Appartement 16
  • 21:30
  • 18 août 2014
  • par Clémence Delarbre

Jeux vidéo, café-restau et ambiance cosy : la bibliothèque deviendra un « troisième lieu »

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La fréquentation des bibliothèques est en baisse. Le constat est sans appel. Pour redorer leur blason et attirer les foules, certaines municipalités misent sur la mixité des activités. La bibliothèque n’est alors plus ce temple dédié aux livres, parfois un peu vieillot, mais un « troisième lieu » ou « tiers-lieu » où se mêlent livres, cours de langues, café-restau ou même jeux vidéos.

A l’occasion du Congrès mondial des bibliothèques qui se tient à Lyon, Rue89Lyon continue son exploration de la bibliothèque du futur.

La bibliothèque d'Amsterdam est un exemple en matière de bibliothèque tiers-lieu. Capture d'écran sur le site bbf.

La bibliothèque d’Amsterdam est un exemple en matière de bibliothèque « tiers-lieu ». Capture d’écran sur le site de l’ENSSIB.

Couleurs flashy, sièges moelleux, aire destinée aux jeux vidéo, studios pour la musique, ordinateurs omniprésents… Bienvenue dans l’OBA (Openbare Bibliotheek van Amsterdam). Ici, le cadre souvent austère et silencieux des établissements traditionnels a disparu, place à un nouveau concept, la bibliothèque « tiers-lieu » qui se veut la pointe de la modernité.

Et le public aime. Avec ses 5 200 visiteurs par jour en moyenne qui se pressent entre ses murs, cet établissement nouvelle génération fait des envieux.

Le concept de « troisième lieu » qu’est ce que c’est ?

Créé dans les années 80 par le sociologue américain Ray Oldenburg, le concept de « troisième lieu »‘ ou « tiers-lieu » s’applique à un endroit public dédié à la vie sociale où les personnes peuvent se rencontrer facilement. Cet espace se distingue du premier lieu qui correspond au foyer, et du deuxième lieu qui lui s’applique au travail. Le « tiers-lieu » est un espace neutre, ouvert à tous, où l’on se sent bien et qui propose une multitude de services en adéquation avec les besoins de la population.

Car cette affluence, nombre de bibliothèques ne la connaissent pas.

Les visites sont moins nombreuses et les prêts déclinent.

Dans les années 75-76, le volume moyen d’ouvrages empruntés par personne était de 11,47. En 2002-2003, il avait diminué de moitié. Des chiffres inquiétants cités par Mathilde Servet, conservateur et chef du projet numérisation à la Bibliothèque Nationale de France, dans son mémoire de fin d’étude de l’ENSSIB.

Devenue l’une des expertes françaises de la bibliothèque « tiers-lieu », Mathilde Servet n’y va pas avec le dos de la cuillère, en nous déclarant :

« Si l’on continue à faire que du livre sur du rayonnage, c’est mort ».

La bibliothèque « troisième lieu » : une solution d’avenir ?

Dans les bibliothèques "tiers-lieu", le design tient une place prépondérante dans l'agencement. Ici à Delft, au Pays-Bas. Capture d'écran du site flickr.com

Dans les bibliothèques « tiers-lieu », le design tient une place prépondérante dans l’agencement. Ici à Delft, au Pays-Bas. Capture d’écran du site flickr.com

Le Congrès mondial des bibliothèques à Lyon

Cette année, et après 25 ans d’absence en France, le congrès de l’IFLA (International fédération of library association) a lieu à Lyon du 16 au 22 août au Palais des congrès. Créée en 1927, l’IFLA a pour mission de « représenter et défendre les intérêts des bibliothèques dans le monde entier ». A Lyon, de nombreuses conférences sont organisés autour du thème « Bibliothèques, Citoyenneté, Société : une confluence vers la connaissance ». Mais pas seulement. Sera également promulguée la « Déclaration de Lyon sur l’accès à l’information et au développement » qui mettra notamment en avant le rôle des bibliothèques dans l’accès à l’information. Cette « déclaration de Lyon devrait être présentée à l’ONU en septembre prochain.

> A l’occasion du 80e congrès de l’IFLA, Rue89Lyon vous propose une série d’articles sur la bibliothèque de demain, en partenariat avec l’Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation (Arald).

La solution ? Repenser intégralement la bibliothèque. Les étagères remplies de bouquins ont certes toujours leur place, mais les établissements nouvelle génération ne doivent plus se résumer qu’à ça. Désormais, la bibliothèque devrait être vue comme un espace de rencontre pour la population et non plus comme un simple lieu de lecture silencieuse.

Salle de spectacle, de conférence, auditorium, cours de cuisine, de langues ou encore cafétéria, cette bibliothèque du futur, « tiers-lieu », doit être pensée comme un véritable espace culturel, explique Mathilde Servet :

« Il faut que la bibliothèque redevienne le point d’ancrage de la société où la population aime se rencontrer. Pour cela, le livre doit rester au cœur de ces établissements, mais à côté, des services annexes doivent être mis en place pour répondre au mieux aux attentes des usagers. »

Finies donc les collections entières de livres quasiment jamais empruntées. Les bouquins ainsi que les services proposés doivent désormais être en adéquation avec les besoins de la population.

C’est pourquoi l’OBA d’Amsterdam propose des cours de langues pour compléter ses méthodes disponibles sur les rayons ainsi qu’une aide spécifique dédiée à la recherche d’emploi. Les enfants ne sont pas en reste avec une aire de jeux vidéo (exclusivement éducatifs pour l’instant) leur est destinée. Des studios pour jouer de la musique ont été mis en place.

Un living room où l’on se sent bien

Une des caractéristiques des bibliothèques tiers-lieu est son intérieur très cosy et confortable. Capture d'écran  equipement.paris.fr

Une des caractéristiques des bibliothèques tiers-lieu est son intérieur très cosy et confortable. Ici, la bibliothèque Louise Michel à Paris. Capture d’écran equipement.paris.fr

En plus de ces activités nouvelles proposées, c’est tout l’aspect physique de la bibliothèque qui doit changer. Plus qu’hier, le design tient une place centrale dans la conception de ces bibliothèques.

Pour être un espace de « vivre ensemble », ces établissements sont pensés comme des lieux chaleureux et confortables qui poussent l’usager à rester. Ainsi, les épaisses moquettes de la bibliothèque de Rotterdam procurent une impression de confort, « comme à la maison ». Idem pour les imposants fauteuils de la bibliothèque de Delft au Pays-Bas dans lesquels le visiteur peut confortablement s’installer.

Également, l’aménagement de l’espace en différentes zones permet à chacun de trouver davantage son bonheur. L’aménagement se fait en suivant deux directions :

  • les espaces sont pensés selon les pratiques : lecture, étude, musique, jeux vidéo, etc…
  • ou selon les ambiances souhaitées : espaces silencieux, aires d’apprentissage où les bruits de fond sont tolérés ou encore zone de sociabilisation comprenant par exemple un café.

Le « tiers-lieu » débarque progressivement en France

En France, la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges est un exemple en la matière de bibliothèque tiers-lieu. Elle fait partie des monuments incontournables de la ville. Capture d'écran du site panomario.com

En France, la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges est un exemple en la matière de bibliothèque tiers-lieu. Elle fait partie des monuments incontournables de la ville. Capture d’écran du site panomario.com

Essentiellement présentes dans les pays nordiques, anglo-saxons et au Pays-Bas, ces bibliothèques nouvelle génération, apparaissent petit à petit en France. La bibliothèque francophone multimédia de Limoges en est un exemple. Avec un auditorium, des salles de réunions ou une riche programmation autours de l’Arménie bâtie en collaboration avec les usagers, ce bâtiment est devenu un des « espaces citoyens » de la ville de Limoges.

Idem pour la petite bibliothèque Louise Michel à Paris, « petit poumon humain et culturel de ce quartier » de Paris selon Mathilde Servet. Son intérieur chaleureux a été spécialement aménagé pour les familles :

« Dans cet établissement, il y a une mixité sociale qui n’existe nulle par ailleurs ».

Le café-bibliothèque des campagnes

Dans les campagnes, ce concept de « tiers-lieu » semble également opérant. Fini le bar-tabac, place au café-bibliothèque. Ainsi à Chabrillan, village de 700 habitants de la vallée de la Drôme, la municipalité a racheté la licence IV du café qui fermait. C’était en 2007. La maire de l’époque a eu l’idée de coupler le café à une bibliothèque qui jusque là absente de la commune.

Ainsi est né le « Café-bibliothèque », grâce aux fonds de l’Etat, de l’Europe et du conseil général de la Drôme, dans une ancienne bâtisse de ce village perchée.

Au rez-de-chaussée, se trouve, sous un plafond vouté, le café où l’on vient boire un café ou un pastis. Et sur trois étages, les livres choisis par l’association qui gère la bibliothèque.

CafeBibliotheque-Chabrillan

L’entrée du Café-Bibliothèque du petit village de Chabrillan, dans la Drôme. ©Rue89Lyon

Trop d’activités proposées : un danger ?

A force de proposer toujours plus d’activités, la bibliothèque n’en perdrait-elle pas son esprit premier ? Non répond Mathilde Servet, à condition que les activités proposées restent en adéquation avec les demandes de la population avoisinante. Selon elle, cette multiplication de services permet tout simplement d’attirer plus de personnes, de culture et d’horizon différents :

« Il faut désacraliser la bibliothèque, ça ne doit plus être un lieu simplement réservé à une élite, mais un véritable espace culturel pour tout le monde. »

Alors qu’en France seulement 17 % de la population d’une ville fréquente sa bibliothèque, en Finlande, pays adepte des espaces « tiers-lieu », ils sont près de 55 %. Idem en Angleterre, où le changement des établissements traditionnels en Idea Stores a fait augmenter les prêts de 26 % et le nombre de visiteurs à plus… 240 % ! Preuve que les bibliothèques « tiers-lieu » ont certainement de l’avenir.


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3 Commentaires postés

  1. *Trop d’activités proposée

    Proposées, la grammaire s’applique aussi aux titres 😉

    Si l’Angleterre a une fréquentation plus forte, elle a aussi fait fermer un tiers de ses bibliothèques dans les dernières années… Un Idea store clinquant ne remplacera pas les bibliothèques de proximité.

    La notion de tiers lieu a fait long feu en bibliothèque. Si l’idée de base (rendre les bibliothèque accueillante) est relativement évidente et ne nécessite pas d’invoquer Oldenburg, ça a surtout été un gros moment de buzz dont on ne parle plus forcément.

    L’erreur (à mes yeux) consiste surtout à dire que le futur, c’est ça ou rien. Non pas tant que le ça soit le troisième lieu mais, d’une manière générale, il n’y a pas un modèle unique et un futur unique pour les bibliothèque. Si quelque part le troisième lieu peut être pertinent, ailleurs ce sera quelque chose de beaucoup plus rigoureux. Une bibliothèque municipale de quartier n’a pas les mêmes missions, les mêmes publics et les mêmes collections qu’une bibliothèque de quartier ; une bibliothèque d’une grande ville comme Lyon n’a pas à appliquer la même recette qu’une bibliothèque d’une petite commune isolée, etc.

    Ce qui compte c’est d’être adapté à son public (et d’appliquer la politique décidée par les élus), ce n’est pas d’appliquer à toute force une panacée illusoire…

  2. Au Cameroun, il semblerait qu’on n’ait pas attendu un mémoire de conservateur français pour se sortir les pouces :

    http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Le-metier-de-bibliothecaire-se-reinvente-dans-les-pays-emergents-2014-08-19-1193720

    🙂

  3. « Jeux vidéos » est une faute d’orthographe, on écrit toujours « jeux vidéo », sans « s » à « vidéo ».

    Bonne initiative de ces bibliothèques, quoi que « les médiathèques » n’aient rien de nouveau en soi.