Mutations urbaines  Société 

[DOSSIER] Oullins, nouveau visage de la gentrification lyonnaise

actualisé le 05/10/2017 à 23h26

« On est arrivé au stade d’une véritable évolution de la commune et de sa population, qui tend aujourd’hui vers ce qu’on pourrait appeler une forme de « boboïsation » ». Le mot est lâché, par François-Noël Buffet, maire (les Républicains) de la commune d’Oullins depuis 20 ans.

Celui qui se présente comme un « gaulliste social » ne voit pas d’inconvénient dans le phénomène. Contraint par la loi sur le non-cumul des mandats, François-Noël Buffet va abandonner son fauteuil de maire dans le courant de ce mois d’octobre, pour conserver celui de sénateur et, en regardant dans la rétroviseur, l’élu Les Républicains s’attribue volontiers l’amorce d’un tel changement dans l’image de la commune. Tout en assurant lutter contre les dérives traditionnelles de ce qui s’appelle la gentrification.

Quasi tous les indicateurs de ce phénomène socio-économique sont au vert dans cette commune d’environ 27 000 habitants, en banlieue lyonnaise. Où le métro a perforé le bitume de la gare, en décembre 2013.

Oullins en est-elle au début de son processus de gentrification ? Pour François-Noël Buffet, c’est certain, il faut conserver le caractère « populaire » de la commune et sa politique de mixité sociale a été, sur le papier au moins, une priorité.

« Oullins, c’est une éprouvette »

Gaspard, 38 ans, habite Oullins depuis mi 2013. Directeur d’un centre social dans la Métropole de Lyon, il a eu le temps de constater de nombreux changements à la suite de l’arrivée du métro. Il reconnaît volontiers faire partie du sociotype des nouveaux arrivants.

Pour lui, c’est ce qu’a pu vivre Montreuil il y a quelques années.

« J’espère juste qu’on n’ira pas vers une « boboïsation » semblable à celle de la Croix-Rousse. Il y a effectivement quelque chose en marche aujourd’hui à Oullins. »

Gaspard parle de ce qui fait pour lui la richesse de la commune :

« J’aime Oullins car c’est une belle éprouvette, un laboratoire révélateur des enjeux réels au quotidien de la mixité. On n’est pas dans l’invocation de la mixité, on est réellement dans un vivre ensemble ».

Avec sa compagne et leurs deux enfants scolarisés à l’école élémentaire Ampère, il a d’abord loué une maison., qu’il a quittée pour acheter celle d’en face, dès qu’il a appris sa mise en vente. À sa place s’est installée en 2015 une autre famille, elle aussi dotée de deux jeunes enfants, qui a voulu quitter Lyon.

À quelques rues de là, dans l’ancien quartier de la SNCF, il a rencontré par le biais de l’école au moins deux autres familles elles aussi arrivées de Lyon récemment, avec l’envie de s’éloigner d’un hypercentre et de s’approcher d’un bout de pelouse.

Différente d’autres villes de la périphérie lyonnaise, Oullins serait devenue le laboratoire de nouveaux changements dans la manière de vivre la ville.

« La nouvelle Croix-Rousse c’est ici », estime Samuel, enseignant qui a fini par réussir à quitter Lyon pour rejoindre Oullins en 2012. Sans regret, finalement, pour cet urbain convaincu.

Nous avons évalué les indicateurs et rencontré différents acteurs de cette commune devenue très prisée pour pas mal de lyonnais ou de néo-métropolitains en quête d’habitat idéal.

Les nombreuses marches de la mairie d'Oullins. © AMugnier/Rue89Lyon

Les nombreuses marches de la mairie d’Oullins. © AMugnier/Rue89Lyon

1. L' »effet métro » : petite cause mais grande conséquence ?

2. Une montée des prix de l’immobilier ?

3. Vers de nouveaux enjeux politiques ?

4. Qui veut la peau de la Grande Rue d’Oullins ?

5. La Saulaie ou le « grand ghetto »

6. Culture avec un grand « Q » à Oullins ?

1 – Le métro a-t-il changé la face d’Oullins ?

Un « outil de développement » de la commune et du territoire Sud

L’arrivée du métro à Oullins en décembre 2013 a chamboulé les habitudes de la commune. François-Noël Buffet explique que « le métro a participé très activement au désenclavement d’Oullins » :

« Être à un quart d’heure de la Part-Dieu, de la gare, et du centre-ville grâce au métro, ça nous place au cœur du système. Le métro est un outil de développement qui est évidemment très fort ».

L’élu préfère toutefois minimiser l’« effet métro » et braquer le projecteur, sans surprise, sur une politique globale mise en place sur le territoire depuis une vingtaine d’années. Il aura en effet été maire de 1997 à 2017 (pour l’occasion, un petit document de compol a été édité par la municipalité, « Oullins 1997-2017, Histoires d’une transformation).

« Le métro ce n’est pas un début et ce n’est pas une fin non plus : c’est une étape, estime François-Noël Buffet. Sa mise en service en décembre 2013, c’est d’abord vingt ans de combat politique pour faire évoluer la ville ».

Malgré tout, quand on interroge les nouveaux habitants, le métro est un facteur déterminant et déclencheur dans le choix de la commune, pour un premier achat immobilier notamment.

Gaspard a emménagé au milieu de l’année 2013 dans le quartier Ampère, six mois avant l’arrivée du métro.

« Cela a été très déterminant dans mon choix. Désormais je peux habiter dans une maison avec un jardin et être à 18 minutes de la Part-Dieu, là où je travaillais à l’époque ».

De la même manière, Samuel, arrivé à Oullins en 2012, raconte :

« On avait acheté dans la perspective de l’arrivée du métro, et on a aussi pensé que notre appartement ne perdrait pas de valeur, au vu des projets sur ce territoire. »

Emmanuel Perrin, professeur associé à l’Université Lyon 3 et chef de projet transport-mobilité au CEREMA, conclut ainsi sur le fait que l’arrivée d’une grosse infrastructure de transport collectif tel qu’un métro agit de manière déterminante dans les stratégies résidentielles des ménages aujourd’hui :

« On se rend compte que si on posait la question au début des années 1980 pour savoir si les gens venaient habiter dans un quartier parce qu’il y avait des transports collectifs performants, très peu de personnes ne citaient cet élément dans le choix résidentiel. Mais ce critère a été intégré dans les stratégies d’achat immobilier et est devenu dans certains cas déterminant.

Avec ce type d’infrastructure, on arrive à attirer dans ce territoire des populations qui auparavant n’auraient pas pensé y aller, surtout concernant des territoires de première couronne. »

PROLONGEMENT GARE D’OULLINS :

  • ouverture de la station : décembre 2013
  • 24 000 passagers quotidiens
  • chantier de 222 millions d’euros
  • la gare d’Oullins est devenue le 7e pôle multimodal de la Métropole
  • date programmée d’ouverture des stations « Oullins Centre » et « St-Genis-Laval Hopitaux Sud » : 2023
  • La ligne prévoit de toucher 40 000 voyageurs/jour supplémentaires
  • chantier de 400 millions d’euros
  • création d’un pôle bus et d’un parking relais de 900 places à St-Genis-Laval

 

L’esplanade de la gare d’Oullins © AMugnier/Rue89Lyon

Un changement de la population ?

Cette nouvelle accessibilité due au métro semble générer en partie un renouvellement de la population oullinoise, qui s’élevait à 26 333 habitants au 1er janvier 2014. Depuis l’installation du métro en 2013, la commune a gagné plus de 260 habitants.

En réalité, le gain de population s’est surtout effectué les trois années précédentes, tandis que s’achevait le percement du tunnel. En effet, entre 2010 et la mise en place de la nouvelle station, plus de 920 nouveaux habitants se sont installés à Oullins. L’arrivée du métro participe ainsi à inverser la courbe naturelle de la population oullinoise qui évoluait de façon négative depuis 2008.

François-Noël Buffet souligne que la ville a repris le même niveau de population qu’elle avait en 1974 : « on doit être environ 27 000 au 1er janvier 2017 ».

Il relativise encore une fois le poids du métro, qui ne sera décidément pas plus fort que son action politique :

« On a amorcé nous-mêmes la reprise de la population, déjà bien avant l’arrivée du métro, en recréant les conditions de développement, avec l’ensemble de la restructuration du centre-ville ».

Cette population qui grossit chaque année engendre néanmoins une évolution socio-économique à Oullins. Le maire le reconnaît :

« Il y a un phénomène de rajeunissement très clair au sein de la commune et l’arrivée d’une génération issue d’une classe sociale supérieure à ce qu’a pu connaître la ville, il y a quelques années ».

Gaspard observe le même phénomène :

« On voit une évolution du sociotype d’une année sur l’autre ».

En prenant l’exemple de son quartier :

« Ampère, c’était un ancien quartier prioritaire de la politique de la ville, et qui ne l’est plus aujourd’hui. Et ce n’est pas le seul à connaître ce processus. Je trouve que c’est assez révélateur de l’évolution socio-économique d’Oullins. »

Le maire conclut en insistant sur le vivre ensemble :

« Je pense que c’est une réussite en terme de mixité sociale, n’importe qui à Oullins peut trouver sa place a priori. »

Le métro B, une ligne qui court qui court

La station « Gare d’Oullins » : terminus, tout le monde descend. ©AMugnier/Rue89Lyon

Et ce n’est pas près de s’arrêter, car le prolongement du métro jusqu’à la gare d’Oullins n’était que la première phase d’un grand projet de réorganisation des déplacements dans l’ouest lyonnais. Le Sytral est le maître d’ouvrage d’un projet de prolongement de la ligne B du métro d’Oullins jusqu’aux Hôpitaux Lyon Sud.

Emmanuel Perrin décrit la prolongation prochaine du métro jusqu’aux Hôpitaux sud :

« C’est l’objectif d’en faire une porte d’entrée majeure dans l’agglomération lyonnaise. »

La place Anatole France, surnommée aussi place de l’Église, où sera construit la prochaine station de métro © AMugnier/Rue89Lyon

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2. L’effet métro fait-il flamber les prix de l’immobilier ?

« On est encore loin des prix de Lyon intra-muros »

Les biens immobiliers de la ville sont porteurs de plus-values depuis l’arrivée du métro en 2013. Pour autant assiste-t-on à une véritable flambée des prix ? Les agents immobiliers d’Oullins ont tendance à présenter une situation encore vivable.

Cyril Charles, de l’agence immobilière ORPI à Oullins, reconnaît que les prix ont « un peu » augmenté avec l’arrivée du métro :

« Les biens les plus prisés sont ceux qui restent à moins de 10 minutes à pied du métro, par exemple ceux de la rue Orsel jusqu’à ceux de la rue de la Camille».

Concernant le prix au mètre carré, cela dépend fortement de la localisation et du type de logement.

« On peut atteindre les 4000 euros au mètre carré pour du neuf, à la sortie du métro. Mais dès qu’on va s’éloigner un peu, on va rester sur des prix très standards. Par exemple sur des copropriétés des années 1970, on va être autour des 2000 euros du mètre carré, 2100 euros si c’est en très bon état. Alors que si, par exemple, on est sur le même type de logement mais qu’on est beaucoup plus proche du métro, ça va plutôt être du 2200 euros », analyse Cyril Charles.

L’arrivée du métro semble avoir surtout entrainé une explosion de la demande. Par ricochet, les biens connaissent une hausse relative des prix. Surtout, il y a relativement peu d’offres sur le marché oullinois, notamment sur la demande la plus forte, celle qui concerne les maisons.

« Elles se situent généralement pour la plupart entre 15 et 20 minutes à pied du métro, et il y en a très peu sur Oullins, par rapport à la demande ».

Son confrère, Emmanuel Touchard, de l’agence immobilière Laforêt à Oullins, résume la situation :

« Ce qui ne se vendait pas avant l’arrivée du métro s’est mis à se vendre, et ce qui se vendait déjà se vend encore mieux aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Pour l’instant on est encore loin des prix de Lyon intra-muros, reste à savoir pour combien de temps, car on ne peut pas vraiment prévoir l’évolution des prix avec le prolongement du métro pour 2023 » .

Cyril Charles prend en exemple quelques territoires qui connaissent une situation comparable à celle d’Oullins aujourd’hui :

« On est un peu en train de rattraper les prix du 7e arrondissement de Lyon, ou de certains quartiers de Villeurbanne. Villeurbanne par exemple au niveau des Charpennes c’est l’équivalent des prix de Lyon, tandis que sur les zones de Villeurbanne un peu plus excentrées, là on peut arriver à avoir des prix assez similaires à ceux d’Oullins. »

Mais selon Muriel Rigout, conseillère à ORPI, plus que l’arrivée du métro, c’est le poids des hôpitaux Sud qui pèse dans l’immobilier à Oullins. Le CHU de Pierre Bénite est l’un des plus gros hôpitaux des Hospices Civils de Lyon, premier employeur de la région avec plus de 23 000 professionnels dont plus de 5 000 professionnels médicaux, et c’est le plus grand propriétaire de terrains du Grand Lyon.

« Un tiers de nos clients sont des gens des hôpitaux… C’est une sorte de « ville dans la ville » », décrit-elle.

Prix de l’immobilier oullinois

Prix moyen du mètre carré, neuf en centre-ville : 3 500 à 4 000 euros

3 000 euros le mètre carré pour un appartement en bon état, prix qui peut descendre jusqu’à 2 400 euros si l’on s’éloigne du centre.

Dès que l’on s’éloigne du métro, de plus de 10 minutes à pied, on retrouve des prix standards : 2 000 euros du mètre carré en moyenne.

« Éviter une densification à outrance »

François-Noël Buffet abonde dans ce sens, en observant la situation particulière de l’immobilier oullinois :

« Il y a de l’offre mais ça ne tient pas. Une maison à vendre à Oullins, les trois-quart du temps, elle est vendue dans la semaine. Et encore faut-il avoir eu le temps de prendre connaissance de la vente ! »

Le maire évoque aussi la difficulté de faire face à la pression des acteurs immobiliers :

« On résiste beaucoup aujourd’hui aux promoteurs qui exercent une pression très forte. Ce sont eux qui peuvent faire monter les prix. Et dans le cadre du Plan Local d’Urbanisme (PLU) métropolitain, on a passé beaucoup de temps à verrouiller les différents systèmes pour éviter une densification à outrance de nos quartiers. »

L’objectif est de mener une démarche pour contenir au maximum la flambée des prix.

« Je suis particulièrement interventionniste sur la maitrise foncière », se vante le maire.

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3 – Vers de nouveaux enjeux politiques ?

Changement de population… et d’électorat ?

Avec l’arrivée de ces nouveaux habitants, on constate l’apparition d’un type de commerces, peut-être plus en phase à cette clientèle. Certains de ces commerçants présentent un profil singulier et sont engagés sur des thèmes qui ne sont pas a priori privilégiés par le parti du maire (Les Républicains).

Ces nouveaux habitants sont-ils le signe d’un changement d’électorat ? S’agit-il d’un électorat qui serait moins acquis à la droite ? La question se pose d’autant plus que François-Noël Buffet, qui se faisait élire et réélire haut la main depuis vingt ans, ne sera pas le prochain candidat et cèdera probablement son fauteuil à sa deuxième adjointe : Clotilde Pouzergue serait la mieux placée pour être mise sur orbite et élue lors du prochain conseil municipal, d’ici fin octobre. Elle est nécessairement moins connue que lui.

Maire d’Oullins depuis 1997, il avait été très largement réélu, et dès le premier tour, en 2014, avec plus de 50% des voix. Se présentant comme un « gaulliste social », S’il a été nommé pendant un temps, au sein de son parti (alors l’UMP), secrétaire national chargé de l’immigration, il passe pour le « gauchiste » de la bande.

S’occupant des questions migratoires au sein de son parti Les Républicains, on pourrait penser que François-Noël Buffet présente un double discours : une position beaucoup plus ferme au niveau national, en comparaison à la politique de mixité sociale qu’il déploie dans sa commune.

Pour autant il n’y a pas selon lui de « schizophrénie » :

« Quand je prends le TGV de la gare de Part-Dieu pour Paris je suis toujours le même, et inversement ! On m’a confié des sujets compliqués tels que le dossier de l’immigration ou celui de la Burqa parce que personne n’en voulait et on m’a demandé de les prendre. C’est souvent pour moi, les trucs que personne ne veut. »

Dans l’entourage du maire, on soutient :

« Il a plutôt l’image de quelqu’un de modéré dans son camp politique, qui est réfléchi : ni gauchiste, ni centriste. »

Quand on évoque cette évolution sociologique et ce possible changement d’électorat, il nous rétorque qu’il n’a « jamais vraiment fait ce calcul ».

« Parce que toutes les décisions que j’ai prises et que je continue de prendre, c’était en fonction de ce que je pensais être dans l’intérêt d’Oullins et de sa population. »

En revanche, François-Noël Buffet reconnait que les sociologies changent sans envisager qu’elles prennent de « position dominante » :

« Quand vous regardez les résultats électoraux à Oullins c’est globalement les résultats des élections nationales. On est quasiment une ville test. Il n’y a pas de position dominante des uns ou des autres. C’est d’abord une ville populaire au bon sens du terme, qui reste équilibrée politiquement.

Demandez aux habitants ici si un jour j’ai pris une décision en fonction de la couleur politique de l’un ou de l’autre. Pas un ne vous le dira. »

François-Noël Buffet a accueilli avec enthousiasme de nouvelles enseignes dans la ville, sans sonder les opinions politiques.

L’apparition de nouveaux commerces « alternatifs »

D’un resto-traiteur cossu, à la poissonnerie flambant neuve, en passant par une fromagerie fine, une librairie-café-jeux, une boulangerie avec des propositions sans gluten… Ces derniers mois de nombreux commerces d’un type nouveau ont fait leur apparition le long de la Grande-Rue d’Oullins.

Parmi les 159 commerces de cette grande rue, l’une des plus commerçante de la Métropole, ces nouveaux arrivants apportent certaines idées novatrices qui font évoluer la dynamique commerciale d’Oullins.

Au Syndrome Peter Pan, un concept-store (café, petite restauration principalement en bio et en local, librairie, magasins de jouets et d’objets), Loïc, Marie et Maxime sont ravis.

Depuis qu’ils ont ouvert le 20 décembre dernier, dans un environnement commercial essentiellement traditionnel, leur petite boîte rencontre un certain engouement.

Syndrome de Peter Pan à Oullins en février 2017. ©Léo Germain/Rue89Lyon

Syndrome de Peter Pan à Oullins en février 2017. ©Léo Germain/Rue89Lyon

« Nous ne souhaitions pas avoir une boutique statique, nous voulions plutôt proposer à tous un lieu de vie. »

Ce qui les a amenés à imaginer diverses offres d’ateliers pour animer le lieu : cuisine collaborative (souvent végétarienne) le mardi soir, soirées jeux le jeudi ou loisirs créatifs pour les enfants le mercredi après-midi.

Les trois associés fonctionnent en SCOP (Société Coopérative de Production) et promeuvent un développement local -ils forment un collectif où « chacun a son mot à dire » :

« C’est une vague forme de militantisme quotidien, mais c’est vraiment pour montrer aux habitants une autre image du commerce, et essayer d’être un exemple de ce que peut être l’économie solidaire. ».

Avant le Syndrome Peter Pan, c’est la Super Halle, dans le quartier populaire de la Saulaie, qui a fait parler d’elle lors de son ouverture en février 2014. Il s’agit aussi bien d’un magasin de producteurs locaux, d’une « super épicerie bio », que d’un resto-traiteur.

A la base de ce projet, il y avait l’espoir de ré-ouvrir les Halles de la Martinière à Lyon et d’y inscrire la Super Halle. N’ayant pas pu s’y installer, le projet à été délocalisé à la Saulaie. Bien que la Super Halle oullinoise soit assez excentrée, par rapport au métro (environ 15 minutes à pied), et bien qu’elle se trouve en bord de route et derrière l’autoroute, cela ne décourage pas les habitués et encore moins les Oullinois.

La Super Halle bénéficie principalement d’une clientèle de proximité, même si quelques lyonnais viennent de temps en temps. Mais c’est « plus ponctuel » selon Laure-Hélène Viallon, une des co-gérantes :

« Le projet est une réussite, nous sommes sur de belles croissances en termes de chiffre d’affaire et de fréquentation.

On a optimisé le nombre de couverts le midi en passant d’une trentaine à 90, les gros jours. Les producteurs du magasin font entre 30% et 90% de leur chiffre d’affaires à la Halle, et ils ont connu une croissance d’environ 30% cette année. Enfin, le chiffre d’affaires de l’épicerie a augmenté de 40% cette année et l’année prochaine on va frôler les 1,5 millions, ce qu’on s’était donné comme objectif. »

Le succès du projet a permis de créer des emplois. Alors que l’épicerie a commencé avec deux associés, la Super Halle a recruté depuis trois salariés à temps plein et un à mi-temps, tandis que les producteurs ont aussi créé un emploi.

Le concept de la Super Halle séduit donc dans la commune, même s’il faut s’y rendre en voiture. Gaspard, qui tient à consommer principalement dans les commerces de la ville, s’y rend souvent :

« Je trouve que c’est un projet génial. Il est révélateur des changements à Oullins : il y a un petit côté alternatif, des choses à caractère éco-sensible, responsable, engagé. »

Cela peut-il aller jusqu’à un engagement politique coloré ? Le lieu a notamment accueilli l’eurodéputée du Sud-Est Michèle Rivasi durant sa campagne lors du second tour des primaires d’Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Quand on questionne Laure-Hélène Viallon sur la présence d’une politique à la Super Halle, elle nous évoque une volonté de « sensibilisation ».

« Nous organisons des conférences et des ateliers parce que nous pensons que l’alimentation est une bonne porte d’entrée pour sensibiliser les gens sur tout un tas de sujets qui sont tout aussi importants que l’alimentation, d’où la présence de Michèle Rivasi en octobre 2016. Et l’alimentation, c’est quand même une des grosses problématiques de notre siècle, qui touche à tout. »

Michèle Rivasi à la Fabrique des producteurs à la Super Halle d'Oullins le 24 octobre 2016. Photo BE/Rue89Lyon

Michèle Rivasi à la Fabrique des producteurs à la Super Halle d’Oullins le 24 octobre 2016. Photo BE/Rue89Lyon

« Un engagement éminemment politique mais qui n’est pas partisan. Et c’est là où réside tout l’intérêt de cette démarche selon moi » nous explique Gaspard. Il va même jusqu’à envisager :

« Ils ont un beau modèle économique et peuvent nous montrer ceux qui pourront tenir dans le futur. »

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4- Qui veut la peau de la Grande Rue d’Oullins ?

Il n’y a pas que la Super Halle ou le Syndrome de Peter Pan qui correspondent à ce nouveau type de commerces, dont les clones se trouvent dans les quartiers les plus gentrifiés de l’agglomération (la Croix-Rousse ou le 7ème arrondissement, à Lyon).

La Super Halle à Oullins en février 2017. ©Léo Germain/Rue89Lyon

La Super Halle à Oullins en février 2017. ©Léo Germain/Rue89Lyon

On retrouve en effet des commerces de fine bouche tels que la fromagerie Sourbès, le traiteur-fromager l’Altitude ou bien la nouvelle poissonnerie qui a ouvert en bas de la Grande-Rue.

La presse des foodistas et fans de déco a aussi parlé du Café Charmant dès son ouverture, juste à la sortie du métro.

La Grande-Rue accueillera aussi prochainement Six Pieds sur Terre, un futur bar-resto « pour bons vivants ». L’équipe s’est constituée en SCOP et veut miser sur les circuits courts, sur les propositions végétariennes. On devrait y trouver des ateliers, des soirées jeux, des expos…

Pour ces nouveaux commerces qui se sont installés, le métro est une aubaine. Les trois fondateurs du Syndrome de Peter Pan l’avaient bien compris :

« Nous avons senti un véritable changement au niveau de la population depuis l’arrivée du métro, on s’est donc rendu compte qu’il y avait effectivement du potentiel ici ».

Mais pour d’autres commerçants, plus anciens, le métro est loin d’être une bonne nouvelle.

Cette nouvelle proximité avec les géants tels que le centre commercial de la Part-Dieu (à 15 minutes d’Oullins en métro) et celui de Confluence, accessibles par les transports sans difficulté, pourrait en effet inciter une part de la clientèle quotidienne oullinoise à sortir du périmètre de la commune.

Florian Escofet, ex-propriétaire de l’épicerie fine Chez Markus, évoque cette situation difficile que les commerces connaissent notamment durant une période qui devrait être faste :

« A Oullins, c’est désert durant les soldes, depuis l’arrivée du métro. Les gens partent à Part-Dieu et reviennent le soir, leurs sacs d’emplettes à la main ».

Pour Emmanuel Perrin, chef de projet transport-mobilité au CEREMA et professeur universitaire, l’arrivée de ce type d’infrastructures engendre surtout un « effet accélérateur » des tendances existantes.

« Si le territoire concerné se porte bien, cela s’accélère et, à l’inverse, si la tendance est celle d’un appauvrissement ou d’un dépérissement, cela peut aussi devenir de plus en plus important ».

Qui parle d’une « désertification » des commerces Oullinois ?

Florian Escofet avait comme projet d’ouvrir une épicerie fine dans la Grande Rue d’Oullins. Après avoir difficilement trouvé un commerce à louer, il ouvre en octobre 2015 l’épicerie Chez Markus au 94 de la Grande-Rue. Pourtant très bien situé, il a été contraint de fermer quelques mois plus tard, en décembre 2016.

Aujourd’hui en liquidation judiciaire, Florian Escofet est l’un des « dommages collatéraux » d’une dynamique commerciale à double tranchant : une dizaine de commerces ont fermé ces derniers mois et d’autres pourraient probablement suivre.

Quand on interroge les commerçants, certains nous parlent d’un véritable sentiment de solitude face à une telle situation.

Pour Florian, l’accompagnement de la mairie n’est pas suffisant pour soutenir les commerces.
Il serait même quasi-inexistant à entendre Patricia Valente, gérante de la Brasserie du Commerce située tout en bas de la Grande-Rue, avant de traverser le pont en direction de la Mulatière.

Ses rapports avec la municipalité lui laisse le sentiment d’être abandonnée :

« Le métro nous a fait beaucoup de mal. Le matin on avait tous les travailleurs qui venaient de la ville et qui s’arrêtaient là, à l’entrée d’Oullins et qui partaient ensuite prendre leur bus. Maintenant ça se transite tout à la gare d’Oullins ».

En terme de fréquentation, l’impact se vérifie principalement sur les services du matin et de l’après midi avec une perte de clientèle significative. Pour Patricia, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

« J’arrivais parfois à vendre 100 cafés jusqu’à 9h, là je n’en vends qu’une quarantaine. Et mon mari a une grosse vague de clients le soir, mais l’après midi il n’y a plus personne car les gens ont la facilité d’aller en ville ».

La devanture de la Brasserie du Commerce © AMugnier/Rue89Lyon

« Nous sommes contre l’arrivée du métro ici dans le centre d’Oullins »

Reste encore la question de la prolongation du métro B à la place de l’Eglise. Selon Patricia Valente,

« Quand ils vont faire les travaux pour la nouvelle station, tous les bars qui sont sur la place vont en souffrir. »

Quand nous rencontrons le gérant du café restaurant du Midi situé sur un angle de la place, il nous fait justement part de son mécontentement :

« Nous sommes contre l’arrivée du métro ici dans le centre d’Oullins. Parce ce n’est pas rentable, ni pour nous, ni pour les contribuables. Je ne vois pas l’utilité d’installer un métro ici alors qu’il y en a déjà un à 500 mètres !

Deux stations autant rapprochées dans une petite ville comme Oullins, c’est du jamais vu ! »

Selon lui, l’arrivée du métro à la place de l’Église pénalisera son restaurant à cause des trois années de travaux prévues pour la construction de la station, mais aussi avec l’absence du marché qui sera déplacé ailleurs.

Mais il souligne aussi que c’est l’arrivée du métro en général à Oullins qui a eu un impact négatif sur les commerces locaux.

« Le métro a pénalisé tous les commerçants d’Oullins. On l’a déjà vu pendant la période des soldes, et ça va s’accentuer avec le prolongement ! »

Enfin il nous fait partager son sentiment d’impuissance :

« Avec des collègues on avait fait une pétition, nous avions été reçu par la mairie, mais c’est trop tard, on ne peut plus rien faire maintenant ».

La fleuriste du haut de la Grande Rue tente de vendre depuis plusieurs années ; elle a licencié son employé et travaille seule, avec des fleurs achetées notamment en Hollande, moins chères.

La politique interventionniste sur les commerces

Karine est née à Oullins et habite aujourd’hui dans le quartier de la Camille. Sa connaissance de la ville lui permet de constater qu’effectivement les commerces ont changé, « mais pas en bien ». Elle constate que de nombreux fonds de commerce sont vides et que les commerçants qui tentent de s’installer ne restent jamais très longtemps. Ce à quoi François-Noël Buffet rétorque :

« Ce que me disent les commerçants, c’est qu’ils constatent plutôt la venue de nouveaux clients ».

Et concernant la fermeture de certaines enseignes :

« Il y a toujours eu un roulement de vente de commerces dans la Grande Rue. Mais jamais une vitrine n’est restée vide, il y a toujours eu un repreneur. On est quand même le 7e pôle de la Métropole en terme de chiffre d’affaires, avec l’ensemble des commerces de la ville.»

Mais le mécanisme de reprise des commerces n’est pas uniquement naturelle, il faut aussi compter sur l’interventionnisme de la mairie qui a mis en place un « dispositif de continuité commerciale dans la Grande-Rue depuis 2001 » :

« C’est-à-dire qu’aujourd’hui une banque ne peut pas s’installer dans la Grande Rue par exemple, un assureur non plus, c’est bloqué depuis la révision du  POS (Plan d’Occupation des Sols) 2001 ».

Pour protéger le commerce de proximité, l’outil phare de la collectivité territoriale est le principe du droit de préemption des fonds de commerces, « de manière à pouvoir équilibrer la nature des commerces dans la Grande-Rue ». Le droit de préemption permet alors à la commune de se porter acquéreur prioritaire de biens commerciaux dans une zone de sauvegarde des commerces.

La politique interventionniste du maire ne s’arrête pas là, il travaille également en amont en allant « chercher » les commerces pour assurer une continuité et une diversité.

« Le fromager, c’est nous qui l’avons ramené et on aimerait le mettre aujourd’hui sur la Grande-Rue. On essaye aussi d’avoir un boucher sur cette même rue et on finira par l’avoir ! On se bagarre pour ça. Je ne cache pas que sur le foncier, par exemple, je ne suis pas du tout libéral, au contraire, je suis clairement interventionniste sur la maitrise foncière ».

Pourtant chez certains commerçants, le discours est tout autre. Pour l’ex-épicier Florian Escofet, il y a un véritable « problème de stratégie commerciale » au sein de la mairie.

« C’est tout et n’importe quoi en terme de stratégie commerciale »

Sur la Grande Rue d’Oullins on constate en effet une sur-concentration de certains types de commerces, notamment les opticiens.

Emmanuel Perrin, chef de projet transport-mobilité au CEREMA, voudrait calmer les esprits :

« Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Il faut garder en tête que le temps de l’urbanisme commercial, ce n’est pas le temps des transports ».

Les effets urbanistiques sont à étudier sur le long terme, conclut-il :

« Il faudrait attendre cinq ou dix ans après l’arrivée du métro pour voir comment le territoire s’est véritablement transformé, et quels impacts le métro a pu avoir sur la situation commerciale »

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5 – La Saulaie ou le « grand ghetto »

Quel héritage du passé industriel ?

L’ancienne Maison du Cheminot, où l’on trouve aujourd’hui le Centre de la Renaissance © AMugnier/Rue89Lyon

Oullins est une ville de cheminot, un vaste centre technique a fermé une grande part de son activité mais existe encore à la Saulaie. Mais les trains semblent être partis sans laisser de traces derrière eux. Quand on parcourt les rues, on ne voit plus que quelques marques du passé ouvrier. Dans cette ville où la gauche a été très présente, le promeneur se heurte aujourd’hui à la grille de fer du local du Parti Communiste Français à Oullins, qui apparait maintenant comme un vestige du passé.

Héritière de ce passé, Karine dont le père a travaillé dans les ateliers de la SNCF à Oullins est née dans cette ville. Elle a vécu la fin de l’aire industrielle et les différents changements qui ont suivi, elle nous en parle non sans émotion :

« Avant, avec les ateliers de la SNCF, il y avait une grosse activité sur Oullins, et les gens vivaient sur place. La plupart ont fermé et même s’il reste quelque chose, à priori ça va pas durer très longtemps. Oullins était une ville ouvrière et beaucoup de monde travaillait pour la SNCF, et du fait de ces fermetures là les gens sont partis ».

Le quartier de la Saulaie restera peut-être l’exemple le plus représentatif de cette histoire industrielle, avec quelques traces ici et là.

Dans les années 1960, la fermeture des ateliers SNCF et la construction de l’autoroute A7 engendrent de nombreux changements dans un quartier qui avait déjà été mis progressivement à l’écart. D’un quartier dynamique où la cohésion sociale était très forte entre les ouvriers, la Saulaie est devenue rapidement un lieu marginalisé à la suite des fermetures.

Aujourd’hui la Saulaie conserve une image relativement négative, d’un quartier enclavé composé de friches industrielles.

Ce quartier tend à devenir un « grand ghetto » selon les dires de Azzedine Adouf. C’est à la Brasserie du Commerce qu’Azzedine Adouf rejoint ses amis le matin autour d’un café. C’est là aussi qu’il évoque le passé d’un quartier qu’il a aimé et qu’il a aidé à construire en tant qu’ancien directeur du centre social de la Saulaie.

Avec du recul, il jette un regard en arrière sur le passé du quartier et ne peut que constater des changements néfastes.

« A l’origine, la Saulaie était constituée principalement d’entreprises, d’industries et d’une immigration « vieille » : italienne, espagnole, maghrébienne… Et dans ce quartier qui était vivant et où il y avait du brassage, la vraie mixité a aujourd’hui disparu.

Avant tout le monde cohabitait, le problème ne se posait pas. J’avoue qu’aujourd’hui je n’y crois plus à la mixité, car la politique et les extrémistes religieux se sont immiscés là dedans ».

Après cette désillusion sur la mixité, Azzedine fait le constat d’un quartier « fermé sur lui même » :

« Il y a plus de vingt ans, on a fait venir des classes moyennes. Et petit à petit ils ont évacué, c’est devenu encore pire qu’avant : un grand ghetto. Le fait que la rue Pierre Semard a été fermée a transformé le quartier en un vrai no man’s land, car tous les commerces ne sont plus là. »

La rue Pierre Semard porte une partie de l’histoire ouvrière de la Saulaie : la sortie de toutes les usines se faisait sur cette rue, dont le nom est un hommage à l’ancien secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots et du PCF, fusillé en 1942 à Evreux.

Le fait d’avoir été un acteur social sur le terrain a donné à Azzedine Adouf un angle de vue privilégié sur ce quartier. Mais à travers le temps et les municipalités qui se sont succédé, il ne voit qu’un échec de la politique qui a été menée à la Saulaie.

« Je m’étais personnellement engagé dans les projets portés sur la Saulaie mais j’ai été profondément déçu. On a essayé de faire un gros travail sur le quartier et tout a été gâché, nos efforts ont été réduits à néant. »

L’aménagement concerté de la ZAC de la Saulaie est l’un des gros dossiers que François-Noël Buffet laisse à son successeur. Un dossier sur lequel il pourra continuer de garder un oeil, en tant que conseiller métropolitain.

« Le mur qui marque la frontière avec Oullins reste symbolique »

Nombreux sont ceux qui ne veulent pas abandonner. Olivier Borius en fait partie. Directeur de l’ACSO (Association des Centres Sociaux Oullinois), il décrit ce qui anime le centre social de la Saulaie aujourd’hui :

« Nous continuerons de batailler pour ramener une belle image du quartier et pour favoriser le vivre ensemble ».

L’ACSO réunit les trois principaux centres sociaux de la ville : celui de Moreaud, de la Saulaie et enfin l’annexe du Golf. Olivier Borius dessine un portrait consensuel :

« Oullins a 11 quartiers qui ont tous une identité différente, et même à l’intérieur de chaque quartier on retrouve des différences sociologiques fortes. Ce qui fait d’Oullins une ville hétérogène et riche. »

Cette diversité les oblige à adapter leurs actions aux ressentis des habitants qui divergent d’un territoire à l’autre :

« Entre le Golf et la Saulaie, les sentiments sont différents. Au Golf, les habitants ressentent de l’abandon tandis qu’à la Saulaie, ils ont une impression d’isolement. »

Olivier Borius souligne la séparation qui existe entre le quartier de la Saulaie et le reste de la commune. Celle-ci se matérialise par l’existence d’un grand mur, situé à la sortie du métro, et qui revient souvent dans les débats.

« Malgré l’arrivée du métro qui a permis de désenclaver un peu la Saulaie, le mur qui marque la frontière avec Oullins reste symbolique et le sentiment d’isolement des habitants perdure avec ce mur.

Ils ont l’impression d’être stigmatisés et ne se sentent pas véritablement acteurs concernant l’avenir de leur quartier, car pas assez interrogés par la municipalité, bien que des réunions publiques soient à venir. »

Malgré la volonté de changer les choses de la part des habitants et de la municipalité, Olivier Borius conclut ainsi :

« Les changements s’effectuent plus vite et pourtant ce sentiment perdure, il aura du mal à partir. »

Quartier de la Saulaie à Oullins en février 2017. ©Léo Germain/Rue89Lyon

Quartier de la Saulaie à Oullins en février 2017. ©Léo Germain/Rue89Lyon

« Il n’y aura jamais de zone de non-droit à Oullins »

Le quartier de la Saulaie est l’un des défis principaux à relever pour la municipalité. François-Noël Buffet le décrit ainsi :

« Le quartier de la Saulaie, c’est 40 hectares en plein cœur de la Métropole, un potentiel de 63 000 m2 d’activités économiques, et 600 logements à construire sur les anciens terrains SNCF, soit 10% du territoire municipal constructible. »

Le dernier élément qui permet la concrétisation de ce projet : l’arrivée du métro.

« Le prolongement du métro a été l’outil qui nous manquait pour développer le quartier de la Saulaie. »

Reste à savoir comment changer l’image qu’on associe au quartier de la Saulaie, souvent mis en avant médiatiquement pour des faits de délinquance.

En octobre dernier, lorsqu’une équipe de police s’était fait caillassée, le maire avait déclaré : « il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de zone de non-droit à Oullins ». Et pourtant les faits de délinquance continuent, accompagnés d’impressionnantes descentes de police comme en février 2017.

Même s’il reconnait les difficultés qu’endurent les habitants au quotidien dans ce quartier, il insiste néanmoins :

« Ce n’est pas pour autant un quartier où la République ne doit pas être présente, et où les choses ne doivent pas fonctionner normalement. »

François-Noël Buffet tient cependant à nuancer, et à relativiser la situation actuelle :

« Moi j’ai connu l’évolution depuis vingt ans, et c’est un quartier qui a profondément évolué et plutôt positivement. On ne va pas dire qu’il n’y a pas de problèmes. Mais l’avenir de ce quartier passe principalement par sa rénovation, à laquelle sera associée la population. »

Quand on lui parle du sentiment d’immobilisme dont parle par exemple Azzedine Adouf, il répond:

« On construit par petits morceaux, mais je reconnais bien que ce n’est pas assez rapide et en même temps, je n’en porte pas seul la responsabilité, car la Métropole a beaucoup freiné pendant longtemps. »

La rénovation d’une partie des logements va démarrer cette année, avec Grand Lyon Habitat (l’ancienne OPAC du Rhône).

« On travaille avec la Métropole, on a lancé la ZAC pour l’aménagement de l’ensemble du quartier, mais il est vrai que l’urbanisme prend beaucoup de temps. »

La rénovation du quartier passe aussi par l’emploi, domaine dans lequel on rencontre les premiers résultats :

« Le développement économique du quartier est effectif : on a ramené plus de 1 000 emplois. »

Une nouvelle école doit être créée ici.

« La difficulté réside dans le fait que les habitants du quartier sont sensibles à cette démarche mais au quotidien, ils trouvent que cela ne va pas assez vite. Ils ont sans doute raison. »

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6 – Culture avec un grand « Q » à Oullins ?

Au théâtre de la Renaissance, « tous les signaux sont au vert »

Le Théâtre de la Renaissance © AMugnier/Rue89Lyon

Inauguré en 1982 à l’heure où Oullins était la commune la plus importante du Sud-Ouest lyonnais, le Théâtre de la Renaissance occupait déjà à l’époque une place singulière et importante.

A l’origine de ce projet, on trouve Roland Bernard, l’ancien maire d’Oullins, qui a souhaité construire le nouveau théâtre à la place de l’ancienne Maison du Peuple. Il l’a imaginé dès la première saison comme un lieu appelé à s’ouvrir sur Lyon et son agglomération.

Aujourd’hui son vœu se réalise largement avec l’arrivée du métro en 2013. Son implantation géographique, à moins de deux minutes de la Gare d’Oullins le met au cœur des liaisons avec la Métropole.

Nicole Lévy, actuelle secrétaire générale du théâtre, est très enthousiaste quand elle évoque cette évolution qui a eu un « impact réel » sur l’activité du théâtre. Cette nouvelle accessibilité a permis de ramener de nombreux lyonnais, qui trouvaient auparavant que le théâtre était « un bout du monde » :

« On s’est rendu compte que la proportion des lyonnais progressait toutes les saisons : depuis la saison 2012/2013, on a eu une augmentation de 127% du public lyonnais.

On se rend compte qu’aujourd’hui les gens arrivent très détendus au théâtre, car ils n’ont plus à s’embêter, pour trouver une place pour garer leur voiture, chose qui est relativement difficile à Oullins. Nous constatons de nombreuses venues de dernière minute, car il est tout simplement devenu moins compliqué de venir ».

Désormais le théâtre peut bénéficier d’une géolocalisation quasi parfaite :

« Un autre effet indirect mais qui est fantastique, c’est le flux continu de gens qui passent à côté du théâtre pour aller prendre le métro. Cela fait que le théâtre lui-même est devenu une vitrine et un outil de communication qu’il n’était pas auparavant. On a mis de très grandes affiches pour attirer l’attention et pour que les voyageurs sachent qu’on existe ».

Le théâtre de la Renaissance, finalement, serait un équipement quasi-lyonnais :

« Je crois que ce nouveau mode de transport et de liaison a changé l’image de ce lieu comme étant un vrai lieu de Métropole, accessible et peut-être plus proche aujourd’hui que la Maison de la danse ou le Théâtre de la Croix-Rousse. Nous sommes les seuls à avoir un métro situé à moins de deux minutes à pieds ».

Et Nicole Lévy parle d’un véritable « cercle vertueux » entre le théâtre et le renouveau de la commune :

« Tout concourt à ce que notre image soit valorisée directement et indirectement car on parle beaucoup de la ville d’Oullins aujourd’hui, cette commune est vraiment sous les feux de la rampe ! Et chaque fois que l’on valorise le renouveau d’Oullins, cela rejaillit sur le théâtre qui était vu auparavant comme un lieu de banlieue. »

François-Noël Buffet s’est félicité de son travail de lobbying auprès de la Région qui, avec l’arrivée de Laurent Wauquiez à sa tête, a sorti les ciseaux pour tailler dans les subventions allouées à la culture.

« Ce théâtre, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ça fait des années que je le défends. »

Nicole Lévy

« Tous les signaux sont au vert et on est très optimiste. Nous sommes de plus en plus en prise avec de l’autre coté du Rhône. Cette saison pour la première fois on a par exemple communiqué de façon massive dans le métro, ce réseau là devient un véritable vecteur de communication, ça modifie nos habitudes et nous oblige à penser autrement. »

Clacsonnez donc, à Oullins

Le dernier lieu du théâtre, dédié aux répétitions et aux ateliers participatifs, est le Bac à Traille situé à la Saulaie. Cette ancienne église désacralisée a été confié au Théâtre de la Renaissance en 2006 où chaque année des spectacles sont présentés.

Pour Nicole Lévy :

« La connexion avec les habitants s’effectue par exemple avec des sorties de résidence ouvertes, lorsqu’il y a un spectacle jeune public comme en octobre dernier, on met en place une part de gratuité afin que les habitants du quartier puissent pleinement en profiter. »

Une des deux missions du Bac à Traille est justement de s’ « ancrer dans un quartier » afin d’inscrire l’art dans un territoire qualifié d’isolé et d’enclavé, et de démocratiser en quelque sorte la culture.

« Il y a un certain nombre de personnes qui ne feront jamais le chemin jusqu’au théâtre et qui n’en pousseront jamais les portes. Clairement, il fallait que quelque chose se tisse directement chez eux et que la rencontre se fasse. Il fallait vraiment faire tomber les freins et les « c’est pas pour nous ». »

Et cet effort n’est pas fait en vain selon l’analyse de la secrétaire générale :

« On obtient de vrais résultats. Il s’agit dès lors de continuer à être présents, à rencontrer les habitants, et à faire tomber les barrières. On s’y emploie en permanence. »

La fresque de la Renaissance, réalisée en 1982 par CitéCréation (leader mondial des murs peints). Oullins est effectivement le berceau des murs peints made in France. © AMugnier/Rue89Lyon

Bonne nouvelle à venir pour la commune : la mythique salle de concert du Clacson qui avait fermé, tandis que la mairie fermait les vannes, pourrait ré-ouvrir ses portes d’ici fin 2017. Fabien Renaudin, le directeur de la MJC, explique que de nombreux travaux dans le bâtiment ont pu permettre de remettre la salle aux normes réglementaires, et d’envisager aujourd’hui sa réouverture.

Si le Clacson retrouve une programmatrice aussi talentueuse que celle qui y a officié, cela achèverait de faire d’Oullins cette sorte de « place to be » de la Métropole de Lyon, un espèce de « Brookllins », comme certains habitants ont pris l’habitude d’appeler leur ville.

 

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L'AUTEUR
Alice Mugnier, avec Dalya Daoud
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