Appartement 16
  • 13:21
  • 29 décembre 2014
  • par Guillaume Bernard

A défaut de transports en commun lyonnais gratuits, le choix de la fraude

8126 visites | 23 commentaires

De Lyon où le ticket est l’un des plus chers de France à Aubagne où les transports en commun sont gratuits, l’enquête satirique « Le coût du ticket et le prix de la fraude » d’Olivier Minot, sur France culture, pose la question de rendre les transports en commun lyonnais (TCL) gratuits et imagine même la fraude comme solution… provisoire.


Le constat est là : la fraude dans les transports en communs n’est pas un acte occasionnel et marginal. De nombreuses personnes la pratiquent régulièrement, préférant payer une amende de temps en temps plutôt qu’un abonnement au mois ou à l’année.

A Paris et à Lille, se développent même depuis quelques années des mutuelles de fraudeurs. Mathieu, familier de ce système, en explique le fonctionnement dans le reportage : les adhérents mettent chaque mois cinq euros dans une cagnotte qui permettra de payer les amendes de chacun. Ce fraudeur revendiqué déclare même que certains mois, la mutuelle est tellement « riche » que les cotisations des adhérents sont suspendues.

Ces fraudeurs ont également développé un système de prévention des contrôles par texto: dès qu’un contrôleur est repéré, un texto est envoyé à un membre du groupe qui les centralise et les diffuse aux autres. A Lyon, l’application « Un ticket! » qui permettait aux usagers de savoir où étaient les contrôleurs a été retirée peu de mois après son lancement en 2011.

Image tirée du film « Il est génial Papy ! » de Michel Drach, avec Guy Bedos.

Image tirée du film « Il est génial Papy ! » de Michel Drach, avec Guy Bedos.

La gratuité est-elle une solution sérieuse?

Face à cette fraude, deux solutions existent : renforcer encore et toujours les dispositifs de contrôle ou passer à la gratuité.

En France certaines villes moyennes comme Aubagne, Compiègne, Manosque ou encore Castres pratiquent déjà la gratuité en matière de transports en commun. Mais elles ne disposent pas de métros et bien rarement de tramways et ne sont donc pas comparables à l’agglomération lyonnaise.

Mais qu’est-ce que la gratuité sinon une hausse des dépenses publiques dirons certains? Dans une société en « crise économique », la perspective d’augmenter ces dépenses en refroidira plus d’un.

Or, le simple fait de supprimer tous les dispositifs de contrôles présents dans le TCL, entraînerait des économies considérables. Alors, qu’est-ce qui est le plus coûteux entre payer des dispositifs de contrôle et renoncer aux recettes que représentent les tickets et les abonnements ? Le calcul est à faire.

D’après Olivier Minot la gratuité du TCL n’augmenterait pas les dépenses publiques :

« A Lyon la vente des tickets et des abonnements représente 30% des recettes soit environ 200 millions d’euros. Or si on additionne le coût de la commercialisation, la billettique avec les cartes à puce, les machines et leur entretien, ainsi que tout le coût de la lutte contre la fraude, la com’ qui va avec, et pourquoi pas la vidéosurveillance, on arrive au même montant à 10 millions d’euros près.

Cette différence de 10 millions d’euros pourrait être compensée par une minime hausse des versements transports des entreprises qui s’y retrouveraient puisqu’elles n’auraient plus à rembourser la moitié du prix des abonnements de leurs salariés ».

Metrologif par François Sola, à la station Mermoz-Pinel.

Metrologif par François Sola, à la station Mermoz-Pinel.

« Tout ce qui est gratuit n’a plus de valeur »

Bernard Rivalta, président PS du Sytral, de Vénissieux s’oppose fermement à l’action des fraudeurs et à ce doux rêve de gratuité, il déclare dans le reportage :

« Le fraudeur manque de culture collective, il oublie que ne pas payer va impacter ceux qui payent (…) Il faudrait apprendre aux gens à maîtriser leurs déplacements : quand ils n’ont pas beaucoup de moyens il faut qu’ils ne se déplacent que dans la mesure où ils en ont besoin et non pas uniquement parce qu’ils en ont envie. »

Bernard-Rivalta-président-du-Sytral-2001-CC-Marcos-quinones.jpg

Bernard Rivalta, président du Sytral. Crédit : Marcos Quinones

Et lorsqu’on lui demande pourquoi les TCL ne sont pas gratuits, il répond :

« Tout ce qui est gratuit n’a plus de valeur, c’est d’ailleurs comme ça que l’URSS a coulé (…).

Non je ne suis pas favorable à la gratuité. Pourquoi ferait-on des transports en commun gratuits, pourquoi ne ferait-on pas le litre d’essence gratuit ? Le vélo gratuit ? Pourquoi ne ferait-on pas tout le reste gratuit ? »

La gratuité n’est donc pas à l’ordre du jour au Sytral ; elle n’a été mise en place une seule fois en 2014, lors d’un pic de pollution et en pleine campagne électorale municipale.


Partager cet article


Soutenez Rue89Lyon Vous avez apprécié cet article ?
Abonnez-vous pour que Rue89Lyon puisse
en produire d'autres et plus.

Publicité

À vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 characters available

23 Commentaires postés

  1. Super article. L’idéaliste que je suis s’emballe quand je lis que la gratuité est envisageable car elle est à peine plus chère que le coût du contrôle et de la billetterie. Par contre je suis « consterné » par les propos de Rivalta, comment un type aussi peu concerné par l’intérêt public peut-il « gérer  » un tel équipement( je viens d’arriver sur Lyon, je ne connais pas son histoire).
    -En gros que les pauvres restent chez eux, fini la culture et la vie sociale. Le « Progrès » nous amène vers un monde sans travail, n’y aurait il que les chanceux qui trouvent un travail qui aurait le droit de prendre les TCL?
    -La chute de l’URSS à cause de la gratuité? là on tombe dans le délire, il oublie les « vertus » de la Dictature avec justement l’abandon des valeurs comme l’accès à la culture et la Libre vie sociale.
    En conclusion il pose la question de la gratuité générale de la vie, il ne s’en rend pas compte, mais c’est la seule chose intelligente qu’il ait dit. (Mécanisation,Informatisation et robotisation rendent possible un monde ou le cout de fabrication est plus faible que son cout de diffusion, publicité logistique)

  2. Les Berrichons de Châteauroux se déplacent gratuitement en transport en commun depuis plus de 10 ans déjà, tout ça, dans une municipalité depuis le même temps, de droite. Certes, il n’y a pas de lignes de métro et les usagers ne payaient « que » 14% des coûts de transport via les billets. Avec une petite augmentation de la taxe transport des entreprises de l’ordre de 0.5% prélevée à partir de 2002, cela fonctionne toujours.
    Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/10/19/a-chateauroux-le-pari-risque-de-la-gratuite-des-bus_1774971_3234.html

  3. je vais au moins une fois par mois à Gap par le train et je me déplace dans la ville en transports en commun gratuits. Pourtant, Gap est gérée par une municipalité de droite …
    Supprimer la fabrication des tickets, les machines à poinçonner, les salaires des contrôleurs … ce serait vraiment le top, mais il faut retrouver du travail à toutes celles et à tous ceux qui travaillent dans ce secteur … ce doit être faisable … l’imagination au pouvoir 😉

  4. Vous devez connaître le proverbe pourtant : quand c’est gratuit, c’est que quelqu’un d’autre paye pour vous !

    Je ne suis pas fan de la gratuité des transports. Parce que oui, on a tendance à plus prendre soin des véhicules dans lesquels on voyage quand on a payé son passage.

    De plus, le caractère payant permet une plus large autonomie financière de la régie, ce qui facilite les extensions du réseau. Des lignes de tram en plus, un métro rallongé, c’est plus facile à financer en payant ses voyages qu’en taxant les entreprises ou les particuliers.

    • Je pense que les personnes qui respectent un matériel dont elle ont « acheté » ou « loué » l’usage le respecteront tout autant s’il devient gratuit. Par contre, la gratuité entraînerait une plus grande affluence, donc plus de cas de détérioration même si la proportion d’actes de vandalisme reste la même par rapport au nombre d’usagers. « Enfin, j’me comprends » comme dirait l’autre.

    • Détrompe toi, la mentalité française est ainsi faite que quand on paye on à l’impression de s’octroyer tout les droits.
      Je dis ça parce que devant un certains nombre d’incivilité dont j’ai été témoin j’ai eu droit comme réponse acerbe un : « J’ai payé ma place, ça sert à ça. »

  5. le problème de la gratuité ne se poserait même pas si nous avions un réseau TCL compétent, intelligent, sûr, et égalitaire.

    le rapport qualité prix n’y est pas du tout !
    les TCL c’est extrêmement cher pour ce que c’est.

    cela me choque que Lyon en tant que grande ville française internationalement connu et reconnu n’est pas de transport en commun qui fonctionne la nuit
    et ne venez pas me parler des lignes dite « pleine Lune » car niveau blague pas drôle c’est le pompon.
    4 lignes fonctionnant exclusivement les jeudis, vendredis et samedis qui pars a 1h, 2h, 3h et 4h et ce bien entendu qu’une partie de l’année. le reste tu peux crever.

    un réseau dépourvu de wifi public dans les stations et d’accès aux réseaux téléphonique dans le métro. car Mr Collomb l’avaient soit disant promis ! on attend toujours.

    je ne parles pas non plus des retards constant aux justifications douteuses. ça ne s’arrange pas cela s’empire.
    pas étonnant que l’on reçoivent une carte cadeau de 20euros de la part du SYTRAL quand on se plaint d’être arriver en retard au travail a cause d’un bus qui n’est jamais venu. ils savent que c’est le bordel complet

    je ne vais même pas m’étaler sur le rôles des contrôleurs qui se prennent pour des cow-boy a ok corail investi d’un mission. les Lyonnais savent de quoi je parles suffit juste de les voir travailler et surtout interpeller.
    quand ils ne jouent pas a qui a la plus grosse certains vont dans des bars et contrôle des cartes déclaré perdu pour faire leur quotas quotidien.

    BREF les TCL c’est la grosse blague Lyonnaise qui ne sert que ces dirigeant qui n’ont pas fini d’en demander plus
    l’appât du gain c’est tellement bon

  6. Chers « amis » pauvres :
    RESTEZ A VOTRE PLACE !
    NE FAITES PAS DE VAGUES !
    ET SURTOUT APPRENEZ A RESTREINDRE VOS ENVIES !

    BERNARD RIVALTAT président PS du SYTRAL de VENISSIEUX ,SOCIALISTE et donc,en principe…
    HOMME DE GAUCHE, enfin je crois…(on ne sait plus très bien maintenant… !)
    Semble préférer s’attaquer aux pauvres plutot qu’à la pauvreté (c’est dans l’air du temps… Il parait !) et se soucie apparemment autant des articles 13 et 25 de la DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME que de la JUSTICE SOCIALE !!!!
    ça aussi apparemment c’est dans l’air du temps !
    HELAS !!!!!!!!

  7. comment un mec pareil peut se retrouver président du Sytral ?
    vivement qu’il dégage

  8. « Gratuits » qu’on accepte ou non l’idée, il faut à un moment donner payer le service. Ce service n’est pas intégralement impacté sur le prix du billet. Le reste l’est sur les impôts locaux (progressifs) alors cessons ce genre de débats stériles, la note finit toujours par arriver. Il est normal que l’utilisateur d’un service le paye. Le contraire amène à une société où tout est dû sans que personne ne prenne conscience du coût des choses.

    • je serais heureux de savoir combien gagne ces chers dirigeant sur notre dos

      l’aumetation du ticket aura une repecrusion sur nous usagé mais surtout sur eux dirigeant

      qui dit rentré d’argent dit bénéfice et bon on sait tous ce qu’advient des bénéfices

      • Arrêtez de raconter n’importe quoi, tout le monde sait que le déficit du sytral s’aggrave d’année en année, il n’y a pas de bénéfices. Ils sont incapables de tourner à l’équilibre avec un système payant, et certains parlent de « gratuité » (= faire davantage payer les contribuables).

        • si li arrive a se payer c’est que l’argent rentre plutôt bien.

          si ils réduisaient le nombre de personnes haut placé touchant le pactole et qui ne servent a rien

          voila comme trouver des économies

    • La société a toujours décidé de ce qu’elle finançait pour les autres et ces initiatives peuvent être publiques comme privées. La télévision privée est gratuite : vous la payez avec votre temps de cerveau disponible. L’espace public est gratuit, on le paye avec nos impôts (et la confection des routes, des trottoirs, de la voirie nous coûte chère… Rien n’est effectivement gratuit, il y a toujours quelqu’un qui paye. Mais la société fait des choix pour savoir qui paye et comment. Plus que la gratuité, l’enjeu est de définir, collectivement, ce qui tient des biens communs, du bien public, de l’intérêt de tous. Les services d’urgence, les sapeurs-pompiers sont gratuits pour l’usager… L’école publique est gratuite est-ce que cela fait une société où tout nous est dû ? Je ne crois pas. L’argument du « parce que c’est gratuit n’a pas de valeur », n’est qu’un argument rhétorique de libéraux qui pensent que la société n’est qu’une somme d’individus isolés. Ils en oublient que nous sommes libres de faire des choix collectifs. Si nous pensons que le transport collectif est plus important que le transport individuel (plus responsable, plus écologique, plus économique), alors la société devrait pousser pour qu’il soit gratuit ou le moins cher possible. Et ça ne concerne pas que le bus ou le métro. On devrait aussi y ajouter le transport par rail. 😉

  9. Rivalta est consternant et pathétique; c’est l’archétype du politique que l’on devrait mettre en vitrine au musée des Confluences à côté des animaux empaillés, un dinosaure !

  10. Putain mais allez travailler merde ! j’ai pas de diplôme, j’ai arreté l’écolé en 4e. j’ai 24 ans et j’enchaine les petit boulots depuis 5 ans, quitte a faire la vaisselle ,le menage, le manar sur un chantier, le matin j’me lève et j’vais bouger bon cul, je passe pas mes journées dans les pmu et sur ma play a fumer des tubes. en 5 ans j’ai pas travailler peu être 5 mois et volontairement pour prendre des vacances et faire deux trois chantiers au black. Du job y’en a, arreter de dire que non. Et 60 euros quand tu travaille 120 à 160 heures par mois c’est vraiment rien. Même en faisant les petits boulots qu’on te propose. Que ca te plaise ou non.

  11. M; Rivalta n’est pas favorable à la gratuité ,lui que se fait vehiculer gratuitement par un chauffeur du Conseil Général du Rhône pour ses déplacements. Ne pas donner à aut
    rui ce que la sociètée me donne.