
Le déséquilibre est permanent. Donc on imagine beaucoup de choses, nous les taulards, et la pensée tourne, tourne et tourne encore pour tenter de trouver une stabilité. On imagine beaucoup de choses, et le plus souvent, ces idées-là ne sont pas gaies. Dans cette tristesse, parfois cette désespérance, les portes de la peur s’ouvrent irrémédiablement, qu’on le veuille ou non. Des peurs de rien, des peurs de tout. Cette trouille s’allie très vite avec l’angoisse primaire liée à la survie. Pas un taulard ne peut éviter de se dire, à un moment ou à un autre, qu’il risque de crever dans ce trou à rats.
Dans la paranoïa sécuritaire de la pénitentiaire, la nôtre se développe en contrepoint, un leurre d’équilibre et tout devient drame : le moindre bobo, la petite toux, la légère douleur au dos… On devient hypocondriaque. On imagine très vite la maladie vicieuse et grave, l’incurabilité et les scénarios les plus trash se profilent à l’horizon de notre cerveau.
Le système de soins en prison est tellement déplorable et inconséquent que l’inquiétude a de quoi se nourrir. On se le dit en promenade :
« à la rate faut surtout pas être malade ».
La furie du ciboulot
On dort peu ou mal, la nuit n’est pas bonne conseillère. On tourne, on vire dans sa paillasse. On allume la télé pour submerger la radio intérieure qui ne cesse d’émettre, le moulin infernal. Les moments de repos véritable sont rares. Même les cachetons pour dormir ne font pas le poids à dose raisonnable. Le sommeil est toujours agité.
Pourquoi crois-tu lecteur que le shit circule à haute dose entre les murs ? C’est l’échappatoire avant celui des médocs abrutissants. On trouve une sorte d’apaisement à ce temps qui se distille au goutte à goutte. Une lettre attendue qui n’arrive pas, une communication téléphonique, si difficile à obtenir, qui n’aboutit pas, un parloir fantôme, toutes ces formes de non-réponses, internes ou externes, démultiplient la furie du ciboulot.
Les hypothèses les plus sinistres submergent le bon sens et l’étouffent.
L’ennui creuse le lit de l’inquiétude
A l’inverse une bonne nouvelle te rend euphorique au-delà de la logique et les châteaux en Espagne sont des champignons. Et tu as beau raisonner, tenter de purger ces idées noires, l’imagination est sans fin. Dans ce système vide, normé, répétitif, où l’ennui creuse le lit de l’inquiétude, tout devient disproportionné. Un détail est un Everest kafkaïen.
En 15 secondes, ça part en vrille et les plombs pètent de plus en plus instantanément. La violence surgit sans sas de contrôle, écrase les paliers de décompression. Le frein du cerveau reptilien traverse les bases relationnelles sans frein. Et ça fait rire les matons qui, dans un second temps, manipulent les phénomènes et en font des gorges chaudes dans la presse.
Et toi tu crois, lecteur, que la prison est rééducatrice, resocialisante, réinsérante. Atterris ! Toi aussi tu imagines trop.

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