« On est là surtout pour que ça s’arrête. La mort de George Floyd, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », soupire Stella, qui a également participé au rassemblement de mardi.

Pour Djabarati, la situation des noirs en France n’est pas si rose comparée à celle des Etats-Unis.

« Cette histoire avec George Floyd aux Etats-Unis, ça nous a permis de nous révolter derrière, de voir que ce n’est pas que chez eux que ça se passe. Chez nous aussi, notre gouvernement ferme les yeux ».

Djabarati et ses amis, vêtus de noir pour rendre hommage aux victimes des violences policières. ©AB/Rue89Lyon

Djabarati et ses amis, vêtus de noir pour rendre hommage aux victimes des violences policières, le « dress code » voulu par les organisateurs. ©AB/Rue89Lyon

« Un gouvernement qui ferme les yeux ». C’est ce qu’a voulu représenter Sondoga, Lyonnaise de 15 ans, sur sa pancarte. Noire, elle se sent encore plus concernée par ces injustices, et ne comprend pas les différences de traitement en raison de la seule couleur de peau.

« La mort de George Floyd, ça m’a beaucoup touché, et je pense que ça a affecté beaucoup de gens. Les violences policières et des personnes qui sont tuées à cause de leur couleur de peau, ça arrive depuis des années, depuis plusieurs siècles. Et je pense que la mort de George Floyd, ça a lancé le mouvement pour combattre ça ».

Sondoga participait ce samedi également à sa première manifestation. ©AB/Rue89Lyon

Sondoga participait ce samedi également à sa première manifestation. ©AB/Rue89Lyon

« Soutien aux victimes des violences policières »

Parmi les participants, quelques organisations politiques sont là, notamment la section Rhône du Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF).

« Nous sommes venus pour montrer notre soutien à toutes les personnes racisées qui subissent des violences policières, ça fait partie des points importants de notre orga, la lutte contre le racisme, la lutte contre l’impérialisme. Les prolétaires racisés font partie des plus oppressés en France, parce qu’ils sont à la fois exploités et victimes de violences raciales », tient à rappeler Emma, membre des Jeunes Communistes.

Quelques « gilets jaunes » défilent également pour montrer « leur soutien aux victimes des violences policières ».

A plusieurs reprises, les manifestants se sont agenouillés le point levé, en référence au geste de Colin Kaepernick, joueur de football américain qui a dénoncé les violences policières. « Vous avez qu'à me nommer Bastien pour l'article, ça rend bien ». ©AB/Rue89Lyon

A plusieurs reprises, les manifestants se sont agenouillés le point levé, en référence au geste de Colin Kaepernick, joueur de football américain qui a dénoncé les violences policières.  ©AB/Rue89Lyon

« Une marche pacifiste contre les violences policières »

A l’arrivée, les organisatrices se félicitent pour cette « manifestation sans casse et sans débordement ».

Si des tensions ont eu lieu avec la police, elles ont en effet été brèves, notamment au moment de tentatives de manifs sauvages. On a pu noter des jets de projectiles suivis de quelques tirs de gaz lacrymogène. Deux personnes ont été interpellées après la dispersion de la manifestation.

« On est très fiers, franchement c’est beau. Plus de 12 000 personnes », se réjouit Maritza, qui s’est associée à Afro-descedants suite à la manifestation de mardi, pour organiser cette marche avec sa meilleure amie, Melynda. Leur but : « combattre le racisme, les violences policières et les injustices qui s’en suivent ».

« On est tous des frères, on est tous des sœurs, on est tous pareils, et personne ne mérite ça, et demain ça peut être n’importe qui »

Cette jeune Lyonnaise n’est affiliée à aucune association, mais les événements de ces derniers jours semblent avoir fait basculer son engagement.

«La seule manifestation que l’on fera, ce sera pour cette cause, et seulement pour cette cause. Si demain, il se repasse la même chose, on refera la même chose, on se battra jusqu’à la fin pour la nouvelle génération », déclare Maritza d’une voix fatiguée et émue.

Sur la fin du parcours, les organisateurs (la présidente d'Afro-Descendants à gauche, et Sonia avec le mégaphone à sa droite) ont demandé aux manifestants de se tenir par les coudes, pour former une chaîne humaine, symbole de solidarité et de fraternité. ©AB/Rue89Lyon

Sur la fin du parcours, l’une des organisatrices, Melynda, au centre de la photo, a demandé aux manifestants de se tenir par les coudes, pour former une chaîne humaine, symbole de solidarité et de fraternité. ©AB/Rue89Lyon

Un combat qui se veut « pacifiste », comme l’explique Anthony (à droite de la photo ci-dessus), un proche de l’association des Afro-descendants. « Il y a des noirs, des blancs, des asiatiques, de toutes religions confondues. il n’y a pas eu de violences. C’est vraiment une marche pacifiste ».

Un genou au sol et le point levé

La marche s’achève sur le quai Victor Augagneur, au niveau de la préfecture, par 9 minutes un genou au sol et le point levé, temps durant lequel George Floyd a été maintenu au sol par l’officier de police.

Durant ces 9 minutes, les organisatrices se passent le micro pour lire, en français et en anglais, les dernières paroles de George Floyd. Une forte émotion dans la voix. Des larmes apparaissent sur de nombeux visages. Puis c’est la dispersion.

Durant ces 9 minutes, les organisateurs on lu dans l'émotion en français et en anglais les dernières paroles de George Floyd. ©AB/Rue89Lyon

Durant ces 9 minutes, les organisatrices on lu dans l’émotion en français et en anglais les dernières paroles de George Floyd. ©AB/Rue89Lyon

L'AUTEUR
Alicia Blancher

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