Société 

Au lendemain des législatives, le Front social dans les rues de Lyon pour « ne pas laisser de répit au gouvernement »

actualisé le 21/06/2017 à 09h28

À l’appel du collectif Front social ce lundi 19 juin, une trentaine de manifestations ont eu lieu en France au lendemain du second tour des élections législatives. À Lyon, ils étaient entre 500 (selon la police) et 800 (selon les organisateurs) à s’être donnés rendez-vous place des Terreaux.

La chaleur caniculaire de ce lundi 19 juin n’a pas empêché plusieurs centaines de personnes de sortir pour manifester. Dans ce rassemblement labellisé « Front social », on a essentiellement vu des syndicats de la CGT (Vinatier, Ville de Lyon, Finances Publiques 69) ou la CNT Solidarité Ouvrière Lyon. Des mouvements politiques de gauche et d’extrême gauche : surtout la France Insoumise mais aussi le NPA.

C’est un mouvement qui est « en train de se constituer », précise un organisateur souhaitant rester anonyme :

« Pour l’instant, on n’a pas de signatures de grandes unions départementales syndicales. C’est en cours, on grossit les rangs petit à petit, comme partout en France », affirme-t-il.

Cet organisateur ne fait lui-même partie d’aucun syndicat. Pour lui, il faut être « présent dans la rue » dès le lendemain des élections législatives :

« On risque de se prendre dans la gueule quelque chose d’assez violent en termes de destructions d’acquis sociaux, comme les attaques sur la sécurité sociale ou l’abrogation (sic) du code du travail. On sait très bien que ça ne va pas être en faveur des travailleurs et des précaires. Il faut créer une dynamique tout de suite car cela prend du temps de bâtir un front de résistance. »

Manifestation du lundi 19 juin organisée place des Terreaux par le Front Social. ©HH/Rue89Lyon

Manifestation du lundi 19 juin organisée place des Terreaux par le Front social. ©HH/Rue89Lyon

« Un autre système de vote : le jugement majoritaire »

Vers 18h40, la manif démarre. Déposé en préfecture, le tracé du cortège est encadré par quelques voitures de police. La marche progresse d’abord jusqu’à la place Bellecour en passant par la rue de Brest et la place des Jacobins.

Dans cet attroupement, il y a Eloi, un jeune homme de 25 ans aux cheveux longs et cachant ses yeux bleus derrière des lunettes discrètes. Titulaire de licences d’audiovisuel et de sociologie, le jeune homme monte actuellement un film documentaire.

Le local de l’Action française attaqué
En marge de la manif, le local de ce mouvement d’extrême droite nationaliste situé rue Adelaïde Perrin (2e arr.) a été pris pour cible par des militants antifas. L’intérieur a été saccagé et le rideau métallique a été taguée d’un « Pas de fachos dans nos quartiers ». Dans un communiqué, les royalistes lyonnais estiment que « cette provocation n’a pour but que de pousser les militants nationalistes à la faute, pour que des faits graves puissent leur être imputés, et ainsi que les médias et les politiques brandissent le spectre de la menace fasciste ».

Rompu à l’exercice des manifestations depuis celle du 9 mars 2016 contre la loi travail, Eloi affirme avoir voté pour Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles, même si ce n’était pas son intention première :

« J’aurais vraiment préféré qu’on passe à un autre système de vote, qui est le jugement majoritaire. Plutôt que de voter pour un seul candidat, on donne une mention à chacun d’entre eux sur une grille d’évaluation. »

S’il a pensé à l’abstention au second tour, Eloi a finalement voté pour Emmanuel Macron :

« Personnellement, je me suis dit qu’entre Macron et Le Pen, je subirai autant. Alors que pour mes amis d’origine étrangère, ce n’est pas la même chose. J’ai donc voté Macron, qui va mener une politique moins discriminatoire. »

Accompagnée de chansons de Renaud comme Société tu m’auras pas ou La Ballade nord-irlandaise (à l’époque où le chanteur n’appelait pas encore à voter pour Emmanuel Macron), la marche se fait dans le calme.

Les insoumis squattent le mouvement

Preuve que le mouvement initié par Jean-Luc Mélenchon a massivement investi cette manifestation : la présence du candidat insoumis Pascal Le Brun. Face au dinosaure politique Jean-Louis Touraine (LREM), cet ingénieur EDF a réuni 40,15% des voix au second tour des législatives dans la 3e circonscription du Rhône.
Aujourd’hui, il fait partie intégrante du « Front social ». A l’entendre, l’ADN de ce mouvement social en devenir serait presque le prolongement de la France insoumise :

« Nous avons notre place ici et nous sommes en phase avec le Front social qui est en train de se créer. C’est un mouvement qui va s’organiser pour continuer et développer le programme de l’Avenir en commun. Les choses ne finissent pas en 2017, elles viennent de commencer. »

Des slogans comme « pas de banquiers dans nos quartiers, pas de quartier pour les banquiers ! » ou « le tour de France contre les ordonnances » sortent d’un mégaphone où un autocollant « loi El Khomri = vie pourrie » est affiché. Si la moyenne d’âge se situe entre 20 et 30 ans, des personnes d’un âge plus avancé participent aussi à l’événement.

Un « ancien » de 75 ans est venu prendre part à la manif. Retraité, Jean-François est présent pour une cause qu’il considère cruciale. « Manifestant depuis mai 68 », l’homme au sourire charmeur et armé d’un appareil photo se sent ici comme un poisson dans l’eau.

Pur insoumis depuis le 1er tour de l’élection présidentielle, il a participé à la campagne d’Elliott Aubin (FI), face au marcheur Thomas Rudigoz :

« S’il est passé au deuxième tour, nous n’y sommes pas pour rien. »

L’une de ses priorités est la création de la 6ème République, ayant la capacité de « changer les règles du jeu », selon Jean-François. « Jusqu’au bout », il poursuivra cette démarche contestataire. Aujourd’hui, il est déjà fier du travail accompli :

« Nous savons que nous avons réinstallé la vraie gauche dans le paysage politique lyonnais. »

Jean-François, insoumis présent à la manifestation du lundi 19 juin organisée par le Front Social place des Terreaux. ©HH/Rue89Lyon

Jean-François, insoumis présent à la manifestation du lundi 19 juin organisée par le Front social place des Terreaux. ©HH/Rue89Lyon

« Manifester pour trouver de nouveaux vecteurs d’engagement »

Après la traversée de la rue Victor Hugo, la manif se termine place Carnot vers 19h45. En guise de conclusion, les marcheurs entonnent L’Internationale avant de se disperser petit à petit.

Une bière à la main, Victoria reste néanmoins encore un peu avec une amie. Âgée de 28 ans, cette monteuse dans le milieu associatif et culturel a été « hyper déçue » de l’engagement politique de ses amis :

« Je trouve qu’il y a eu très peu de mobilisation, et ce résultat n’est pas représentatif de l’envie des Français. »

Si la jeune femme n’a pas une grande expérience dans ces rassemblements, elle dit sentir, de plus en plus, un besoin fort de manifester « pour trouver de nouveaux vecteurs d’engagement ». D’où sa présence ce lundi dans le cortège, avec qui elle partage de nombreuses idées :

« Macron propose un programme qui va nous déshumaniser, la loi travail n’est pas au service de l’être humain. J’ai l’impression que le monde est uniquement construit pour vendre aux plus riches, les favoriser, et conserver des privilèges. »

Victoria, peur de voir les fossés sociaux se creuser de plus en plus, à la manifestation du lundi 19 juin organisée place des Terreaux par le Front Social. ©HH/Rue89Lyon

Victoria, à la manifestation du lundi 19 juin organisée place des Terreaux par le Front Social. ©HH/Rue89Lyon

La monteuse déplore particulièrement la politique culturelle de la Région Auvergne-Rhône-Alpes :

« Laurent Wauquiez a décimé tout le budget du secteur culturel. Et sans la culture, selon moi, le monde va s’écrouler. »

Celle qui, au soir du second tour de l’élection présidentielle, a glissé dans l’urne un bulletin d’Emmanuel Macron accompagné « de petits dessins », est certaine que la rue est devenue « le seul endroit pour avoir de l’influence sur ce qu’il se passe. »

La prochaine réunion publique du collectif du Front Social aura lieu le mercredi 28 juin à 18h à la Bourse du travail. De nouvelles manifestations contre les ordonnances sur la loi travail d’Emmanuel Macron devraient avoir lieu d’ici les prochaines semaines, même si rien n’a encore été officialisé.

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L'AUTEUR
Hugo Harnois
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