Société 

Après Villeurbanne, Lyon crée des écoles “préfiguratrices”

actualisé le 08/09/2016 à 22h03

Pour cette rentrée 2016, les mairies de Villeurbanne et de Lyon ouvrent des écoles provisoires constituées d’un assemblage de préfabriqués. Situées au Gratte-Ciel et à Gerland, ces écoles ont été baptisées « préfiguratrices » pour annoncer la construction de futurs groupes scolaires et tenter de couper court à la polémique.


A Villeurbanne, l’ouverture de l’école « préfiguratrice » sur fond de polémique

A Villeurbanne, l’installation d’une école provisoire a été annoncée au printemps 2015 et validée en mars dernier par la municipalité socialiste.
Une école de sept classes érigée dans l’enceinte du collège des Gratte-Ciel, Môrice-Leroux.

L'école provisoire des Gratte-ciel est située dans l'enceinte du collège du quartier. Capture d'écran Google View

L’école provisoire des Gratte-ciel est située dans l’enceinte du collège du quartier. Capture d’écran Google View

Ces préfabriqués vont accueillir des élèves de maternelle et primaire à deux pas du futur groupe scolaire qui doit prendre la suite de ces Algecos. Il portera d’ailleurs le même nom que l’école provisoire, Rosa Parks.

Au printemps, cette annonce officielle d’une école temporaire a fait polémique, malgré l’idée de communicants de la rebaptiser école « préfiguratrice ».

Un collectif de parents d’élèves du quartier ont d’abord considéré que cette école serait nécessairement au rabais, voire « en carton ». Il l’ont écrit dans un texte publié par Le Progrès.

« Pourquoi, alors que les parents d’élèves demandaient une école depuis plus de dix ans en raison de la surcharge, la mairie a-t-elle ignoré cette demande pour finalement, créer dans l’urgence une école en carton ? Si les Villeurbannais ont pu identifier la surpopulation scolaire, pourquoi n’en a-t-il pas été de même pour l’équipe municipale ? »

Les parents d’élèves dénonçaient le manque d’anticipation de l’actuelle majorité pour faire face à la croissance démographique qui a vu Villeurbanne gagner 6 000 habitants en cinq ans (entre 2008 et 2013). Un argument ensuite repris par des élus de l’opposition lors du conseil municipal de mars dernier où cette construction provisoire a été votée.

Ces élus pointent également « un gaspillage d’argent public » puisque l’opération nécessite un investissement de 1,5 million d’euros.

L’adjoint PS en charge des questions scolaires, Damien Berthilier, répond dans les colonnes du Progrès que l’école « préfiguratrice » ne manquera pas de moyens :

« Des locaux spacieux, décharge d’enseignement, coordonnateur du périscolaire pour six ou sept classes, etc. (…) Nous aurons un vrai projet pédagogique ».


La Ville de Lyon prend les devants pour rattraper le retard

La Ville de Lyon a-t-elle voulu prévenir la polémique qu’a connue Villeurbanne ?
En amont de la rentrée, vendredi 26 août, les journalistes d’abord puis les familles ensuite étaient invités à visiter l’école provisoire du quartier de Gerland.
Une école également qualifiée de « préfiguratrice ». Elle doit ouvrir ce 1er septembre et abriter trois classes de maternelle et deux classes de primaire.

Située rue Clément Marot, à la lisière de la ZAC des Girondins en chantier, l’école provisoire des Girondins (c’est son nom) est composée de trois modules de préfabriqués formant une maternelle, une école élémentaire et un restaurant scolaire.

L'entrée de l'école provisoire des Girondins. ©LB/Rue89Lyon

L’entrée de l’école provisoire des Girondins. ©LB/Rue89Lyon

Les blocs ont été disposés autour d’une cour et de deux préaux. Pour éviter le côté « baraques de chantier », des arbres en pot ont été disposés sur le bitume et une pelouse synthétique recouvrira le sol des préaux. Le respect de l’environnement n’est évidemment pas le fort de cette école qui se rafraîchit ou se chauffera à la climatisation réversible.

Le double préau de l'école provisoire des Girondins. ©LB/Rue89Lyon

Le double préau de l’école provisoire des Girondins. ©LB/Rue89Lyon

Et à la rentrée suivante, en 2017, cinq classes supplémentaires pourraient être aménagées dans un étage.

A l’intérieur, le mobilier sera celui de l’école définitive qui doit ouvrir à la rentrée 2019. Et dans cette future école, on retrouvera la même équipe pédagogique et les mêmes élèves qui seront transférés à ce moment là.

Ces élèves auraient été scolarisés dans les écoles du quartier qui commençaient à être surchargées.

L'intérieur d'une des classes de maternelle de l'école provisoire des Girondins. ©LB/Rue89Lyon

L’intérieur d’une des classes de maternelle de l’école provisoire des Girondins. ©LB/Rue89Lyon


Comment anticiper la croissance démographique d’un quartier ?

Construire une école provisoire en préfabriqués relève soit d’un manque d’anticipation dans la planification urbaine, soit de difficultés opérationnelles.

Lyon, comme Villeurbanne, connait une forte croissance démographique. Le 7ème arrondissement à lui seul a enregistré une augmentation de 8 000 habitants entre 2009 et 2014 (dont 6 000 pour le quartier de Gerland; environ + 25 000 pour Lyon).
A terme, Gerland pourrait compter 40 000 personnes en 2020, dans un quartier en pleine transformation qui voit se multiplier les opérations immobilières.

Dans cette perspective, la collectivité (ici la Métropole de Lyon) envisage la ZAC des Girondins, comme un nouveau « cœur de quartier » (lire notre dossier sur le sujet).
Ce qui explique que cette partie centrale du quartier fasse l’objet d’une opération particulière, sous forme de Zone d’aménagement concertée ou ZAC qui permet à la collectivité de mieux planifier équipements publics et programmes privés.

Et dans le dossier de la ZAC des Girondins déposé en 2013, qui fait suite à la ZAC Bon Lait en face, était programmée une école de 18 classes à l’angle du Boulevard Yves Farge et de la rue Pré Gaudry.
Selon l’adjointe PS à l’éducation, Anne Brugnera, cette école (des Girondins donc) devait ouvrir à la rentrée 2016 ou 2017 et permettre d’absorber les enfants des nouveaux arrivants.

Si l’on en croit l’adjointe, la Ville de Lyon aurait donc suffisamment anticipé la forte croissance démographique.

Toujours selon la mairie centrale, c’est l’aménageur de la ZAC, la SERL, qui a été confronté à deux problèmes opérationnels expliquant ce retard :

  • la présence d’un squat dans l’immeuble à démolir. Lequel squat avait été maintenu par le préfet de l’époque pour l’hiver 2014/2015
  • l’Etat qui a mis du temps à céder ce terrain qui abritait initialement des logements pour les gendarmes.

Dans ce contexte, la Ville de Lyon a décidé au début de l’année 2015 de créer cette école provisoire des Girondins.

Entre 1 et 2 millions d’euros supplémentaires pour une école en préfabriqués

Le très jeune 7ème arrondissement

Si le 7ème arrondissement de Lyon était une commune indépendante, ce serait la plus jeune commune de la grande région lyonnaise. C’était l’un des enseignements de notre appli « quelle ville est faite pour vous ? ».

Résultat, à Lyon comme à Villeurbanne, les municipalités ont dû réaliser des investissements supplémentaires dans ces écoles provisoires.
Pour les préfabriqués des Girondins, il en coûte 1 million d’euros investi dès l’ouverture. Avec un coût total estimé à 2,1 millions d’ici 2019.

Et la Ville de Lyon va continuer à sortir le carnet de chèques.
Une autre école « préfiguratrice » sera ouverte à la rentrée 2017 dans un autre secteur en tension, le quartier de Vaise (9ème arrondissement). Les préfabriqués seront situés dans le parc Montel.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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