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« J’ai été frappé par un individu me traitant de pédé et cela n’aurait rien d’homophobe ? »
Société 

« J’ai été frappé par un individu me traitant de pédé et cela n’aurait rien d’homophobe ? »

Jimmy Riot s’est fait agresser dans la nuit du 29 au 30 septembre, place des Terreaux à Lyon. Ça, personne ne le conteste. Pas même son agresseur qui a été arrêté le soir même.

Depuis cette nuit de septembre, il veut faire reconnaître le caractère homophobe de l’agression que la justice, jusque là, rejette. Pour lui, ce n’est pas seulement pour une simple cigarette refusée qu’il a été roué de coups ce soir-là. Nous relatons son histoire.

Dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 septembre, Jimmy Riot, 34 ans, professeur de français-histoire en lycée pro, sort en boîte gay dans le secteur des Terreaux. Il est d’humeur joyeuse, comme il le décrit dans un long post sur Facebook :

« Je me suis fait refaire le nez en juin, il y a donc trois mois, pour effacer les séquelles d’un choc d’ado, alors je me sens beau dans ma tenue du samedi soir, parfaitement coiffé, parfaitement maquillé. »

Vers 5h du matin, il a un petit creux. Il décide d’aller place des Terreaux pour s’acheter une frite. Sur la place, un homme interpelle les passants pour leur demander des cigarettes. Jimmy Riot refuse. Mal lui en a pris.

« Le jeune homme se lève, et il me suit. Je me retourne, ne comprenant pas et il me porte un coup au visage en m’insultant « pédé ! T’as pas de clope hein ? Sale pédé ! ». Je suis très sonné. Les morceaux de dents dans ma bouche se mêlant au goût âpre du sang dans ma gorge et dans mon nez me poussent à m’éloigner mais l’individu me suit et me refrappe avec encore plus de violence me ré-insultant encore « sale pédé va ! ».

Jimmy Riot parvient à appeler les secours. L’agresseur, lui, est arrêté quelques minutes plus tard.

« Une agression homophobe banale ? Certes. Elle me scandalise, mais tellement moins que les suites qui y ont été données »

Jimmy Riot le 9 novembre 2018 place Carnot (Lyon 2e). Il veut faire reconnaître le caractère homophobe de l'agression qu'il a subie en septembre ©LB/Rue89Lyon

Jimmy Riot le 9 novembre 2018 place Carnot (Lyon 2e). Il veut faire reconnaître le caractère homophobe de l’agression qu’il a subie en septembre ©LB/Rue89Lyon

Que fait la police du 1er arrondissement de Lyon ?


Agressions, PMA : un rassemblement contre l’homophobie à Lyon
Ce samedi 10 novembre, plusieurs manifestations sont organisées en France.
A Lyon, le rassemblement se tiendra à 17h, place des Terreaux. L’appel a été signé par une soixantaine d’organisations.
Ces mobilisations interviennent dans un double contexte.
L’initiative vient d’abord d’associations LGBT+ à la suite d’une série d’agressions homophobes dénoncées par les victimes elles-même dans les médias, comme à Lyon avec Simon Labouyrie et, désormais, Jimmy Riot.

>Lire plus en détail ici.

Le lendemain de l’agression, à peine sorti des urgences, Jimmy Riot porte plainte dans le commissariat du 2e arrondissement où il réside. Selon ses dires, le dépôt de plainte s’est déroulé correctement. A ce moment là, il est confiant, le caractère homophobe de l’agression va être pris en compte.
Une semaine plus tard, l’agent « en charge du dossier » du commissariat du 1er arrondissement convoque Jimmy Riot.

« Convoqué dans le cadre de cette agression clairement LGBTphobe, je suis reçu correctement, je me sens rassuré : justice devrait être faite. L’agent me montre les images de vidéosurveillance prise sur la place des Terreaux, me demande de reconnaître mon agresseur […] et je l’identifie. Il m’explique que du fait des 15 jours d’ITT et du caractère aggravant de l’agression, cela devrait relever du tribunal correctionnel ».

Mais ensuite, Jimmy Riot accuse l’agent d’avoir « détricoter » ce dossier pour l’expédier au plus vite.

« Le policier m’explique qu’il ne souhaite pas retenir le caractère homophobe qu’il y a dans ma plainte initiale car j’ai été agressé pour une clope, pas parce que j’étais gay. Voila ce que décrète ce policier en charge du dossier. Cela aurait pu être n’importe qui, qui lui refusait une clope, et ça a été moi. Il a dit pédé comme il aurait pu dire « connard » ou « pouffiasse ». Seulement voilà : c’est tombé sur moi et sur personne d’autre, je suis un « pédé » plus qu’un « connard » ou qu’une « pouffiasse » et mon homosexualité, je la jette au visage de la terre entière quand je marche guilleret et apprêté dans la rue le samedi soir parce que je suis fier de ce que je suis ».

Jimmy Riot affirme qu’on lui a proposé une sorte de « deal » : s’il ne signe pas la nouvelle déposition, le dossier « n’ira nulle part ». Il finit par signer :

« Encore sous le coup des images de mon agresseur visionnées quelques minutes auparavant et venant juste de me rendre compte avec ces vidéos de la violence de ce que j’ai subi, je cède, hébété, à son petit chantage injuste et je signe me disant que de toute façon, avec 15 jours d’ITT, mon agresseur dont on connait l’identité ira en correctionnelle. »

Une semaine plus tard, le médecin légiste réévalue les jours d’ITT à 5/6 jours. En sortant de ce rendez-vous, Jimmy Riot en est persuadé : le caractère homophobe de l’agression ne va pas être retenu.

Il décide alors de contacter un avocat pénaliste, Thomas Fourrey, pour combattre ce qu’il vit comme une injustice et rédige un long témoignage sous forme de lettre ouverte dont nous avons extrait quelques citations.

« J’ai été frappé par un individu me traitant de pédé à plusieurs reprises en portant ses coups sur mon visage, et cela n’aurait rien d’homophobe ? Suis-je vraiment à ce point-là un sous-citoyen pour n’avoir pas le droit de voir mon affaire être portée devant un tribunal correctionnel ? La LGBTphobie est-elle insidieusement en cours de dépénalisation ? »

Pour le procureur de la République, il s’agit de « violences légères »

Par deux fois, la police a contesté de ne pas avoir retenu le caractère homophobe de cette agression. Une première fois auprès de l’avocat et une seconde fois auprès de Rue89Lyon quand nous avons demandé, ce mardi, à la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Rhône des précisions sur cette affaire.

Ce jeudi soir, le porte-parole de la DDSP nous a rappelés pour annoncer que l’individu arrêté le soir même avait été interpellé et placé ce jeudi en garde à vue pour une agression à caractère homophobe.
C’est le procureur qui ne reconnaît pas l’homophobie dans ses poursuites, expliquait le porte-parole de la DDSP. Pour trois raisons :

  • « une absence de témoins »
  • « l’auteur de l’agression nie avoir agressé la victime pour une raison à caractère sexuel »
  • « la victime a refusé une confrontation. »

Et de conclure :

« Devant l’absence d’éléments, le magistrat n’a retenu que la qualification de « violences légères » en raison d’ITT inférieures à huit jours. »

Pourquoi alors l’auteur présumé des coups n’a-t-il été placé que ce jeudi en garde à vue ? Réponse de la DDSP :

« On avait identifié l’auteur et il s’agit de violences légères. Il n’y avait donc pas d’urgence à traiter ce dossier. Dès l’instant où il a été possible de le faire, nous l’avons fait. »

Rien à voir avec la demande d’un journaliste, donc, et les mobilisations actuelles autour des agressions homophobes.

« Consterné »

La décision du parquet a « consterné » Jimmy Riot qui est toujours en arrêt de travail, plus d’un mois après l’agression. Il dit avoir déjà reçu insultes et crachats. Mais c’est la première fois qu’il reçoit des coups.

Auprès de Rue89Lyon, il explique ne pas comprendre l’argumentaire du parquet :

« Le nouvel agent de police m’a dit que mon refus de la confrontation n’aurait aucun impact ni en positif, ni en négatif. Or mon médecin m’avait dit que ce n’était pas le moment de faire face à mon agresseur. »

Il questionne le reste de la procédure :

« Pourquoi mon agresseur a-t-il autant de crédit que moi ? Le simple fait que j’étais le seul à être agressé devrait jouer en ma faveur. Les autres passants qui ont refusé de lui donner une cigarette n’ont rien eu. Il m’a frappé car, en trois secondes, il n’a pu retenir qu’une chose, que j’étais gay. Il y a des témoins pour le confirmer. Encore faut-il essayer de les retrouver. C’est le travail de la police ».

Jimmy Riot pense aux autres victimes d’agression homophobe :

« Lors de cette troisième audition, j’avais l’impression d’être le coupable. Il y a un problème d’accueil des victimes dans les commissariats et de procédure. Si le parquet retire le caractère homophobe d’agressions qui en a un, il y aura toujours très peu de cas reconnus en France ».

Un procès se tiendra devant le tribunal de police en décembre. L’avocat de Jimmy Riot plaidera l’incompétence du tribunal car seul un tribunal correctionnel peut juger d’une agression à caractère homophobe.

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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