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La Métropole de Lyon ne fait (toujours) pas d’économies mais commence (un peu) à faciliter la vie des Lyonnais
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La Métropole de Lyon ne fait (toujours) pas d’économies mais commence (un peu) à faciliter la vie des Lyonnais

actualisé le 09/03/2018 à 14h10

Lors de la création de la Métropole de Lyon, première du genre en France, Gérard Collomb annonçait qu’elle allait réaliser des économies en fusionnant certains services des communes avec ceux de cette nouvelle collectivité.

Cette promesse est revenue à l’ordre du jour avec l’ouverture, le 22 février dernier, des Maisons de la Métropole pour la solidarité, le fruit de la mutualisation des Antennes solidarité de la Ville de Lyon avec les Maisons de la Métropole.

Mais l’actuel président de la Métropole, David Kimelfeld, a pris quelques distances distances avec l’annonce de son patron : il espère seulement faire des économies « à terme ». Quant aux syndicats, ils dénoncent le montage d’ « une belle vitrine » qui aurait besoin de plus de moyens.

Gérard Collomb en avait fait un de ses principaux arguments pour vendre la création de la Métropole de Lyon : les économies que la nouvelle collectivité allait réaliser. Il comptait essentiellement sur la réorganisation globale des services entre le Grand Lyon et les communes.

Les services à mutualiser devaient faire l’objet de négociations entre les communes et la Métropole de Lyon, notamment à l’occasion de la création du Pacte de cohérence métropolitain. Mais ce texte adopté en décembre 2015, sorte de vraie-fausse constitution de la Métropole, a accouché de bien peu de champs laissés libres aux rapprochements entre collectivités.

Quant aux économies de fonctionnement promises du fait, disait-on, de la fusion de la communauté urbaine et du département, on les attend toujours. Le maire PS de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, le rappelait en janvier dernier lors du vote du budget.

Dans son intervention, il pointait l’absence d’« évaluation des économies » qui seraient réalisées.

Métropole/communes : peu de services mutualisés

Toujours lors du vote du budget 2018, l’élu UDI Christophe Geourjon soulignait la faible mutualisation entre les 59 communes et la Métropole :

« Notre collectivité compte près de 8900 agents, mais ne comptabilise que deux services communs et deux services mutualisés avec les communes (notamment le protocole, les relations internationales et les universités ; avant la création de la Métropole, ndlr). Reconnaissez que c’est peu, très peu. À titre de comparaison, la Métropole de Bordeaux a déjà mutualisé ses services avec ceux de 18 communes sur 27. »

Il faut toutefois préciser que la Métropole de Bordeaux partait de plus loin en terme de compétences transférées. Le développement économique ou l’urbanisme n’étaient pas une compétence de la communauté urbaine, contrairement à Lyon.

Et cette mutualisation s’est faite au printemps 2015 à marche forcée sans véritable économie en vue (lire l’article de Rue89 Bordeaux).

Toujours lors du vote du budget, la réponse de l’actuel président de la Métropole se voulait encore pleine de promesses :

« La mutualisation est en cours. C’est un processus long. Mais je peux vous assurer que la volonté est là. »

David Kimelfeld pensait fortement à la création des Maisons de la Métropole pour la solidarité, fruit de la « mutualisation » (selon le terme officiel) des Antennes solidarité de la Ville de Lyon et des Maisons de la Métropole.

Mais, pour le moment, c’est l’arbre qui cache la forêt, puisque c’est la seule fusion partielle de services entre une commune et la Métropole, depuis la création de cette dernière.

L'entrée de la Maison de la Métropole pour les solidarités du 149, rue Pierre Corneille. ©LB/Rue89Lyon

L’entrée de la Maison de la Métropole pour les solidarités du 149, rue Pierre Corneille. ©LB/Rue89Lyon

« J’espère qu’à long terme on fera des économies »

Depuis le 22 février, vous ne poussez plus la porte des Antennes solidarité de la Ville de Lyon ou des Maisons de la Métropole (ex-Maison du Département). Ces deux structures sociales ont fusionné leur accueil avec la création d’un guichet unique appelé Maisons de la Métropole pour la solidarité.

Concrètement pour toutes les demandes sociales – ouvrir ses droits au RSA, une aide pour payer son loyer ou sa facture d’électricité ou simplement pour la pesée du bébé – il faudra pousser, à terme, la porte de l’une des 18 Maisons sur le territoire de Lyon.

En novembre dernier, lors de la présentation à la presse de cette fusion partielle, Georges Képénékian (maire de Lyon et conseiller métropolitain) pointait cette amélioration principale :

« Le parcours d’un guichet à un autre est compliqué. Les populations les plus fragiles peuvent ainsi décrocher. »

Ce guichet unique signifie également dossier numérique unique. Et aussi la possibilité d’être accueilli sans rendez-vous.

De son côté, le macroniste président de la Métropole, David Kimelfeld, a pu reprendre son discours favori : une collectivité qui concilie le développement économique et « en même temps » le social.

« C’est l’une des concrétisations de la Métropole : comment se donner les moyens de développer une métropole attractive et, en même temps, faire en sorte que la métropole soit la plus inclusive pour les plus fragiles d’entre nous. »

Pas de locaux communs pour les 7ème et 8ème arrondissements
Avec la création de ce service commun baptisé « Maisons de la Métropole pour la solidarité », les Antennes solidarité du CCAS de la Ville de Lyon doivent disparaître au profit des anciennes Maisons de la Métropole. Les MDM deviennent les locaux communs aux deux structures mutualisées. A une très grosse exception près : les 7ème et 8ème arrondissements n’ont pas de locaux communs. Les deux collectivités en recherchent. L’accueil du public continue dans les mêmes lieux qu’auparavant.

Avec cette fusion, on devrait passer de 25 à 18 structures sociales. Les Antennes sociales du CCAS vont être supprimées. Mais la Ville de Lyon va payer des loyers à la Métropole.

Tous les agents sont maintenus : il y en aura 300 dont 224 seront des agents de la Métropole. Dans le cadre d’une « gouvernance partagée », chaque collectivité garde son budget et ses agents.

Il s’agit donc plus d’une coordination que d’une fusion. D’où le terme de « mutualisation ». Il ne devrait pas y avoir d’économie. Ou à la marge. Mais David Kimelfeld veut y croire :

« Notre premier objectif n’est pas de faire des économies. Mais d’être plus efficients pour les plus démunis. J’espère qu’à long terme on fera des économies ».

Ce rapprochement entre le CCAS de la Ville de Lyon et la Métropole pourrait-il servir de modèle pour les autres communes ?

Zorah Aït-Maten, adjointe à la Ville de Lyon en charge des affaires sociales, prévient :

« La création des Maisons de la Métropole pour la solidarité ne s’est pas faite en un claquement de doigt. C’est une expérimentation qui a pris deux ans ».

En clair, la mutualisation d’autres services à Lyon ou dans d’autres communes n’est pas pour demain.

Rassemblement le 22 février devant la Maison de la Métropole pour les solidarités du 3e arrondissement (rue Corneille). Au micro, Aurore Dumetz, représentante SUD du CCAS de Lyon. ©LB/Rue89Lyon

Rassemblement le 22 février devant la Maison de la Métropole pour les solidarités du 3e arrondissement (rue Corneille). Au micro, Aurore Dumetz, représentante SUD du CCAS de Lyon. ©LB/Rue89Lyon

Pour la solidarité : « On fait une belle vitrine mais sans moyen »

Le jour de l’ouverture, le 22 février, les syndicats SUD et CFE-CGC avaient déposé un préavis de grève pour alerter sur les « dysfonctionnements qui surviendront inévitablement ». Pour ces deux organisations syndicales, « ce projet a du sens mais il se réalise dans les pires conditions possibles pour les agents et les usagers. »

Le Jour J, un rassemblement de 70 agents s’est tenu devant la Maisons de la Métropole pour la solidarité du 3e arrondissement, rue Corneille.

Le secrétaire de la CFE-CGC de la Métropole de Lyon reconnaissait l’importance pour les usagers de créer un guichet unique. C’était le seul point positif.

« On fait une belle vitrine. La Métropole et la Ville de Lyon innovent mais il faut mettre les moyens. Là, on part sur des bases catastrophiques. »

Cette fusion des deux guichets se fait dans un contexte tendu : la demande sociale augmente, or les deux collectivités réalisent cette « mutualisation » à moyens constants.

Une secrétaire d’une ex-Maison de la Métropole du 3e arrondissement raconte :

« Depuis 3 ou 4 ans, on voit arriver des personnes âgées. Ce qui n’était pas le cas avant. Il y a aussi des personnes qui travaillent mais n’arrivent pas à trouver un logement. Sans parler de la prise en charge des mineurs non-accompagnés en forte augmentation ».

Les agents et agentes rencontrées remettent notamment en question « l’accueil inconditionnel », autrement dit, l’accueil sans rendez-vous. Aurore Dumetz, représentante SUD du CCAS de Lyon :

« On a testé cet accueil inconditionnel dans les Antennes solidarité du CCAS. Sur le papier, c’est une bonne chose. Mais sans moyens humains, ça tourne à l’accueil à la chaîne où l’on ne passe que dix à quinze minutes par personne. Car on ne peut pas avoir de réponses immédiates, par exemple pour une personne à la rue. C’est une utopie. Du coup, la personne repart avec un rendez-vous dans trois semaines. »

Cette représentante syndicale explique que, à l’accueil, ces agents ont plus de chances de se faire agresser :

« L’immense majorité des agressions se sont produites à l’accueil. C’est l’absence de réponses immédiates qui peut créer la frustration et, parfois, la violence. »

Autre innovation fortement critiquée, le « dossier social numérisé ». Il est présenté comme permettant un gain d’efficacité car cela évite de réinterroger l’usager. Les Antennes solidarité du CCAS utilisent déjà ce dossier social numérique. Aurore Dumetz, la représentante SUD, fait un retour d’expérience et pointe un problème :

« En rendez-vous, le souci est que l’on doit remplir en direct le dossier informatique alors que l’on devrait être à l’écoute des usagers qui racontent souvent des choses difficiles ».

Et de conclure :

« On est dans le travail à la chaîne, pas dans du travail social. Il faudrait davantage de moyens humains ».

Les syndicats soulignent une nouvelle fois les différences de statuts. Entre les anciens du Rhône et les anciens du Grand Lyon, il y avait déjà des statuts différents au sein de la Métropole. Désormais, dans un même bureau, des agents n’auront pas les mêmes revenus et les mêmes horaires.

La polyvalence est également demandée. Les agents Ville de Lyon doivent acquérir les compétences de ceux et celles de la Métropole et inversement. D’où également la revendication d’un coup de pouce, sous forme de prime suite à cette mutualisation.