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Pierre Hémon, élu à la Métropole de Lyon : « Zone à Faibles Émissions ? Zone de Faibles Ambitions ! »
Tribune 

Pierre Hémon, élu à la Métropole de Lyon : « Zone à Faibles Émissions ? Zone de Faibles Ambitions ! »

[TRIBUNE] La Métropole de Lyon a ouvert une consultation sur la Zone à Faibles Émissions (d’Oxydes d’Azote, s’entend). Pour donner son avis il suffit ensuite d’adresser un mail aux services concernés. Ces propositions arrivent bien tard puisqu’on les attend depuis 2015 quand la métropole a candidaté pour l’appel à projet ministériel « Ville Respirable à 5 ans ».

Force est de constater que c’est seulement cinq années plus tard que seront mises en œuvre les premières mesures de restriction de circulation pour une partie des véhicules les plus polluants.

« Demander plus d’efforts sur la ZFE de Lyon et ses alentours »

Pierre Hémon est élu à la Métropole de Lyon, délégué aux mobilités actives. Membre du groupe Europe-Ecologie Les Verts et apparentés, il fait partie de la majorité de David Kimelfeld (ex-PS aujourd’hui LREM). Sa tribune concerne le projet de mise en place de Zone à Faibles Émissions, appelées « ZFE », qui doit se déployer dans au moins 15 agglomérations en France, dont celle de Lyon. Successeur de Gérard Collomb à la Métropole depuis 18 mois désormais, David Kimelfeld tente d’y verdir les choix politiques ; Pierre Hémon l’exhorte ici à aller plus loin.

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Ce projet de ZFE tel que présenté manque de continuité (aucune proposition au-delà de 2021) et donc d’ambition. Il ne répond qu’à l’injonction de la Commission Européenne concernant les niveaux trop importants d’exposition aux Oxydes d’Azote d’une partie de la population de notre Métropole.

C’est un « petit pas » à l’heure de l’urgence climatique. Nous ne commettrons pas l’erreur de le rejeter. Au contraire nous faisons des propositions complémentaires.

La sortie du diesel en 2025

Qui voudra voir des objectifs ambitieux concernant les émissions de particules fines PM 10 et PM 2,5 restera sur sa faim. Que dire encore de la question pourtant inquiétante des particules ultra fines, sujet même pas abordé ?

Enfin, alors que c’était sans doute le moment d’aborder franchement la question de la lutte contre le réchauffement climatique, en mettant en œuvre des mesures réduisant les émissions de CO2, rien n’est proposé.

La preuve en est que si des éléments chiffrés relativement précis (nombre, âge, motorisation) concernant le parc de véhicules utilitaires légers (VUL) et de poids lourds (PL) sont donnés, il n’en est rien concernant les véhicules personnels (VP).

Or ces derniers émettent plus de 40% des Oxydes d’Azote. De plus ils participent à près des trois quarts des kilomètres parcourus sur la Métropole et ainsi à près de 60% des émissions de particules fines PM10 et Pm2,5 ; et à plus de la moitié des émissions de CO2. N’avoir aucune donnée sur le nombre, l’âge et le type de motorisation des voitures personnelles, ne peut que fausser l’avis des citoyens intéressés. C’est réellement dommage !

Nous pensons, et il est encore temps, qu’un objectif fort et facilement compréhensible doit être fixé. Nous proposons pour cette ZFE : la sortie du diesel en 2025.

Pour réussir cette sortie nous mettons au débat un échéancier et des propositions de mesures d’accompagnement

  • Le périmètre proposé par la Métropole 

Il nous convient globalement ; nous souhaitons juste y ajouter la portion de l’Autoroute (déclassé) A6A7 située dans Lyon.

  • L’échéancier

Nous proposons que seuls les six premiers mois de l’année 2019 soient consacrés à des mesures pédagogiques, d’information, de sensibilisation, non contraignantes.

Puis qu’au 1er juillet 2019 les PL et VUL non classés, Crit’Air 5 et crit’Air 4 soient interdits d’entrée et de circulation dans la ZFE. En effet, le projet présenté propose une année complète de « pédagogie », et le début effectif de la mise en œuvre au 1er janvier 2020, soit moins de trois mois avant les élections municipales et métropolitaines…

Nous ajoutons à la même date l’interdiction aux véhicules personnels non classés, c’est-à-dire des voitures de plus de 22 ans ! A peine 4% du parc d’après nos estimations.

Au 1er juillet 2020 ce sera aux VUL et Pl Crit’Air 3 d’être interdits (toujours 6 mois plus tôt que proposé).

Sur les trois années suivantes nous proposons d’interdire de circulation :

  • Au 1er juillet 2021 les véhicules personnels Crit’Air 5 et 4, c’est-à-dire les « diesel » qui auront alors plus de 15 ans.
  • Au 1er juillet 2023 les véhicules personnels Crit’Air 3, c’est-à-dire les voitures essence de plus de 18 ans et les diesel de plus de 13 ans.
  • Enfin au 1er juillet 2025 pourront être interdits les derniers véhicules diesel (PL, VUL et VP) Crit’Air 2, soit les Poids lourds de plus de 11 ans, les VUL de plus de 14 ans et les VP de plus de 15 ans.

1000 € de la Métropole pour l’achat un nouveau véhicule

  • Les Mesures d’accompagnement

L’Etat offre déjà un certain nombre d’aides financières aux professionnels qui souhaitent changer de véhicules pour en acheter un neuf ou un d’occasion moins polluant. Nous proposons que la Métropole accompagne cette mesure d’une prime complémentaire de 1000 €.

Mais surtout qu’elle aide, par le biais d’organisme d’éco-mobilité les professionnels à faire leur diagnostic de mobilité, visant à réduire et optimiser leurs déplacements motorisés, à opter pour des tricycles ou quadricycles à assistance électrique (et ce d’autant plus qu’il s’en construit sur notre Métropole).

Pour les détenteurs de véhicules personnels, le Premier ministre a annoncé dernièrement de doubler la prime de 2000 € (pour qui change pour un véhicule moins polluant) en la passant à 4000 pour les ménages les plus modestes. Nous proposons que la Métropole ajoute une prime de 1000 € à celle de 2000 € ou de 4000 €.

A cela, deux conditions. La première : que le véhicule acheté ne soit pas un véhicule « diesel ». La seconde : qu’un organisme d’éco-mobilité aide le ménage concerné à faire son « diagnostic de mobilité ».

Et s’il s’avère qu’un véhicule peut être abandonné par le ménage, alors la Métropole financera deux abonnements annuels TCL et l’adhésion à un organisme d’autopartage avec une location un week-end par mois d’un véhicule automobile.

Réaliser un véritable « réseau express vélo »

Piste cyclable rue Bouchut dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon. Capture d'écran Google Street View

Piste cyclable rue Bouchut dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon. Capture d’écran Google Street View

En conclusion, nous ajouterons que ces mesures précises doivent se développer dans un cadre favorable à l’abandon de son véhicule motorisé. Pour cela, il faut continuer le développement des transports en commun, en particulier dans tout l’Est de la Métropole que le Plan de Déplacement Urbain a souligné comme prioritaire.

Il est nécessaire aussi de renforcer la montée en puissance du vélo en créant un véritable réseau express vélo (REV), et en développant de partout des systèmes sécurisés de parcs-vélos.

Le maillage du territoire avec des « maisons du vélo » qui soient autant d’ateliers d’auto-réparation et de vélos-écoles, d’agences d’éco-mobilité, en sera une clé indispensable.

Enfin la bonne santé financière du Sytral doit amener à un moratoire sur les augmentations des tarifs. Plus encore la tarification solidaire doit être étendue, la gratuité réfléchie pour certaines catégories (pour les étudiants boursiers par exemple).

(Titre et intertitres sont de Rue89Lyon)

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