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« Acte V » des « gilets jaunes » à Lyon : un millier de personnes, des manifs sauvages et une police musclée
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« Acte V » des « gilets jaunes » à Lyon : un millier de personnes, des manifs sauvages et une police musclée

actualisé le 18/12/2018 à 08h32

Un mois après le début du mouvement, un millier de « gilets jaunes » ont manifesté ce samedi 15 décembre à Lyon. Des cortèges qui ont sillonné la Presqu’île et des forces de l’ordre qui les dispersaient. Aucun parcours n’avait été déposé.

Numériquement parlant, les « gilets jaunes » étaient visiblement un peu moins nombreux que samedi dernier. Mais plus nombreux qu’il y a un mois, le 17 novembre, « acte I » de ce mouvement social où nous avions dénombré 400 personnes.

Comme il est désormais de coutume, la préfecture du Rhône ne fournit pas localement de chiffres alors que le ministère de l’Intérieur communique sur un nombre national de manifestants, en l’occurrence en baisse.

Seul le nombre d’interpellations et de blessés du côté des forces de l’ordre fait l’objet d’une communication. A 19h, il était de 9 à Lyon contre 14 la semaine dernière « pour des outrages et jets de projectiles ». Ce qui fait dire au porte-parole de la préfecture que la journée a été plus calme que le 8 décembre.

La préfecture fait état de 6 blessés parmi les policiers, dont un avec une main cassée par un projectile.

Manif des « gilets jaunes » empêchée puis scindée

La journée des « gilets jaunes » lyonnais a commencé par un rassemblement à 11h d’environ 200 personnes devant les « 24 colonnes », la cour d’appel, dans le Vieux Lyon. Objectif de cet appel : dénoncer les interpellations de « gilets jaunes ».

Un second appel circulait sur Facebook pour un rassemblement à 14h place Bellecour. C’est là que le gros des troupes a convergé.
Vers 14h30, on pouvait compter environ un millier de personnes.

Les gendarmes mobiles bloquaient le nord de la place, empêchant les velléités de manif. A noter qu’aucun parcours n’avait été déposé auprès de la préfecture, comme c’est le cas depuis le début de ce mouvement. La tension montait et les forces de l’ordre tiraient les premières grenades lacrymogènes.
Finalement, un cortège est quand même parti par la place Antonin Poncet en direction du nord de la Presqu’île.

Les "gilets jaunes" ayant réussi à traverser le dispositif policier fermant la place Bellecour bloquent et saluent les automobilistes dans une ambiance bon enfant. ©Hervé Bossy

Les « gilets jaunes » ayant réussi à traverser le dispositif policier fermant la place Bellecour bloquent et saluent les automobilistes dans une ambiance bon enfant. ©Hervé Bossy

Au niveau du pont de la Guillotière : tirs de grenades lacrymogènes qui ont eu pour effet de scinder la manif sauvage en deux, un cortège de chaque côté du Rhône.

Un premier petit cortège d’environ 200 personnes resté sur la Presqu’île a remonté jusqu’à la place des Terreaux, via les Cordeliers. Quelques pancartes et un slogan majoritaire : « Macron démission ».
Rue de la République : lacrymo. Idem aux Terreaux. Les manifestants avaient à peine atteint la place que les gendarmes mobiles ont tiré une poignée de grenades sans sommation, suffisamment pour faire refluer « les gilets jaunes ».
Le message était clair : même s’il n’y a pas de casse ou de jets de projectiles, les abords de l’hôtel de ville de Lyon sont interdits.
Ce premier groupe est finalement redescendu place Bellecour.

Le deuxième groupe, le principal, a d’abord remonté la rive gauche du Rhône avant de retraverser le fleuve au niveau des Cordeliers. Dans ce cortège, on apercevait des drapeaux français, mais aussi des drapeaux du syndicat Solidaires, des cégétistes et des syndicalistes italiens. Ce groupe de plus d’un millier de personnes a ensuite connu la même expérience lacrymogène en Presqu’île, avec des charges de police en plus, notamment à la suite de jets de projectiles et d’une tentative de barricade rue de Brest.

Rue de la République : les commerces ferment au passage des gilets jaunes. La police (ou les gendarmes mobiles) les repoussent par plusieurs charges successives et jets de grenades lacrymogène. ©Hervé Bossy

Rue de la République : les commerces ferment au passage des gilets jaunes. La police (ou les gendarmes mobiles) les repoussent par plusieurs charges successives et jets de grenades lacrymogène. ©Hervé Bossy

Bellecour : point de rassemblement et de dispersion

Vers 16h30, le premier petit cortège a regagné la place Bellecour par les petites rues. Grossi de quelques «gilets jaunes » disséminé, il s’est arrêté sous la queue du cheval.

Des petits groupes discutaient dans le calme quand la police a chargé en deux temps. Des charges précédées de tirs de lacrymo et de tirs de lanceur de balle de défense (LBD). Un de ces tirs de ce que l’on nomme encore Flashball m’a touché à la cuisse (je ne portais pas de brassard presse).

Conséquence de ces charges : les manifestants ont reflué en courant en direction de la place Carnot.

Vers 17h, après l’arrivée du deuxième cortège – le principal – sur la place Bellecour, la police a de nouveau chargé et fait usage des gaz lacrymogènes.
Le scénario s’est répété jusqu’à 18h où les charges rapides laissaient place à des temps calmes où quelques « gilets jaunes » se regroupaient encore sur la place.

Les rangs se sont progressivement clairsemés alors qu’un groupe d’une vingtaine de motards revenait faire le tour de la place Bellecour avant de définitivement repartir.
A 18h, aidée de l’hélicoptère (de retour) et de son projecteur, la police a lancé une ultime sommation et les charges et tirs de grenades lacrymogènes se sont amplifiés. En une heure la place a été totalement vidée.

« On reviendra pour défendre nos droits »

Grégory, un artiste de 39 ans, a revêtu pour la première fois un gilet jaune. Il y a inscrit « tremble le 1% ». Il se dit « proche des anarchistes », « pour l’émancipation des peuples » :

« On est pacifique. C’est eux [les forces de l’ordre] les premiers qui viennent nous gazer. Ils donnent l’impression d’attiser la violence. Mais oui, ça va péter. Nos parents attendaient ça. »

Il a mis du temps à participer au mouvement des « gilets jaunes » car, explique-t-il « j’avais peur qu’il y ait des fachos ».

C’est une enquête de 70 universitaires sur 166 questionnaires distribués sur des ronds-points qui l’a rassuré :

« Seulement 4,7% se définissent comme d’extrême droite, dit-il ».

A l’image de Grégory, On croisait dans le cortège, d’autres personnes clairement marquées à gauche : des libertaires, des sympathisants de la France insoumise et du PCF, quelques étudiants de Lyon 2 mobilisés contre les réformes actuelles de l’université ou des militants écolos.
Quelques militants identitaires étaient également présents mais ils se montraient plus discrets que la semaine dernière.

Sur le bord de la place, un groupe de trois artisans « gilets jaunes » observaient les interventions de la police. Eux se disent « ni de droite, ni de gauche ».
Avant les « gilets jaunes », ils n’avaient jamais participé à un mouvement social.

Ils ont manifesté deux fois à Paris avant de revenir à Lyon où ils habitent. Le garagiste de 36 ans est remonté :

« Ils disent que nous sommes violents alors que nous, nous avons toujours manifesté pacifiquement. Mais avec ce que fait la police, ça nous énerve encore plus. Est-ce que vous avez vu un pavé voler ? Non ! C’est complètement gratuit. C’est du grand n’importe quoi ».

Son collègue, artisan dans le bâtiment de 33 ans conclut :

« On ne lâchera pas. On reviendra. On est là pour défendre nos droits, surtout le référendum d’initiative citoyenne. Pour que le peuple ait des droits et que l’oligarchie arrête de se gaver. »