Dans son ouvrage Histoire d’un silence, sorti ce mercredi, Isabelle de Gaulmyn, journaliste à La Croix, revient sur l‘affaire Preynat, du nom de ce prêtre accusé d’actes pédophiles sur des jeunes scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon. Elle révèle que le cardinal Barbarin était au courant des soupçons qui pesaient sur le père Preynat dès son arrivée à Lyon, en 2002.
Isabelle de Gaulmyn a été scoute du père Bernard Preynat. Aujourd’hui, elle est la rédactrice en chef adjointe de « La Croix ». Dans son livre, elle fait trois révélations.
Tout d’abord, c’est d’elle dont parle le cardinal Barbarin dans un entretien publié le 11 février dernier dans le quotidien La Croix :
« Une personne qui avait grandi à Sainte-Foy-lès-Lyon m’a parlé des comportements du Père Preynat (antérieurs à 1991, NDLR), vers 2007-2008. »
Par cet entretien, l’archevêque de Lyon reconnaissait qu’il était au courant des faits bien avant d’avoir suspendu le père Preynat de ses fonctions en août 2015.
Mais Isabelle révèle ensuite que cette conversation a eu lieu en 2004-2005 et non 2007-2008. Voilà ce qu’elle écrit dans son livre (page 21) :
« Le cardinal et moi ne sommes pas d’accord sur la date […] Aux alentours de 2004, j’avais reçu des confidences d’un prêtre âgé sur le père Preynat.
J’en avais donc alors touché quelques mots au cardinal, que je rencontrais parfois, comme journaliste à La Croix spécialisée dans les affaires religieuses ».

Après les déclarations du cardinal, et après avoir reconstitué les événements, la journaliste se décide à faire une déposition auprès des enquêteurs :
« Immédiatement aussi, je me suis dit que je ne pouvais pas être la première personne à l’avoir averti, et effectivement ce n’est pas vrai », explique-t-elle dans une interview livrée à l’Obs.
Elle confie avoir été reçue par la suite par Barbarin, « un cardinal serein », « qui ne cherche nullement à nier ses responsabilités ». C’est lors de cette visite qu’elle explique avoir appris que le cardinal était au courant, en réalité, bien avant qu’elle ne lui apprenne :
« Ma première question : est-il vrai, comme il l’avait laissé entendre, que c’est par moi qu’il a appris les soupçons qui pesaient sur Preynat ? Sa réponse est sans détour : non, il le savait avant », écrit la journaliste, page 160 de son ouvrage.
« L’affaire pouvait resurgir ».
Elle ajoute qu’il aurait été informé « assez tôt, en réalité, après son arrivée à Lyon, en 2002 ».
« Quand je lui ai parlé, à l’époque, cela l’avait juste alerté. C’était le signe que les actes de Preynat étaient connus de l’extérieur et donc que l’affaire pouvait resurgir », note la journaliste.
Selon elle, le cardinal aurait donc été au courants des actes de pédophilie, cinq ans avant la date qu’il a mise en avant depuis février dernier.
C’est le fait d’avoir été mêlée à cette histoire qui a poussée la journaliste de La Croix a écrire ce livre où elle rencontre des victimes et des membres du clergé lyonnais. Dans son entretien à l’Obs, elle dit avoir « honte de l’Eglise » :
« je ne peux m’empêcher de penser qu’ne 2004-2005 la plupart de ces crimes n’étaient pas prescrits et que l’histoire aurait pu être tout autre… »
Le 1er août, le procureur de la République de Lyon a classé sans suite l’enquête préliminaire ouverte en février pour « non-dénonciation » d’agressions sexuelles qui visaient notamment le cardinal Barbarin.

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