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Monts du Lyonnais : un habitat alternatif où la culture rencontre l’agriculture
Environnement  Société 

Monts du Lyonnais : un habitat alternatif où la culture rencontre l’agriculture

par Pierre Lemerle.
Publié le 15 septembre 2022.
Imprimé le 27 septembre 2022 à 11:58
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[Série – Reportage] Dans les Monts du Lyonnais, un collectif a monté un habitat collectif et alternatif complet. Entre accueil d’associations, maraîchage et événements culturels, les dix habitants de la ferme de la Maladière ont monté un lieu aux activités multiples.

Série « Vivre autrement à Lyon : quand le collectif s’installe dans le quotidien »

En ce mois de septembre 2022, divers lieux accueillent du public dans le cadre des « portes ouvertes de l’habitat participatif ». À cette occasion, nous avons voulu interroger le fait de vivre à plusieurs hors d’un cadre dit « classique », où une famille vit seule dans une maison. Au cours de nos échanges, nous avons pu voir différents modèles de vie à quatre, six, huit, dix, vingt… Avec des jeunes, des personnes âgées ou encore des enfants. Nous rendons compte de la diversité des collectifs rencontrés dans cette série.

Un bruit de scie, quelques bénévoles qui s’agitent autour de sortes de fours, de la récup qui se transforme… Il y a du mouvement à la ferme de la Maladière ce vendredi. Sous le toit de l’ancienne stabulation de l’exploitation laitière, les membres de l’atelier du Zephyr construisent des fours solaires, un four à pizza, des poêles… Spécialisés dans l’auto-construction, ils sont trois à travailler cet après-midi. Leur association fait partie des cinq présentes sur les lieux.

« Je ne sais pas ce qu’ils sont en train de bricoler, mais ils bricolent », commente sobrement Jérôme Noir, après leur avoir lancé un regard interrogateur. Depuis deux ans, le trentenaire a posé ses affaires à la Maladière dans les Monts du Lyonnais. Un projet hors-norme entre Loire et Rhône.

Monts du Lyonnais habitat participatif  Maladière
Sous une grande stabulation de 2000 m2, des associations louent un emplacement et participent à la vie de lieux.

Atelier de construction, lieu d’accueil, résidences, ferme… Les mille vies de la Maladière

Dans cette ancienne ferme laitière, les vaches ont laissé place à une multitude d’activités. Là où avait lieu la traite, des montagnes de récup ont été apportées par l’atelier Zéphyr, prêtes à être remodelées. A côté, un espace nommé « la travée » est mis à disposition pour les activités collectives. 

Un peu plus loin, un lieu est prévu pour accueillir de potentiels artistes en résidence. L’ancien grenier, où séchait à une époque du tabac, est devenu un grand dortoir. Un étage plus bas, on passe dans une salle polyvalente capable d’accueillir 50 personnes. C’est là que les lieux accueillent des concerts ou des conférences en tout genre. En franchissant la porte, on arrive à des bureaux collectifs puis à une grande cuisine partagée. C’est le principal lieu que partagent les habitants, installés dans quatre appartements et une petite maison.

Et autour ? Des champs à perte de vue. Dans un secteur où l’activité laitière est reine, les paysans installés dénotent. D’un côté, deux maraîchers, tous deux « reconvertis », s’occupent chacun de leurs productions. De l’autre, deux paysans élèvent du poulet depuis deux ans. En tout, ils occupent 12 hectares de terres.

Un habitat alternatif dans les Monts du Lyonnais
Devant l’entrée de la Maladière, dans les Monts du Lyonnais. Les lieux ont accueilli une auberge dans leur histoire. ©PL/Rue89Lyon

Dans les Monts du Lyonnais, culture et agriculture rassemblés dans un habitat XXL

Une combinaison surprenante qui est, en réalité, le cœur du projet.

« A l’origine, nous avions envie d’un lieu où il y avait du culturel et de l’agricole. La question de l’habitat est venue après », reprend Sophie Hæffelé.

Avec Jérôme Noir et Anita Félix-Sanchez, elle fait partie du noyau de Lyonnais qui a monté cette petite fourmilière. Membres de la Pâte à Bonheur (PAB), une association d’éducation populaire, ils ont mûri et structuré leur projet durant deux ans avant de lancer leurs recherches, en 2017.

« On a visité beaucoup de ruines avant de trouver le bon endroit », se rappelle Anita.

Une ancienne auberge redevenue un espace ouvert sur l’extérieur

Manque de place, prix de l’immobilier exorbitant… Rapidement, les Lyonnais d’adoption sont obligés de s’éloigner de la métropole pour trouver de la place. Durant leurs recherches dans les Monts du Lyonnais, ils découvrent la ferme de la Maladière. 

Héritier d’une famille installée sur les lieux depuis 1895, le producteur, un éleveur de vaches, veut passer la main. Sa famille est séduite par le projet de cette bande de jeunes néo-ruraux. Les lieux ont servi d’auberge à une époque et la perspective de rouvrir l’endroit plaît. Le groupe d’habitants est alors réduit.

« Quand on est tombé sur la ferme, on s’est rendu compte qu’on ne pourrait pas s’occuper de l’endroit à cinq, relate Sophie. C’était immense ! »

Le dortoir
Le dortoir de la Maladière, dans les Monts du Lyonnais. ©PL/Rue89Lyon

Plus loin de Lyon, un projet immense mais moins cher que sur la métropole

500 m² habitables, 12 hectares de maraîchage, 2000 m² de stabulation… Les lieux impressionnent par leur taille. Moins par leur prix. À une heure de Lyon, l’équipe rachète le tout pour moins d’un demi million d’euros. Un chiffre ridicule au regard d’autres projets plus proches de Lyon, comme le Moulin du Got, installé à Francheville, où le million d’euros arrive très vite. Des travaux sont nécessaires, mais la ferme est déjà globalement habitable.

Pour autant, l’équipe cravache un peu pour obtenir un prêt. Deux SCI sont créées. La première est dédiée à l’activité agricole quand la deuxième concerne l’habitat. 

« Le côté activité agricole a quand même rassuré, cela reste une ferme », pointe Simon Termeau, un des maraichers, ancien assistant social.

Financièrement, le projet est de plus largement soutenable « même pour des pauvres » :

« En arrivant ici, on s’est mis à payer un prix deux fois moins important que notre loyer », complète Jérôme Noir.

Dans les Monts du Lyonnais, un système avec de l’autonomie mais mais toujours ouvert

Face à la taille des lieux, l’équipe s’étoffe. Aujourd’hui, ils sont dix, dont un enfant, à vivre à la Maladière. Le collectif compte en tout une vingtaine de personnes. Les 2000 m² de stabulation servent à accueillir l’activité de cinq associations. À ceci s’ajoutent les activités paysannes. 

Entre les légumes et les poulets, l’équipe toucherait presque l’autonomie alimentaire « mais ce n’est pas le but recherché. » Il faut dire que l’écosystème local est propice à des alternatives au système capitaliste classique. A deux pas, ils peuvent aller se fournir dans la fromagerie Alter Monts.

Loin d’être centrée sur elle-même, la ferme de la Maladière se veut ouverte. Les spectacles de clown, les conférences en tout genre, les ateliers soudures, etc. permettent de garder un mouvement de va-et-vient avec le monde extérieur. Cette année, l’équipe de la Maladière a organisé le festival Poule up. Plus de 200 personnes y ont participé. 

« Les différents projets se nourrissent. La partie agricole va donner des idées pour faire de l’accueil de personnes. De cette accueil vont naître des initiatives culturelles, etc. », résume Sophie.

Dans le collectif : éviter que tout le monde décide de tout, tout le temps

Pour cadrer tout ça, une réunion de « gérance » a lieu tous les mois.

« Mais elle ne peut pas durer plus d’une heure trente, sinon on peut en perdre certains », souligne Anita.

Au sommet de la pyramide des valeurs, les habitants ont écrit une charte qui donne une direction à l’organisation des lieux. Pour le reste, chaque groupe travaille sur différents sujets. Le pôle agriculture, le pôle culturel, le pôle accueil… Objectif : que tout le monde ne décide pas de tout, tout le temps.

Un fonctionnement éclaté en somme : « mais pas éclaté au sol ». Tout est loin d’être collectivisé. Au sein des logements, l’indépendance existe, loin des stéréotypes pouvant exister sur les soi-disant « hippies ».

« On avait tous vécu en colocation avant de venir ici. Mais, on arrivait aussi à un âge où on avait besoin de plus d’intimité », commente Sophie. 

Hormis la cuisine commune, chaque appartement dispose du nécessaire à une vie individuelle.

« Ce qu’on se dit, ce n’est pas « ça peut évoluer » mais « ça évolue », tout simplement »

Deux ans après la prise des lieux, le 21 janvier 2020, le collectif est toujours en recherche de son équilibre. Certaines personnes ont quitté le projet, d’autres l’ont rejoint…

« C’est relativement normal. Quand les gens changent, l’équilibre change également, reprend Sophie. Ce qu’on dit, ce n’est pas « ça peut évoluer » mais « ça évolue », tout simplement ».

Dans cette organisation, l’équipe s’attache au fait qu’un départ n’entraîne pas la chute de l’édifice. « Clairement, ce n’est pas dit que je passe ma vie ici », rappelle Anita. Les statuts ont ainsi été faits de manière à permettre les départs. Avec un objectif : que le projet leur survive. 

Un habitat alternatif dans les Monts du Lyonnais
A la Maladière, dans les Monts du Lyonnais, un collectif a créé un habitat hors-norme. ©PL/Rue89Lyon
Article actualisé le 17/09/2022 à 21h44
L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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