Appartement 16

La bibliothèque du futur sera-t-elle sans livre ?

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Déambuler entre les étagères, prendre le temps de bouquiner, feuilleter… Cette vision classique de la bibliothèque pourrait bientôt être révolue. Car soucieuses de s’adapter aux évolutions de la société, les bibliothèques sont en train de changer. Au point même, pour certaines, de ne plus proposer un seul livre papier. A l’occasion du Congrès mondial des bibliothèques qui se tient à Lyon, Rue89Lyon se fait futurologue.

Avec ses rangées d'ordinateurs, la bibliotech du Texas semble bien loin des bibliothèques traditionnelles. Capture d'écran du site 11alive.com

Avec ses rangées d’ordinateurs, la bibliotech du Texas semble bien loin des bibliothèques traditionnelles. Capture d’écran du site 11alive.com

Le Congrès mondial des bibliothèques à Lyon

Cette année, et après 25 ans d’absence en France, le congrès de l’IFLA (International fédération of library association) a lieu à Lyon du 16 au 22 août au Palais des congrès. Créée en 1927, l’IFLA a pour mission de « représenter et défendre les intérêts des bibliothèques dans le monde entier ». A Lyon, de nombreuses conférences sont organisés autour du thème « Bibliothèques, Citoyenneté, Société : une confluence vers la connaissance ». Mais pas seulement. Sera également promulguée la « Déclaration de Lyon sur l’accès à l’information et au développement » qui mettra notamment en avant le rôle des bibliothèques dans l’accès à l’information. Cette « déclaration de Lyon devrait être présentée à l’ONU en septembre prochain.

> A l’occasion du 80e congrès de l’IFLA, Rue89Lyon vous propose une série d’articles sur la bibliothèque de demain, en partenariat avec l’Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation (Arald).

Si vous cherchez un bouquin dans la bibliothèque flambant neuve du Texas à San Antonio, inutile de faire le tour des 4 000 m², vous ne le trouverez pas. Car ici, c’est sur les ordinateurs que ça se joue. Inaugurée en septembre dernier, cette bibliothèque nouvelle génération, appelée BiblioTech, propose uniquement des livres sous format numérique. Ainsi pour lire son bouquin ou simplement feuilleter, plus besoin de lécher son bout du doigt pour tourner les pages, il faut cliquer avec sa souris.

En tout pas moins de 20 000 e-books, 7 000 comics, 70 magazines, des audiobooks, des films, des musiques sont mis à disposition sur les 48 ordinateurs, les 500 liseuses et les 20 Ipads que compte l’établissement. Tout est également consultable en ligne (même plus besoin de se déplacer) sur leur site internet. On est donc bien loin de l’image traditionnelle de la bibliothèque, comme le fait remarquer Medi(A)merica, services culturels de l’ambassade de France aux États-Unis :

« Ce nouvel espace ressemble à une boutique Apple aux teintes orangées »

Benoit Epron, directeur de recherche à l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) de Lyon, tente une autre comparaison :

« La bibliothèque du Texas, c’est un peu une sorte de cybercafé ».

La vidéo de présentation de la BiblioTech de San-Antonio donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler la bibliothèque du futur.

Une bibliothèque sans livre est-elle toujours une bibliothèque ?

Mais cet établissement peut-il toujours être considéré comme une bibliothèque ? Selon Benoît Epron, le fait de ne trouver que des livres numérisés ne remet pas en cause le statut même de bibliothèque mais simplement son mode de fonctionnement :

« Dans la bibliothèque de la Part-Dieu par exemple, les livres sont classés dans différents lieux selon leur thématique. L’usager peut donc se balader, il sait tout de suite où il est et ce qu’il va y trouver. Il faut arriver à transférer cette interaction au numérique pour le rendre attractif et facile d’utilisation ».

Le passage au « tout numérique » engendre de nombreuses questions. Une fois les étagères supprimées, comment réorganiser l’espace ? Faut-il diversifier les services proposés dans les bibliothèques ? Que deviennent les bibliothécaires ? Pour l’instant peu de réponses existent tant le sujet est récent mais quelques pistes commencent à être explorées.

On commence notamment à créer dans les espaces libres de livres en papier des open space dédiés au travail en groupe ou encore des lieux réservés à des services spécifiques comme par exemple la recherche d’emploi.

Concernant le rôle des bibliothécaires, là aussi des hypothèses prennent forme. N’ayant plus besoin de consacrer du temps à l’organisation, au rangement et au prêt des livres, le personnel pourrait avoir plus un rôle de médiation et de renseignements estime Benoît Epron :

 » Ainsi la bibliothèque pourrait réellement redevenir un service public », ajoute-t-il.

Mais pour lui une chose est sûre, les bibliothèques ne disparaîtront pas, elles ne feront qu’évoluer :

« Depuis toujours, la bibliothèque est un espace très important dans la société. Elle permet de se rencontrer librement pour échanger. Avec le numérique, son utilisation va changer. On ira moins dans les bibliothèques pour feuilleter des livres que pour rencontrer des personnes pour nous renseigner et échanger « .

« Les livres ne disparaîtront pas totalement »

Difficile cependant d’imaginer une bibliothèque remplie uniquement d’ordinateurs. Les bibliothèques du futur ne pourraient-elles pas être hybride ? Selon toute vraisemblance oui, explique Benoît Epron :

« Je ne pense pas que les livres disparaîtront totalement. La vision la plus réaliste serait une cohabitation croisée entre le numérique et le papier pour que ces deux formats se complètent. Cela existe déjà par exemple à la BNF à Paris. Le fond numérique Gallica marche très bien ».

Mais pour l’instant, la biblioTech de San Antonio au Texas reste une exception. Après seulement un an de fonctionnement, le recul n’est pas suffisant pour dire si ce type d’établissement remporte l’adhésion du public.

En 2002, toujours aux Etats-Unis, le réseau des bibliothèques publiques en Arizona avait déjà tenté l’expérience du 100 % numérique, en vain. Après quelques années de fonctionnement, l’établissement avait réinstallé des livres papiers à la demande des usagers.

En France, même si l’adhésion aux livres numériques reste faible, (la part des ventes de livres numériques est de 3 %  contre 20 % aux Etats-Unis), elle progresse tout de même (plus 1 % entre 2011 et 2012).

Toutefois, il semblerait que l’ère du tout numérique dans nos bibliothèque ne soit pas à l’ordre du jour. Dans notre pays, selon une enquête portant sur l’année 2011 de l’Observatoire de la lecture publique, 98,5 % des établissements ne disposent pas d’ouvrages numériques.


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5 Commentaires postés

  1. *l’établissement avait réinstaller : rhaaa….

  2. Le futur de la bibliothèque c’est un superbe serveur public, programmé en logiciel libre où sont stockés et distribués les ouvrages avec un service de lecture en ligne, un environnement 3D ou chaque usager inscrit peut se retrouver en avatar afin de pouvoir continuer l’aspect « convivial » et de sociabilité des bibliothèques physiques et des bibliothécaires/animateurs de communautés qui font vivre l’ensemble.Ils sont assistés par des algorithmes de sélection et de proposition de lecture. L’investissement principal est dans la numérisation des fonds des bibliothèques et donc la possibilité pour chaque usager de pouvoir avoir accès à l’ensemble. Les datas de lecture sont à dispo des communautés des usagers sous la forme d’open data. L’ensemble est complété par différentes apps que chaque inscrit au serveur peut télécharger, ces apps permettant de lire en streaming, sur son terminal nomade, de poster des commentaires, de gérer son avatar dans l’environnement 3D, etc.
    Chaque usager paye un abonnement (avec les réductions habituelles) comme dans le modèle géo-physique actuel mais surtout, il peut abonder au bien public en participant à la gestion de l’espace 3D (animation, commentaires, collectes d’infos). Bref, l’intelligence collective est mobilisée.
    Inutile effectivement de faire un web café de plus, la géolocalisation d’une bibliothèque n’a plus aucun intérêt dans le futur proche. Moins les institutions publiques investiront dans l’espace public internet, plus ce seront les grands systèmes privés comme Apple et Google qui le feront.
    Ici, peut-être dans ce modèle numérique (pure player) de la bibliothèque publique, un projet créateur d’emplois à haute valeur ajoutée (pour les bâtisseurs comme pour les animateurs) et surtout passionnant pour les générations nées à l’ère digitale…

  3. Si la principale raison d’être de la bibliothèque est la présence de livres, alors son avenir n’est pas assuré. D’ici x années, le numérique aura tout supplanté (il restera quelques irréductibles bibliothèques papier) et tout un chacun pourra y accéder depuis son domicile.

    En revanche, si c’est prioritairement un lieu de réunion, alors il demeura tel avec un ensemble de produits et services, matériels ou numériques, culturels ou non… Cette approche semble plus porteuse d’avenir avec l’aspect social qu’elle entraîne.

    Mais qui prend la décision ?

  4. >Si vous chercher

    rhaaa… bis

    >N’ayant plus besoin de consacrer du temps à l’organisation, au rangement et au prêt des livres…

    Ben voyons.

    >Ainsi la bibliothèque pourrait réellement redevenir un service public

    Car c’est actuellement un service privé, je suppose.

    >Depuis toujours…

    De tous temps, les Hommes…

    >réseau des bibliothèques publique

    publiqueS

    On attends mieux des articles suivants, car l’initiative de ce suivi de congrès est très intéressante !