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Grève des jeunes pour le climat à Lyon :  « c’est une question de vie ou de mort ! » 
Environnement 

Grève des jeunes pour le climat à Lyon :  « c’est une question de vie ou de mort ! » 

Depuis septembre, les mobilisations se multiplient pour protester contre l’inaction des responsables politiques face au réchauffement climatique, à Lyon comme dans le reste du pays. Si ce mouvement peine pour l’instant à obtenir des résultats concrets, ce vendredi 15 mars devait lui donner un nouveau souffle en mobilisant collégiens, lycéens et étudiants avec un appel mondial à faire « la grève pour le climat ». Rue89Lyon est allé à la rencontre de cette « génération climat ».

Ils se disaient « plus chauds que le climat » et le risque d’averses ne les a pas refroidis. Ce vendredi, les jeunes Lyonnais et Lyonnaises ont répondu massivement à l’appel mondial à une grève pour le climat.

Entre 12 000 et 15 000 jeunes ont défilé de la place Bellecour au siège de la Métropole, dans une ambiance, à la fois festive et déterminée. On n’avait jamais vu autant de scolaires dans la rue depuis au moins une vingtaine d’années.

© Alexis Demoment / Rue89Lyon.

La « grève scolaire pour le climat », au départ de la place Bellecour à Lyon © Alexis Demoment / Rue89Lyon.

Plus d’une heure avant le départ du cortège, ils étaient déjà des centaines à pique-niquer sur la place Bellecour. Certains commençaient déjà à scander « et 1, et 2, et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ». Marin Bisson est l’un des initiateurs du mouvement à Lyon. Âgé de 15 ans, il est scolarisé en seconde au lycée Saint-Exupéry à la Croix-Rousse, est arrivé :

« Cela fait 3 mois que j’ai rejoint Lyon climat et Youth for Climate. Depuis le début des marches pour le climat, j’essaie d’y participer le plus possible. Je suis aussi engagé à Amnesty International depuis septembre. »

Beaucoup de nouveaux manifestants

Pour beaucoup, c’était une toute première manifestation. C’était notamment le cas de Sacha, Rosalie, Jade, Melvin, Ombel, Gabriel et Clara. Tous sont collégiens à Ampère et manifestaient pour la première fois. Interrogés sur les raisons de leurs participations, leurs témoignages ont fusé :

« On a été encouragé par nos professeurs pour participer. Et sur les réseaux sociaux. »

« C’est important de venir, c’est notre futur ! On ne veut pas filer un monde pourri à nos enfants. »

« En cours, on voit le temps qu’il reste à la planète… quand on sera adulte, ce sera la merde ! »

Salma et India, respectivement en 1ère au lycée Diderot et en 2nde au lycée du Parc, venaient elles aussi pour la première fois :

« Il faut que ça change. On a le choix entre vivre et mourir. C’est plus important que les autres mouvements comme les gilets jaunes : là, c’est une question de vie ou de mort ! »

Même chez les plus grands, certains étaient des manifestants novices. Louise, 22 ans, étudiante en master de droit européen des affaires qui fait partie des organisatrices du mouvement à Lyon 3, racontait :

« Je m’y suis mise comme ça, il y a un mois, en rentrant de mon Erasmus aux Pays-Bas. J’ai eu un déclic là-bas : j’ai eu du temps pour lire le rapport du GIEC, pour réfléchir à la situation. En plus, j’étais à côté de la Belgique, donc j’ai suivi ce qu’il se passait là-bas [où des manifestations hebdomadaires des jeunes pour le climat ont déjà lieu depuis janvier, ndlr]. »

« J’ai fait toutes les marches pour le climat »

Pour d’autres, le « déclic » est arrivé plus tôt. Florent, 19 ans, étudiant en gestion à Lyon 3, a déjà fait les précédentes marches pour le climat :

« Il y a environ un an, j’ai lu le livre « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne. Ça a été un électrochoc. Je viens aux marches pour le climat depuis septembre et je suis à Alternatiba depuis 2 mois. »

Il y a également des manifestants de longue date, comme Emma, 20 ans, étudiante à Sup’Écolidaire. Un peu avant le départ de la manifestation, alors qu’elle préparait des affiches pour recouvrir les panneaux publicitaires avec des amis, elle a confié :

« Depuis que je suis au lycée, j’ai participé à plusieurs associations. J’ai été à Greenpeace, dans une radio lycéenne… maintenant je suis bénévole à Conscience et impact écologique. Depuis septembre, j’ai fait toutes les marches pour le climat. »

Avec quelques amis, Emma a recouvert de slogans les panneaux publicitaires qui bordaient le parcours de la manifestation. © Alexis Demoment / Rue89Lyon.

Avec quelques amis, Emma a recouvert de slogans les panneaux publicitaires qui bordaient le parcours de la manifestation. © Alexis Demoment / Rue89Lyon.

« J’essaie de faire ma part dans mes choix de vie »

Qu’ils soient des habitués des marches pour le climat ou qu’ils manifestent pour la première fois, la plupart ont affirmé être déjà engagés dans leur quotidien pour l’environnement.

Zoé et Laurie, élèves de terminales de 17 ans qui ont fait le déplacement depuis Bourgoin-Jallieu, se sont dites sensibilisées depuis qu’elles sont petites :

« On fait le tri, le recyclage, on privilégie les transports en commun. »

Idem pour Marin Bisson, l’initiateur du mouvement à Lyon :

« J’ai été très sensibilisé à l’écologie par mes parents. À la maison, on fait tout ce qu’on peut au quotidien : on consomme dans des AMAP, on se déplace à vélo, on a un compost, on mange le moins de viande possible. »

Des chefs scout étaient également au rendez-vous, arborant leur uniforme et leur foulard pour la première fois dans une manifestation climat. Les Scouts de France ont en effet soutenu officiellement la mobilisation, une première. Eugénie, Félix, Tanguy, Claire et Elvire s’en sont réjouis :

« Les camps scouts sont dans la nature, on essaie de faire attention à l’écologie. C’est la valeur principale du scoutisme. »

Tandis que le cortège se mettait en marche, Florestan, étudiant en architecture à Vaulx-en-Velin de 20 ans, a glissé :

« Je suis sensible à ces questions depuis très longtemps. J’essaie de faire ma part dans mes choix de vie, pour avoir un impact minimum sur l’environnement. »

Florence, en licence 3 d’histoire de l’art à l’ENS, qui se présente comme « étiquetée ‘meuf écolo’ depuis le collège », a expliqué :

« Je fais un maximum d’achat en vrac, je choisis des produits locaux. »

« Décrétons l’état d’urgence climatique »

Tous ont également partagé le constat que les actions individuelles seules ne permettront pas d’empêcher le réchauffement climatique. À l’image de l’un des slogans les plus repris par le cortège : « les petits pas, ça suffit pas ».

Selon Marin Bisson, « c’est important de faire des petits gestes, mais ce n’est pas suffisant » :

« On demande à l’État d’agir et de décréter l’état d’urgence climatique. Il doit améliorer l’éducation à l’écologie dans les écoles et les collèges, développer les transports publics et doux, protéger l’environnement, sanctionner les entreprises polluantes. Et au niveau local, on veut l’arrêt du projet de contournement ouest [le TOP ou Anneau des sciences, ndlr]. Ça déplace juste la pollution au lieu de l’empêcher. »

Pour Louise, « on peut vouloir changer ses habitudes, mais ce n’est pas toujours évident de consommer bio et éthique » :

« Il faut donner les moyens aux gens de le faire. Le système dans lequel on vit ne le permet pas. »

Florence, pour sa part, s’est agacée :

« C’est ridicule de nous faire la morale à nous, alors qu’il faudrait taxer le kérozen, les gros pollueurs. »

Tandis que Salma et India ont proposé :

« Il faudrait des lois pour réduire la production industrielle. Parce qu’à notre échelle, on ne peut pas faire grand chose. »

Sacha et Even, élèves de 15 ans en classe de 3ème au collège Bellecombe, ont dit espérer une massification du mouvement :

« La manifestation, ça sert à montrer notre soutien, montrer qu’on est impliqués. C’est pour raisonner les gens. Parce qu’il faut être beaucoup plus pour être entendus, pour forcer le gouvernement à faire des lois écologiques. »

« C'était déjà urgent avant ma naissance ». © Alexis Demoment / Rue89Lyon.

« C’était déjà urgent avant ma naissance ». © Alexis Demoment / Rue89Lyon.

« Montrer aux jeunes qu’on n’est pas seuls »

Certains n’attendent plus grand chose de la part des dirigeants politiques, mais n’en demeurent pas moins motivés pour continuer à manifester.

Erwan, 20 ans, étudiant à Lyon 2 en licence d’économie-gestion, a envisagé de repenser les modes d’actions :

« J’espère qu’un maximum de monde va se mobiliser pour faire bouger les politiques. Mais c’est compliqué, on le voit avec les gilets jaunes qui n’obtiennent rien malgré leur mobilisation. Je pense qu’on va devoir agir différemment. Personnellement, je suis pour la désobéissance civile, les actions non-violentes. »

Louise, elle non plus, ne voit pas la manifestation comme une fin en soi :

« Je n’ai pas une grande attente de la manifestation pour faire bouger le gouvernement. C’est plutôt pour montrer aux jeunes qu’on n’est pas seuls, que c’est un mouvement de masse. Ça va servir de base pour des actes plus concrets, pour organiser la suite. »

« En 2017, j’avais voté pour Macron »

Malgré l’omniprésence de slogans « anti-capitalistes » empruntés aux cortèges de gauche traditionnels, les opinions politiques des manifestants étaient assez variées.

Zoé, qui brandissait une pancarte « Make our planet great again », n’a pas caché son soutien pour le président Emmanuel Macron – pourtant souvent critiqué dans le milieu écologiste pour sa politique jugée défavorable à l’environnement :

« J’aime bien Macron. Je voudrais juste qu’il en fasse un peu plus pour l’environnement. »

Erwan a pour sa part changé récemment d’avis sur le sujet :

« En 2017, j’avais voté pour Macron. Je n’avais pas assez d’informations sur son programme, notamment économique. Aujourd’hui, je me rends compte du problème du capitalisme et je me sens plutôt proche de La France insoumise. »

« La gauche me paraît plus sensible à l’écologie »

Florent, lui, a estimé :

« Je pense qu’on ne peut pas être écolo et de droite. Être écologiste, c’est être anticapitaliste, contre le système de production : on ne peut pas être écolo si on n’a pas de quoi se nourrir. On doit protéger la vie sur le long terme et la justice sociale sur le court terme ».

Marin Bisson, plus jeune et encore loin d’être en âge de voter, a reconnu :

« Je ne connais pas assez bien la politique pour me positionner à ce sujet. Même si la gauche me paraît plus sensible à ces questions. »

« La planète passe avant tout ! »

Alice, Salomé et Clara, collégiennes à Chevreul, se fichent bien de savoir quel bord est le plus enclin à répondre à l’urgence climatique :

« On n’est pas très intéressées par la politique. On n’a pas besoin de s’y connaître pour vouloir sauver le climat. La planète passe avant tout, c’est ça le plus important. »

Avant d’ajouter :

« On n’a plus le temps ! »

Et puisqu’ils n’ont « plus le temps », les jeunes sont pressés d’agir. Défilant à un rythme soutenu, malgré les tentatives des organisateurs pour le temporiser, le cortège est arrivé à la Métropole presque une heure plus tôt que prévu.

L'AUTEUR
Alexis Demoment

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