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Les camions et utilitaires les plus polluants interdits en 2020 à Lyon : les routiers « discriminés » ?
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Les camions et utilitaires les plus polluants interdits en 2020 à Lyon : les routiers « discriminés » ?

Pour réduire la pollution atmosphérique, la Métropole de Lyon va mettre en place une Zone à faibles émissions (ZFE) dès 2020 où seront exclus les poids lourds et les utilitaires les plus polluants. L’annonce de la date a fait bondir le patronat du transport routier. A juste titre ?

C’est lors d’une conférence de presse sur le bilan 2017 de la qualité de l’air, le 5 avril dernier, que le vice-président de la Métropole de Lyon, Thierry Philip, a fait cette annonce. Dans le collimateur, les émetteurs de dioxyde d’azote et de particules fines.

Au 1er janvier 2020, ne pourront circuler dans cette Zone à faibles émissions (ZFE) que les véhicules utilitaires et camions possédant la vignette Crit’Air 1 et 2.
Seront donc interdits les poids-lourds et les utilitaires les plus polluants, à savoir :

  • Poids-lourds : les diesels d’avant 2014 et les essences d’avant 2009.
  • Véhicules utilitaires légers : les diesels d’avant 2011 et pour les essences d’avant 2006.

Le périmètre de la ZFE est le centre de la Métropole, à savoir :

  • Lyon et Villeurbanne à l’ouest du périphérique
  • Un petit morceau de Caluire (à l’ouest de la montée des soldats)
  • Un bout de Bron et Vénissieux (seulement les parties à l’ouest du périphérique)

Thierry Philip a expliqué ce choix en citant un chiffre :

« Ces véhicules [poids lourds et utilitaires, ndlr] représentent 25 % des kilomètres parcourus mais 50 % des émissions de NOx ».

Selon le vice-président de la Métropole, 26% des véhicules utilitaires (40 000 sur 150 000) et 17% des poids lourds (3 000 sur 17 500) sont concernés.

Si le périmètre a déjà été défini, la « phase de concertation » entamée en décembre dernier continue dans différentes commune de l’agglomération lyonnaise. Une délibération doit être présentée en conseil de Métropole fin 2018.

Fédération nationale des transports routiers dénonce une « discrimination »


« Zone à faibles émissions » et précontentieux européen
Comme il était rappelé à la conférence de presse d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, une procédure de précontentieux européen a été ouverte pour non- respect par la France des valeurs réglementaires pour deux polluants – les particules fines (PM10) et le dioxyde d’azote (NO2) – et pour une insuffisance des plans d’amélioration de la qualité de l’air. Cela concerne en Auvergne-Rhône-Alpes, la Vallée de l’Arve, la région grenobloise et l’agglomération de Lyon pour les particules PM10 et le NO2. Les agglomérations de Clermont-Ferrand et Saint-Etienne, le territoire de Moulins et la vallée du Rhône uniquement pour le NO2. Le 12 juillet 2017 Conseil d’Etat a enjoint au gouvernement de transmettre son plan d’actions à la Commission européenne avant le 31 mars 2018. C’est une « feuille de route » constituée des actions des 13 territoires français concernés qui doit être transmis à la Commission. Le « Plan Oxygène » dont fait partie la « Zone à faibles émissions de la Métropole de Lyon est une de ces actions.

La mise en place d’une « Zone à faibles émissions » ou ZFE dans la Métropole de Lyon n’est pas une nouveauté. Cette mesure était contenue dans le Plan Oxygène voté en juin 2016.
On savait à cette époque que cela concernerait les poids lourds et les utilitaires les plus anciens et les plus polluants.
Et en novembre dernier a été annoncé le périmètre (le centre de la Métropole).

La nouveauté est l’annonce du calendrier : l’interdiction au 1er janvier 2020.
Cela n’a rien de surprenant également puisque cette mesure intervient à la suite de l’annonce par la préfecture du Rhône de l’interdiction de tous les véhicules qui n’ont pas la vignette Crit’Air 1 et 2 lors des plus forts pics de pollution à partir de l’hiver 2017/2018.

Malgré ces annonces en chaîne, la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) a fortement réagi dans un communiqué de presse délivré le lendemain de la conférence de presse à laquelle participait Thierry Philip.

Les représentants des routiers avaient déjà exprimé leur désaccord lors d’une réunion de concertation organisée le 6 mars entre la Métropole de Lyon et les professionnels.

Pour la fédération des entreprises des transports routiers, il est impossible à d’interdire ces véhicules les plus polluants au 1er janvier 2020.

« Le délai de 2020 pour du tout EURO 6 (la vignette Crit’Air 2 pour les diesels, ndlr) est beaucoup trop court : il est impossible de renouveler les parcs de poids lourds qui font de la livraison en ville et qui circulent déjà en EURO 5 (pour les diesels, ndlr). Cette mesure représenterait des investissements beaucoup trop lourds pour les entreprises impactées, sans compter la perte de valeur des poids lourds à la revente. Par ailleurs, les délais de commande de nouveaux véhicules seraient impossibles à tenir dans cette échéance. »

En conclusion, la FNTR dénonce le « caractère discriminant du dispositif » :

« [La FNTR] dénonce le comportement des pouvoirs publics qui ferment les yeux sur certains secteurs bien plus polluants. »

Le patronat routier propose de trouver « un calendrier plus raisonnable et réaliste ».

Pour les écologistes, tous les véhicules les plus polluants doivent être interdits


La qualité de l’air s’améliore
Les concentrations des principaux polluants sont en baisse, notamment ceux pour lesquels une procédure précontentieuse européenne a été ouverte : – 34% pour les particules fines (PM10) entre 2007 et 2017 et – 24% pour le dioxyde d’azote sur la même période. En revanche, toujours entre 2007 et 2017, la pollution à l’ozone a augmenté de 14%. Et, bonne nouvelle, pour les PM10, pour la première fois, on n’a pas dépassé en 2017 le seuil réglementaire européen (35 jours autorisés à plus de 50 μg/m3). Mais la pollution de fond demeure. « L’objectif de santé publique rappelle Atmo Auvergne-Rhône-Alpes est de se rapprocher des valeurs préconisées par l’OMS dont le seuil pour les particules se situe en-deçà de celui fixé par la réglementation actuellement en vigueur (25 μg/m3 au lieu des 50 μg/m3 actuels pour les PM10) ».

Non sans humour, les écologistes d’EELV ont envoyé leur propre communiqué titré « Zone à Faibles Émissions : les transporteurs routiers ont (presque) raison ». Naturellement, ce n’est pas pour tresser des lauriers au transport routier mais pour rappeler que les restrictions de circulation prévues par la Zone de faibles émissions (ZFE) « ne concernent pas les voitures particulières, dont certaines sont très polluantes ». Thomas Dossus, secrétaire de EELV Métropole déclare :

« Pourquoi seuls les professionnels de la route devraient participer au combat contre la pollution ? »

Et de proposer que les voitures les plus polluantes (celles qui n’ont même pas droit à la vignette Crit’Air 1 et 2) soient interdites de circulation dans la ZFE dès 2019. Thomas Dossus doute de « la volonté de la Métropole d’agir réellement deux à trois mois avant les élections » et il conclut :

« Réduire les émissions, réduire la pollution n’est pas une option, c’est une obligation ! La Métropole a mis quatre ans pour se rendre compte qu’il fallait prendre des mesures contraignantes. Ces mesures ne doivent pas cibler une seule profession, nous devons collectivement faire diminuer le nombre de véhicules polluants qui circulent dans notre Métropole ».

Le chauffage au bois, première cause de pollution aux particules

Pour rappel, selon le dernier rapport d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes (l’organisme en charge de la surveillance de la qualité de l’air), les émissions de particules fines, secteur par secteur, se déclinent ainsi :

Pollution aux particules fines : contributions par secteur. Capture d'écran : dossier de presse bilan 2017 Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

Pollution aux particules fines : contributions par secteur. Capture d’écran : dossier de presse bilan 2017 Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

Où l’on voit, toujours, que le chauffage au bois non-performant (essentiellement les foyers ouverts des cheminées) est la cause principale de la pollution aux particules fines.
On remarque également que concernant les transports, les voitures représentent 60% de la pollution, essentiellement imputable au diesel.

Le sentiment des transporteurs routiers de devoir faire des efforts pour les autres est donc légitime en matière de particules.

En revanche, les routiers devraient faire davantage profil bas concernant les émissions de dioxyde d’azote. Une pollution qui n’est pas abordée par la FNTR dans son communiqué.

Pollution au dioxyde d'azote : contributions par secteur. Capture d'écran : dossier de presse bilan 2017 Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

Pollution au dioxyde d’azote : émissions par secteur. Capture d’écran : dossier de presse bilan 2017 Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

Toujours si l’on se réfère aux chiffres d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, 64 % des émissions de NOx (NO et NO2) sont imputables aux transports. Et les poids lourds représentent 30 % des émissions dues transport. Et 18% pour les véhicules utilitaires légers. Soit un total de 48%. C’est ce chiffre qu’a repris le vice-président de la Métropole de Lyon en conférence de presse.

Mais Thierry Philip a oublié, au passage, que les principaux pollueurs restent, pour le dioxyde d’azote, les automobilistes.

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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