Société 

Visé par une enquête, le cardinal Barbarin reste droit dans ses bottes

actualisé le 15/03/2016 à 10h14

[Article mis à jour] C’est un nouvel épisode dans l’affaire Preynat, du nom de ce prêtre mis en examen pour agressions sexuelles sur des scouts. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Lyon pour « non dénonciation de crime et mise en danger de la vie d’autrui ». Elle vise notamment le cardinal Barbarin.

Après les propos du pape sur la responsabilité des évêques confrontés à des prêtres pédophiles, c’est un nouveau coup dur pour l’archevêque de Lyon qui « prend acte avec gravité de l’enquête préliminaire » mais ne change pas de ligne de défense.

Le cardinal Philippe Barbarin © Pierre Maier/Rue89Lyon

Le cardinal Philippe Barbarin © Pierre Maier/Rue89Lyon


Le père Preynat reconnaît les faits
Le 27 janvier, le père Bernard Preynat a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour des faits d’agressions sexuelles sur des scouts du Groupe Saint-Luc qui avait pour base Saint-Foy-lès-Lyon. L’information judiciaire ouverte pour «agressions sexuelles et viols sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité» concerne quatre victimes, «pour des faits susceptibles de s’étaler de 1986 à fin 1991». Une cinquième victime pour laquelle les faits ne sont pas prescrits devrait prochainement déposer plainte auprès de la brigade de protection de la famille.
Le Père Preynat a également été «placé sous le statut de témoin assisté» concernant des «viols» présumés sur trois autres mineurs. Le prêtre a reconnu la totalité des faits et a déclaré au juge d’instruction que les faits étaient connus par les autorités ecclésiastiques « depuis 1991».

Il y a trois semaines, dans un entretien au journal La Croix, l’archevêque de Lyon expliquait être au courant des agissements pédophiles du père Bernard Preynat depuis « 2007-2008 » alors qu’il ne l’a relevé de ses fonctions qu’en août 2015.

En réaction, les victimes du père Preynat regroupées dans une association La Parole Libérée annonçaient le dépôt prochain de plaintes pour non-dénonciation d’actes pédophiles.

C’est désormais chose faite.

Ce vendredi après-midi, François Devaux, le président de l’association, a déposé plainte auprès de la brigade de protection de la famille.

Il l’a fait après avoir été informé de l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Lyon pour non-dénonciation d’actes pédophiles et mise en danger.

Au moins deux autres membres de l’association devraient le faire, en leur nom propre car l’association n’a pas les cinq ans d’existence requis.

Six personnes visées par l’enquête préliminaire

L’enquête préliminaire pour non-dénonciation vise six personnes, dont la plupart appartiennent à la hiérarchie du diocèse de Lyon. Parmi elles, son plus haut responsable, le cardinal Barbarin.

Mais aussi le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi à qui le cardinal Barbarin avait écrit à propos du père Preynat. C’est cette congrégation qui gère les dossiers de pédophilie au Vatican.

 

Capture d'écran du site Internet "La Parole Libérée"

Capture d’écran du site Internet « La Parole Libérée »

Les victimes lyonnaises, qui avaient créé une caisse de résonance exceptionnelle avec un site, font le parallèle avec l’évêque Pican condamné en 2001 pour avoir couvert son abbé.

Bertrand Virieu, secrétaire de l’association :

« Nous sommes très satisfaits que notre requête aboutisse et que les moyens soient mis en oeuvre pour établir les responsabilités de chacun ».

Le cardinal Barbarin cherche son salut à travers ses prédécesseurs

Dans un communiqué délivré dans la soirée de vendredi, le diocèse publie la « réaction du cardinal Barbarin » à l’ouverture de l’enquête préliminaire.

Sur la forme, rien de change : la « gravité » est de mise.

« Le cardinal Philippe Barbarin prend acte avec gravité de l’enquête préliminaire ouverte. »

Le cardinal Barbarin et le diocèse de Lyon « coopéreront avec sérénité et confiance avec la justice et fourniront aux enquêteurs toutes les informations à leur disposition pour faire la lumière sur ces événements, dont la complexité et l’ancienneté exigent une approche prudente ».

Sur le fond, rien ne change. Le diocèse met en avant « l’ancienneté » des faits. Une fois de plus.

Et de répéter que « le cardinal Barbarin (…) n’était pas archevêque de Lyon à l’époque des faits et qu’il n’a jamais couvert aucun fait de pédophilie ».
Et de réaffirmer que Philippe Barbarin était « convaincu que ce prêtre avait rompu avec ce passé » quand il l’a rencontré en 2007/2008.

Le diocèse poursuit en renvoyant par un lien hypertexte vers l’entretien donné par l’archevêque à La Croix :

« Il s’est trouvé en 2007/2008 informé du passé de ce prêtre ».

Or la personne du diocèse en charge du sujet, Régine Maire, réaffirmait à la fin du mois de janvier que le cardinal Barbarin n’était pas au courant avant l’été 2014, ni aucun autre membre de la hiérarchie de l’église catholique à Lyon.

C’était aussi la version servie dans le deuxième communiqué de presse sur le sujet, le 12 janvier. Lequel communiqué ne fait l’objet d’aucune citation ce vendredi.

Chose nouvelle, le troisième communiqué de crise de l’Église catholique de Lyon tente également de dédouaner les trois archevêques de Lyon qui ont précédé le cardinal Barbarin :

« Les agissements antérieurs à 1991 (du père Preynat, ndlr) avaient été traités, à leur époque respective, par ses trois prédécesseurs (aujourd’hui tous décédés, nldr). »

Pour le pape, sont-ils des « inconscients » ?

S’agissant du cardinal Decourtray, on peut se poser des questions.
En 1991, après le signalement de la famille de François Devaux au cardinal Decourtray, le père Preynat a été écarté pendant six mois avant d’être muté à Neulise dans la Loire où il a continué à être en contact avec des enfants puisqu’il assurait le catéchisme.

Quant aux cardinaux Balland puis Billé, ils ont laissé le père Preynat oeuvrer de la même manière, notamment à Cours-la-Ville (Rhône).

Pour conclure, ce communiqué affirme que « le cardinal Barbarin a agi avec « extrême responsabilité », comme l’a rappelé le 19 février 2016 le porte-parole du Vatican ».
Le diocèse oublie au passage de citer le pape François qui, de retour du Mexique, déclarait :

« Un évêque qui se limite à changer de paroisse un prêtre pédophile est un inconscient. La meilleure chose qui lui reste à faire, c’est de présenter sa démission ».

Il est vrai que cette déclaration ne va ni dans le sens de l’actuel archevêque de Lyon, ni dans celui de ses prédécesseurs.

La Conférence des évêques de France soutient Barbarin mais oublie le pape

Le cardinal Barbarin a reçu ce samedi le soutien de la Conférence des évêques de France. C’est un bref communiqué qui reprend celui du diocèse de Lyon :

« La Conférence des évêques de France assure le Cardinal Barbarin de son soutien et de ses prières ».

Et elle élargit le propos à l’ensemble de la hiérarchie catholique française :

« elle réaffirme la politique de fermeté menée par les évêques de France depuis plus de 15 ans sur ces questions de pédophilie ».

Reprenant les éléments de langage du diocèse de Lyon, la Conférence des évêques de France ne mentionne pas les récentes déclarations du pape sur le sujet.

> Article mis à jour le 5 mars à 1h avec le communiqué du diocèse de Lyon

> Mis à jours le 5/03 à 19h15 avec le communiqué de la Conférence des évêques de France

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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