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Classes surchargées, disparités entre arrondissements : état des lieux des écoles lyonnaises
Société 

Classes surchargées, disparités entre arrondissements : état des lieux des écoles lyonnaises

actualisé le 11/06/2018 à 17h01

Arrangements des périmètres scolaires, réquisition de locaux pour en faire des salles de classe, seuils d’ouverture dépassés et disparités entre les arrondissements. Rue89Lyon a enquêté pour dresser un état des lieux des écoles maternelles et élémentaires lyonnaises.

Rue89lyon s’est procuré des documents officiels de l’éducation nationale qui ont permis d’établir des comparatifs et une analyse, arrondissement par arrondissement. Les chiffres révèlent que les bénéficiaires des 157 millions d’euros d’investissement, annoncé par la Ville de Lyon, ne sont pas forcément les arrondissements qui ont, à l’heure actuelle, le plus de besoins.

Ce plan d’investissement permettra la création de nouvelles écoles de premier cycle ou l’extension de celles déjà existantes, entre 2019 et 2023.

Des écoles, il en faut pour accueillir les 38 000 écoliers qui se répartissent à ce jour dans les 200 écoles maternelles, élémentaires ou primaires de la ville. Un nombre conséquent, qui ne cesse de gonfler depuis dix ans.

A la rentrée prochaine, 900 élèves supplémentaires inonderont les classes maternelles et élémentaires.

Création de classes prévues entre 2019 et 2023 ©A.Freynet/rue89lyon

Graphique tiré des documents confidentiels : création de classes prévues entre 2019 et 2023 à Lyon ©A.Freynet/Rue89Lyon

George Képénékian, le maire de Lyon, a clamé lors de la présentation du projet sa volonté « de maintenir une grande qualité » au niveau de l’éducation.

Une qualité d’enseignement qui est malgré tout freinée par un trop grand nombre d’élèves par classe et des locaux parfois insuffisants qui ne permettent pas de désengorger les classes. Le nombre d’élèves par classe à Lyon à la rentrée 2018 sera en moyenne de 26,79 en classe maternelle et de 24,52 en élémentaire.

Des chiffres légèrement au-dessus de la moyenne nationale qui ne reflètent pas la réalité du terrain.
Les 150 classes qui seront créées à la suite des travaux arrivent trop tardivement selon Benjamin Gardener, co-secrétaire départemental du syndicat enseignant SNUipp-FSU :

« Nous ne sommes jamais dans une situation où les constructions de la ville de Lyon permettent de rétablir une situation correcte. La politique de la ville c’est de bourrer les écoles et quand il n’y a plus le choix on construit… en retard, forcément. »

Outre le retard dénoncé par le syndicat enseignant, c’est l’emplacement des nouvelles classes qui interroge. En effet, les locaux qui naîtront dès 2019 sont majoritairement positionnés dans le 7ème, le 8ème et le 9ème. Des arrondissements où les écoles n’ont pas forcément un nombre d’élèves par classe les plus élevés. (cf. graphiques ci-dessous)

Nombre moyen d'élèves en classe de maternelle prévu pour 2018 ©A.Freynet/rue89lyon

Nombre moyen d’élèves en classe de maternelle prévu pour la rentrée 2018. Graphique élaboré à partir de documents officiels que Rue89lyon s’est procurés. ©A.Freynet/Rue89Lyon

Nombre moyen d'élèves par classe élémentaire prévu pour 2018 ©A.Freynet/rue89lyon

Nombre moyen d’élèves en classe élémentaire prévu pour la rentrée 2018. Graphique élaboré à partir de documents officiels que Rue89lyon s’est procurés. ©A.Freynet/Rue89Lyon

Le 3e arrondissement, le moins bien loti à Lyon

Lors de la présentation des travaux à venir, Michel le Faou, adjoint au maire et délégué à l’aménagement, à l’urbanisme, à l’habitat et au logement, assure que le choix des arrondissements du 7ème, du 8ème et du 9ème est justifié :

« Les autres arrondissements évoluent peu, ou avec une croissance faible et les équipements existants répondent complètement aux effectifs scolaires déjà présents. »

Il est vrai que les écoles maternelles et élémentaires du 7ème arrondissement sont jugées « chargées », avec un nombre d’élèves par classe parmi les plus élevés de Lyon. (cf graphiques). L’ouverture de 33 nouvelles salles de classes d’ici 2019 est chaleureusement accueilli par Marie Lugnier Jamet, secrétaire adjointe de la FCPE du Rhône :

« Le 7ème est un arrondissement en tension. Ces écoles sont pleines, avec parfois des salles de classe avec 30 élèves, et plus. »

C’est le cas de l’école maternelle Jean-Pierre Veyet qui prévoit environ 31 élèves par classe à la rentrée 2018 et là non plus, aucun local supplémentaire n’est disponible. Même si l’Académie octroie un poste d’enseignant supplémentaire à cette école, aucun local n’est à ce jour disponible pour la désengorger.

S’il semble donc logique que le 7e arrondissement de Lyon bénéficie de nouveaux locaux dès 2019, il est étonnant que ce ne soit pas le cas du 3e arrondissement.

Avec en moyenne 28,16 élèves par classe en maternelle et 25,46 en élémentaires, c’est un des arrondissement lyonnais le plus en tension de Lyon. Pour Benjamin Grandener :

« Cela signifie que si vous avez des enfants dans le 3e arrondissement de Lyon, vous savez qu’il y a de fortes chances qu’ils fassent l’intégralité de leur maternelle, dans une classe proche de 30 élèves. »

Une situation jugée critique par le syndicaliste.

Carte présentée lors de la conférence de presse "priorité aux écoles" de Mai 2018 qui annonce les futurs aménagements lié aux écoles.

La carte représente les travaux prévus, ou en cours, par la ville de Lyon entre 2019 et 2023. ©Ville de Lyon

A la vue des documents que nous nous sommes procurés, l’école maternelle Louise, dans le 3ème, devra encore remplir davantage ses classes à la rentrée prochaine. Les écoliers seront en moyenne 30,4 élèves par classe, une moyenne qui respecte les seuils mais qui fait réagir Benjamin Grandener, lorsqu’il découvre ces chiffres avec stupeur :

« Et il ne s’agit que d’une moyenne. Il y aura très certainement des classes à 32 élèves, voire plus. C’est juste ahurissant. »

Si ces disparités peuvent surprendre à première vue, l’explication est pourtant simple : la logique budgétaire. Pour connaître les moyennes d’élèves par classe dans chaque école, nous avons réalisé une carte interactive à partir des prévisions de la rentrée 2018 (avant la décision finale d’ouverture ou de fermeture de locaux).

Le partenariat public-privé, unique solution pour construire des écoles

Dans les 8e et 9e arrondissements se construiront d’ici 2023, 59 nouvelles salles de classe, soit la part belle des travaux prévus. Pourtant, à l’heure actuelle, les écoles de ces deux arrondissements ne sont pas celles ayant en moyenne le plus d’élèves par classe.

La raison est davantage économique. Devenus plus attractifs ces dernières années, les nouveaux logements sortent de terre. Forcément, les familles primo-arrivantes auront besoin d’écoles à proximité pour scolariser leurs enfants.

A Lyon 8ème, où le quartier Berliet sort progressivement de terre, le groupe scolaire éponyme verra le jour d’ici 2019. Ce groupe scolaire fait partie du programme des équipements publics du Projet Urbain Partenarial (PUP).

Ce PUP est un partenariat privé-public signé entre une collectivité et des promoteurs, qui engagent les deux parties à des participations financières. La participation des promoteurs dans la construction de ce groupe scolaire et du foncier s’élève à 3,23 millions d’euros. Soit près de 17% du coût total du GS Berliet.

Guy Corazzol, délégué à l’éducation, prend l’exemple du PUP Berliet pour expliquer la notion d’effet d’opportunités :

« Quand vous faites un projet en base partenariale, vous concédez du foncier et en échange vous demandez au promoteur de construire une école, même si ce n’est pas là où vous en avez le plus besoin. C’est une opportunité de prix. Vous savez que la ville va investir beaucoup moins que si elle la construisait toute seule. Et ces opportunités on ne les a pas forcément de partout. »

Maquette du groupe scolaire des Girondins, dans le 7ème arrondissement, ouvre à la rentrée 2019. ©Ville de Lyon

Maquette du groupe scolaire des Girondins, dans le 7ème arrondissement, ouvre à la rentrée 2019. ©Ville de Lyon

Dans le 7ème arrondissement, la ville a seulement financé 58,3 % du groupe scolaire définitif des Girondins, sur les 16,8 millions annoncés. Ce groupe scolaire, qui se situe au sein de la ZAC des Girondins et qui ouvrira ses portes à la rentrée 2019, aura été financé à plus de 41% par le groupement Bouygues, Babylone architecte.

En somme, les arrondissements n’ayant pas de quartiers émergents au financement public-privé, ont moins de chance de bénéficier d’une nouvelle école. C’est le cas du 3ème arrondissement lyonnais où seulement 4 classes supplémentaires verront le jour d’ici 2021, via l’extension de l’école Léon Jouhaux.

« Bidouillages avec les périmètres scolaires »

Pourtant Lyon 3 est l’arrondissement où « il y a le plus de bidouillages avec les périmètres scolaires », intervient Yannick le Du, secrétaire régional du SNUipp-FSU. Et Lyon joue parfois au jeu des périmètres scolaires.

En effet, comment faire rentrer toujours plus d’élèves dans les salles de classes où les murs ne sont pas (encore) extensibles ? La question a été posée à Guy Corazzol, adjoint au maire et délégué à l’éducation.

« Nous adaptons les zones de périmètres scolaires avec des zones tampons qui permettent à un moment donné de re-dispatcher des enfants en fonction de leur zone d’habitation. »

Ce dernier insiste sur le fait que les modulations des périmètres scolaires ne concernent que les primo-arrivants. En théorie, seuls les écoliers nouvellement inscrits peuvent être contraint de ne pas être scolarisés dans l’école la plus proche de chez eux, tandis que « ceux déjà inscrits restent où ils sont ».

Une affirmation que Benjamin Grandener réfute, fournissant l’exemple d’une école du 4ème arrondissement :

« L’année dernière ils ont enlevé des élèves de l’école Commandant Arnaud pour les mettre dans l’école Jean de la Fontaine pour dire « on n’ouvre pas de classe » et cette année, ils font le chemin inverse, toujours pour éviter l’ouverture. »

Cet exemple est celui du rapprochement des fratries. Lorsque le petit dernier de la famille doit être scolarisé et que l’école des aînés n’a plus de place pour accueillir, il est parfois proposé à la famille de changer tous leurs enfants d’établissements. Marie Lugnier, administratrice de la FCPE du Rhône temporise :

« Globalement, la ville essaye de faire attention à ce que les enfants ne soient pas bougé en cours de scolarité. »

Lorsque de tels ajustements ont lieu, c’est à la fin des inscriptions scolaires, lorsque que les ouvertures et les fermetures de classes sont connues de manière définitive, cette année, le 30 juin.

« On regardera le nombre de classes qui sont disponibles. Et après on ajuste. Et l’inspecteur ouvre ou non des classes », complète Guy Corazzol.

Cette solution, selon le syndicat enseignant, débouche parfois à quelques cafouillages qui ont fait, comme en 2013, les titres des journaux nationaux.

Des locaux réquisitionnés pour pallier le manque d’école

Autre stratégie de la ville : réhabiliter ou réaffecter des locaux pour en faire des salles de classe. Une pratique décrite par Guy Corazzol, pour pallier le manque de salles de classes de certains arrondissements :

« Dans certaines écoles on va transformer une salle qui servait à une association dans le périmètre scolaire et on va la transformer pour en faire une salle de cours. »

Une solution qui n’en est pas une pour le SNUipp-FSU, qui regrette que par le passé « des écoles se sont vu retirer des salles d’activités, de repos ou même des bibliothèques pour les réaménager en salles de classes. »

Modification des périmètres scolaires au coup par coup ou aménagement de salles pour en faire des classes, pour le syndicat SNUipp-FSU il ne s’agit pas de solutions et révèle un problème plus profond.

A l'école Louise, les enfants de maternelle seront en moyenne 30,40 par classe. ©A.F/rue89lyon

A l’école Louise, les enfants de maternelle seront en moyenne 30,40 par classe. ©A.F/Rue89Lyon

Lyon, première de la classe en groupes surchargés ?

En France, chaque académie fixe un nombre d’élèves par classe maximal et est censé le respecter. Dans le Rhône, depuis 2017, dans les classes de maternelles en zone ordinaire, une nouvelle classe est censée s’ouvrir quand la barre des 31 élèves en moyenne par classe est dépassée. En classe élémentaire, le seuil de 27 s’applique.

Certaines écoles lyonnaises dépassent pourtant ce seuil et le dépasseront de nouveau à la rentrée 2018, comme l’école Jean Couty située dans le 6ème arrondissement.

Benjamin Grandener, co-secrétaire départemental du syndicat enseignant SNUipp-FSU tient à préciser :

« Cette école n’est pas la seule dans ce cas là à Lyon et l’administration attend le dernier moment pour trouver une vraie solution. »

Cette école en question était à plus de 30 élèves par classe en moyenne en 2017, à la prochaine rentrée scolaire la situation ne devrait pas s’améliorer.

Sur ce sujet, Guy Corazzol, adjoint au maire délégué à l’éducation, confirme :

« Les classes répondent à une norme qui est imposée par l’inspecteur d’académie. Quand vous êtes à 30 élèves, vous n’ouvrez pas une nouvelle classe. Même s’il y a des locaux disponibles. »

Les seuils appliqués dans le Rhône sont réputés pour être élevés. Une affirmation reprise par le syndicat enseignant, SGEN-CFDT, bien qu’il soit difficile d’effectuer des comparaisons entre les départements, les chiffres et critères n’étant pas communiqués de manière homogène.

« Au fur et à mesure des années les choses semblent s’améliorer », assure Anne Magnin-Baghe, secrétaire adjointe de la FCPE du Rhône.

Ce qui dans les faits ne se révèle pas tout à fait exact. Le nombre d’élèves par classe à Lyon, tous arrondissements confondus, a augmenté ces dix dernières années, bien que faiblement. C’est dans le détail, arrondissement par arrondissement, que l’écart est important.

Quid des cours de récréation, des lieux de sieste, etc. ?

Selon Benjamin Grandener du SNUipp-FSU, le dépassement de ces seuils n’est pas uniquement lié au manque de place.

« La ville considère le seuil d’ouverture d’une nouvelle classe comme un seuil de capacité d’accueil. Alors qu’il s’agit du score au-delà duquel il n’est pas possible d’enseigner. Nous ne sommes pas censés atteindre ces seuils. »

Derrière ces chiffres et ces moyennes il est question d’écoliers âgés de 3 à 11 ans. De jeunes enfants qui n’ont pas accès aux mêmes conditions d’enseignement d’un arrondissement à l’autre. Les enseignants et les ATSEM des écoles maternelles de Lyon 7 encadrent en moyenne 3 élèves de plus qu’à Lyon 9. Peu de kilomètres séparent ces deux arrondissements, pourtant les conditions d’apprentissage diffèrent et la taille des classes a un impact sur la réussite scolaire.

Pour Anne Magnin-Baghe, secrétaire adjointe de la FCPE du Rhône :

« Même dans une classe assez chargée, la plupart des enfants pourront s’adapter. Par contre d’autres auront besoin d’une attention différente ou tout du moins accentuée. Si accorder 5 à 10 minutes à un élève en difficulté est faisable dans une classe de 25, ce ne sera probablement pas le cas dans une classe de 30. En plein dédoublement des classes, c’est bien la preuve que le nombre à son importance. »

En classes élémentaires, les élèves de 6 à 11 acquièrent les fondamentaux de la connaissance. Des bases solides nécessaires à une poursuite d’une scolarité de manière sereine.

Alors qu’un élève soit exceptionnellement dans une classe à 27, une année seulement, « cela n’aura pas de grave conséquence. En revanche si cela se répète chaque année, c’est à coup sûr délétère pour la scolarité de l’enfant », assure Benjamin Grandener.

Outre les murs des salles de classe qui ne sont pas extensibles, « les cours de récréation, le lieu de sieste pour les plus petits ou les salles informatiques et les bibliothèques pour les plus grands peuvent aussi poser problème », explique Anne Magnin-Baghe.

La situation à Lyon n’est pas idyllique. La construction de salles de classe prévue par la ville demeure malgré tout une avancée positive, bien que l’annonce « priorité aux écoles » ne le soit pas pour toutes.


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