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Dans la 14e circo, le marcheur tardif Yves Blein peut miser sur une division de la gauche

actualisé le 02/06/2017 à 14h05

La division de la gauche risque fort de faire capoter la tentative de reconquista de ce territoire urbain par le Parti communiste.

L’actuelle maire PC de Vénissieux, Michèle Picard, aimerait récupérer le fauteuil de son « père politique », André Gerin, qui a lui-même été maire de cette commune et député de la 14ème circonscription pendant 20 ans.

Mais c’était sans compter la « politique nationale » des mélenchonistes qui lui ont collé dans les pattes un candidat France insoumise. C’est le député sortant, le maire de Feyzin, Yves Blein, néo-marcheur et néanmoins toujours membre du PS, qui pourrait en profiter.

En juin 2012, à la suite de l’élection de François Hollande, Yves Blein avait ravi le poste de député de ce bastion communiste.

Confortée par son élection (en deux temps) à la mairie de Vénissieux, Michèle Picard, l’héritière d’André Gerin, s’est tôt lancée dans la reconquête du fauteuil.

Cela s’est d’abord présenté sous les meilleurs auspices : le soir du premier tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon obtenait 30,07% des voix et Emmanuel Macron 21,90 % sur la circo. Mais l’échec des négociations entre le PCF et la France insoumise a rendu difficile une élection qui semblait à la portée de la candidate communiste.

Des communistes « étouffés » par la France insoumise

Dans un précédent article, nous racontions le fossé creusé entre les anciens partenaires du Front de gauche.

D’un côté, le secrétaire départemental du PCF du Rhône accuse la France insoumise de vouloir « étouffer et effacer les autres formations politiques ».
De l’autre, l’un des représentants dans le Rhône de la France insoumise, Andréa Kotarac, prétend vouloir rejeter la « tambouille » passée entre les partis et n’obéit qu’à une négociation au niveau national.

Localement, c’est à Vénissieux que ce discours a eu le plus de mal à passer, même dans les rangs de la France insoumise (FI). Pour (au moins) une raison simple : le Parti de gauche (fondateur de la FI) participe à la majorité municipale de Vénissieux.

Le « groupe d’appui » a voté contre une candidature France insoumise pour laisser le champ libre à Michèle Picard. Mais rien n’y a fait. Le crédo est toujours le même : « la France insoumise mène une campagne nationale pour les Législatives ». Il ne peut donc y avoir d’accords locaux. Fin des discussions.

C’est donc Benjamin Nivard, un inconnu, qui a été investi. Avec un seul mot d’ordre (national) repris dans un communiqué :

« Nos candidats, forts de 30,07% qui ont placé Jean-Luc Mélenchon en tête dans notre circonscription porteront à leur tour L’Avenir en commun, le programme de la France insoumise. »

Suivi du refrain du « dégagisme », particulièrement boursouflé :

« Dans la 14ème, nous chasserons le sortant Yves Blein, député PS calamiteux parmi tous les calamiteux de la place LR, PS, MODEM aujourd’hui reconvertis au macronisme. Tout sourire par devant, ce beau monde nous prépare un avenir de sang et de larmes ».

Michèle Picard essaye de relativiser cette division à la gauche de la gauche :

« Des militants de la France insoumise nous ont rejoints. On avance. Nous faisons une belle campagne. On verra à la fin. »

Affiche de campagne à Vénissieux de la candidate Michèle Picard pour le Parti communiste français. Photo BE/Rue89Lyon

Affiche de campagne à Vénissieux de la candidate Michèle Picard pour le Parti communiste français. © BE/Rue89Lyon

Yves Blein et la « dynamique » Macron

Député sortant socialiste, le maire de Feyzin a naturellement obtenu l’investiture PS. Qu’il a tout aussi naturellement perdue en soutenant Emmanuel Macron à la dernière minute, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle.

Yves Blein s’en explique aujourd’hui :

« Je ne voulais pas qu’on puisse m’accuser d’avoir entravé la primaire et la campagne du candidat socialiste [Benoît Hamon, pour rappel, ndlr] ».

Celui qui se dit toujours « socialiste et fier de l’être » affirme qu’il est adhérent d’En Marche ! « depuis le début » et qu’il partage « la même analyse » que l’ancien ministre de l’Économie.

Pour lui, Emmanuel Macron reste dans les pas de la présidence Hollande « qui a eu le mérite de faire le sale boulot » :

« Dans son programme, il y a beaucoup d’éléments qui s’inscrivent dans la continuité du précédent quinquennat : les allégements de charges pour les entrepriseS, une fiscalité plus juste avec le transfert de cotisations sociales vers la CSG et le prolongement de la réforme du droit du travail ».

Un discours qui en fait le meilleur adversaire de la communiste Michèle Picard, selon elle :

« Au moins, ça a le mérite d’être clair. Yves Blein n’est plus un député de gauche. Macron n’est pas de gauche. La social-démocratie est à droite, avec le Medef ».

La candidate communiste veut également se présenter en opposante résolue :

« Plus il y aura un groupe de députés de gauche important, plus on formera un contre-pouvoir important au gouvernement tutti-frutti (sic) de Macron. »

Après des remous chez les marcheurs suite à l’investiture d’Yves Blein, qui n’incarne pas franchement le renouvellement promis, tout serait rentré dans l’ordre. Le député sortant se montre serein et fait « confiance à la cohérence des Français pour donner une majorité au président élu ».

Affiche de campagne à Vénissieux du candidat Yves Blein sur la 14e circonscription du Rhône. Photo BE/Rue89Lyon

Affiche de campagne à Vénissieux du candidat Yves Blein sur la 14e circonscription du Rhône. Photo BE/Rue89Lyon

Le besoin d’existence du PS, la droite absente et le FN en embuscade

Mais un député de gauche aura d’autant plus de mal à être élu, qu’un candidat PS « hamoniste », Adrien Drioli, se présente finalement. La division s’ajoute donc à la division.

Yves Blein parle de « règlement de compte » orchestré par Benoît Hamon lui-même.

Le député n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour empêcher cette candidature. Thierry Philip, maire du 3ème arrondissement de Lyon et Christiane Demontès, ancienne cheffe de la fédération PS du Rhône, ont organisé une réunion de plusieurs dizaines de militants dans la ville d’Yves Blein. « 62 militants » ont voté contre une candidature socialiste. En vain. Le hamoniste Drioli ne s’est pas soumis à ce vote.

Seul Lotfi Ben Khelifa, le chef de l’opposition PS de Vénissieux, a retiré sa candidature. Car il a envisagé un temps de présenter une autre candidature socialiste. Le vénissian l’avait même officiellement déposée en préfecture. Mais il ne fera pas campagne et a apporté son soutien à Yves Blein.

Le candidat PS, secrétaire de la section de Saint-Priest, officiellement investi par les instances nationales, risque surtout de prendre des voix aux candidats de la France insoumise et du PCF.

Pour la gauche, le grand risque est finalement d’arriver derrière le FN à l’issue du premier tour.

Déjà présent au second tour en 2012, le FN peut encore espérer passer le premier tour, si l’on se base sur les résultats du premier tour de la présidentielle, qui a vu Marine Le Pen arriver en deuxième position, avec 21,1% des voix.

Qui plus est, Damien Monchau, le candidat FN, occupe presque tout l’espace à droite qui n’est officiellement représentée que par le centriste Maurice Iacovella (UDI). Lequel est parti en campagne sans grande force militante.

Le FN espère récupérer une partie des 11,83% des voix qui se sont portées sur François Fillon. Le candidat frontiste reprend le discours les éléments de langage du FN :

« La droite n’a pas simplement abandonné le terrain dans la 14ème. C’est l’idée d’une opposition qui a été abandonnée. Ils nous ont validé ce que nous avons conceptualisé depuis dix ans, l’UMPS. »

Le soir du premier tour, le premier parti sera certainement celui de l’abstention, au vu du traditionnel faible niveau de participation dans cette circonscription. Le troisième ou quatrième candidat risque donc de ne pas réunir les 12,5% des inscrits pour se qualifier pour le second tour. Dans ces conditions, c’est le FN qui pourrait en profiter pour franchir ce cap.

Les candidats aux législatives 2017 sur la 14e circonscription :

Yves Blein (République en marche)
Damien Monchau (Front national)
Benjamin Nivard (France insoumise)
Michèle Picard (Parti communiste français)
Maurice Iacovella (UDI)
Adrien Drioli (Parti socialiste)
Véronique Giromagny (Europe Écologie Les Verts)
Marie-Christine Seemann (Lutte Ouvrière)
Franck Muller (Debout la France)
Yacine El Hassak (UPR)
Saïda Lopez (Mouvement 100 %)
Béatrice Decrept (divers droite)
Yalcin Ayvali (Parti Égalité Justice)
Thierry Dussud (extrême droite)
Valérie Bridon (divers gauche)
Yanis Marcoux
Saida Estival

Les résultats du 1er tour de la présidentielle sur la 14e circonscription (en % des suffrages exprimés)

Jean-Luc Mélenchon 30,07%
Marine Le Pen 21,1%
Emmanuel Macron 21,9%
François Fillon 11,83%
Benoît Hamon 6,75%
Nicolas Dupont-Aignan 3,79%
François Asselineau 1,69%
Philippe Poutou 1,11%
Nathalie Arthaud 0,84%
Jean Lassalle 0,73%
Jacques Cheminade 0,18%

Abstention 30,98% des inscrits
Vote blanc 1,85% des votants

Les résultats du deuxième tour sur la 14e circonscription

Emmanuel Macron 68,89%
Marine Le Pen 31,11%
Abstention 33,64 % des inscrits
Vote blanc 7,73% des votants

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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