Société 

Le voile religieux dans les salles de sport, une question remise sur la table à Lyon

actualisé le 24/03/2016 à 21h08

Alors que le groupe de salles de sport L’Appart Fitness, principalement déployées dans l’agglo de Lyon, était ce lundi en pleine opération de communication sur son développement économique, SOS Racisme a annoncé vouloir porter plainte contre son règlement intérieur. Il interdit « tout couvre-chef » aux usagers, voile religieux compris.

Par Mélany Marfella et Dalya Daoud

Capture d'écran du site Internet de L'Appart fitness.

Capture d’écran du site Internet de L’Appart fitness.

« C’est une femme qui nous a alertés », raconte Jeanne Allaire, juriste pour « Agir pour l’égalité-SOS Racisme », devant la presse locale. Musulmane, elle dit s’être fait refuser à l’entrée d’un certain nombre de salles de sports, à cause de son voile.

Après plusieurs signalements, « au moins quatre » et qui ne concerneraient pas tous L’Appart, l’association anti-raciste a entrepris de vérifier sur le terrain, via un testing. Dans la ligne de mire, deux salles du groupe L’Appart Fitness, celles de Bellecour (Lyon 2è) et d’Opéra (Lyon 1er).

Menée dans l’après-midi du 12 février 2016, l’opération de test s’est révélée « probante » selon l’association. Trois femmes – l’une portant le voile, une autre « d’apparence maghrébine » et sans voile, puis une autre encore « d’apparence européenne »- ont tenté d’accéder aux deux salles de fitness.

A chaque fois, la femme qui portait le voile s’est vue refuser l’accès à la salle, à moins de remplacer son foulard par un « bonnet » ou un « bandana discret ». Raison principale, avancée dans le règlement intérieur de L’Appart Fitness : la question de la sécurité.

« Faire évoluer les pratiques »

« L’interdiction des couvre-chefs n’est-elle pas une mesure indirecte pour interdire le port du voile dans un espace censé être ouvert au public ? Est-ce qu’on veut qu’il y ait des salles de sports pour femmes voilées ? », se demande Loïc Rigaud porte-parole de SOS Racisme.

L’association compte déposer plainte pour « mesures discriminatoires » contenues dans le règlement intérieur de L’Appart, spécifiquement ce 21 mars, date de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

Pour les militants associatifs, qui s’appuient notamment sur un précédent, la condamnation d’un dirigeant de salle de sport à Thionville, il s’agit avant tout de « faire évoluer ces pratiques dans l’agglomération lyonnaise ».

Joint par Rue89Lyon, Patrick Mazerot estime être devant un « vrai malentendu ». Le PDG et fondateur de L’Appart se trouvait ce lundi au salon des franchisés pour raconter la success story à la lyonnaise de son concept de salles de fitness (32 établissements ouverts dont 25 en franchise ; 18 ouvertures prévues d’ici cet été et 25 d’ici 2016).

A la tête de salles de fitness depuis 19 ans, il explique n’avoir « jamais eu aucun problème de racisme ou de discrimination » et s’occuper « justement en ce moment de la question du voile ».

© Mélany Marfella/Rue89Lyon

© Mélany Marfella/Rue89Lyon

Un « voile technique en lycra »

La société L’Appart n’a pas été informée du testing réalisé en février dernier, mais elle se trouve déjà « en discussion » avec une femme voilée. Après s’être vue refuser l’entrée d’une des salles de l’agglomération lyonnaise, celle-ci avait fait appel au Collectif contre l’islamophobie pour protester contre le règlement intérieur de l’enseigne.

Une médiation a eu lieu le 10 février 2016, au tribunal d’instance de Villeurbanne, à l’occasion de laquelle Patrick Mazerot a proposé au représentant du Défenseur des droits des solutions à mettre en place :

« Nous avons fait un travail colossal pour savoir ce qui est préconisé par les fédérations sportives sur le port du voile, et ce n’était pas simple car c’est un sujet qu’elles n’aiment pas du tout aborder, explique-t-il. Nous avons donc décidé de travailler sur la possibilité de proposer dans nos salles un voile en lycra, qui dégage les yeux et n’obstrue pas la vision latérale, avec un scratch plus sécurisant si le voile se prend dans une machine. »

Alors pourquoi ce 12 février, lors du testing de Agir pour l’égalité-SOS Racisme, la jeune femme a-t-elle été refusée avec son voile ? Pourquoi lui a-t-on suggéré de le remplacer par un « bonnet » ou un « bandana discret » ?

« Notre décision de proposer un voile technique adapté au sport a été prise le 10 février, à l’issue de notre médiation avec le défenseur des droits. Ce n’était donc que deux jours avant ce testing. Dans les différentes salles, l’information avait déjà commencé à à circuler sur le fait que nous travaillions à des solutions pour un couvre-chef adapté. Les employés ont pu interpréter à leur façon ce projet de proposer bientôt des voiles, ils ont sans doute voulu proposer des alternatives aux clientes. »

Pour ne plus se retrouver dans une situation qui place le groupe L’Appart dans l’oeil du cyclone et en attendant qu’un voile technique en lycra soit proposé à la vente dans les salles de fitness, Patrick Mazerot assure que les femmes sont désormais reçues avec leur propre voile. « Dès lors qu’il permet bien la vue latérale et qu’il est maintenu dans le t-shirt ».

 

 

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