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Particules fines à Lyon : cauchemar en cuisine (et en intérieur)
Environnement  santé 

Particules fines à Lyon : cauchemar en cuisine (et en intérieur)

par Bertrand Enjalbal Oliveira avec Laure Solé et Laurent Burlet.
Publié le 7 juillet 2022.
Imprimé le 13 août 2022 à 08:40
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[Série 3/3] Plus de particules fines avec un poulet rôti au four ou des gaufres qu’en voiture sur le périphérique ? La pollution aux particules fines ne concerne pas que l’air extérieur ou celui du métro de Lyon. Dans nos habitations elles sont aussi là et ne viennent pas seulement de sources extérieures. Cigarettes, bougies et papier d’Arménie ne seront peut-être plus vos amis.

Notre expérience de mesure de la pollution aux particules fines à Lyon

Épisode 1 : Transports : où subit-on le plus la pollution aux particules fines à Lyon ?

Épisode 2 : La pollution aux particules fines dans le métro de Lyon va-t-elle baisser ?

Épisode 3 : Cuisson à la poêle ou au four, cigarettes… la pollution aux particules fines dans nos habitations

Encore un titre d’article racoleur ? Oui, mais au moins êtes-vous là. Alors maintenant restez encore un peu.

Il y peu de risque que vous développiez un cancer du poumon en préparant des gaufres dans votre cuisine. En revanche, vous n’imaginez peut-être pas que cela vous expose à une concentration de particules fines potentiellement plus importante que lors de votre trajet en voiture ou en métro un peu plus tôt dans la journée. Et pourtant, vous auriez sûrement imaginé l’inverse.

On associe souvent pollution de l’air à celui extérieur, de la ville ou de son environnement. Pourtant, l’air intérieur de votre habitation n’est pas toujours très pur. Regardez un peu nos (vos) petites expériences.

Plus de particules fines avec un poulet rôti au four ou des gaufres qu’en voiture sur le périphérique ?

Oui, c’est possible. D’ailleurs, ce n’est pas nous qui le disons, si vous ne nous croyiez toujours pas :

« On peut être à 150 μg/m3 pour un poulet rôti au four dans sa cuisine alors qu’on a passé 20 minutes en voiture avec des niveaux de concentration de particules fines moins importants. »

Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

En effet, faire fonctionner son four ou cuire des aliments à la poêle peut générer une concentration de particules fines importantes. Sur le site de la Captothèque, le projet de mesures ouvertes au public d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, on trouve des mesures effectuées en intérieur. Et notamment en cuisine. Les niveaux de concentration de particules fines sont parfois très élevés et quelque peu insoupçonnés (pour nous autres en tout cas).

Voici une mesure réalisée par une des utilisateurs de la Captothèque, lors d’une cuisson à la poêle. On dépasse les 1000 μg/m3 pour les PM10, quand la recommandation de l’OMS pour une exposition d’une heure est fixée à 45 μg/m3. Pour les autres tailles de particules fines, les niveaux sont très élevés également.

Mesure particules fines cuisine
Mesure de concentration de particules fines durant une cuisson à la poêle en cuisine sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Même chose ici, avec cet autre expérimentateur, lors de la réalisation et la cuisson de gaufres :

Mesure particules fines cuisine gaufres
Mesure de concentration de particules fines durant une cuisson de gaufres en cuisine sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Cuisiner peut générer pas mal de particules fines

C’est un constat un peu troublant. Certaines mesures effectuées lors de cuisson à la pôle ou au four par des utilisateurs de la Captothèque montrent des niveaux parfois plus élevés que ceux que nous avons rencontrés lors de nos trajets en extérieur en métro ou en voiture.

La cuisson de « fritures pour l’apéro » réalisée par cet utilisateur le montre :

Mesure particules fines cuisine friture
Mesure de concentration de particules fines durant une cuisson de friture en cuisine à la poêle sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Y compris quand la concentration en particules fines ne perce pas le plafond. Comme ici, lors d’une session de cuisson à la poêle :

Mesure particules fines cuisine
Mesure de concentration de particules fines durant une cuisson à la poêle en cuisine sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Les niveaux sont par moment supérieurs à ceux rencontrés lors de notre trajet en voiture entre Perrache et le parc de la Tête d’Or.

Captothèque PM10 voiture Perrache Tête d'Or
Mesures de concentration de pollution aux particules fines PM10 dans l’air sur le trajet entre Perrache et Tête d’or en voiture. Graphique Captothèque – Atmo Rhône-Alpes

Lors de nos mesures effectuées dans nos habitations, nous n’avons pas rencontré de niveaux de concentration problématiques. Nous avons notamment effectué des mesures lors de cuisson au four. Le niveau de concentration est à peu près équivalent à celui de la pièce en temps normal. Légèrement supérieur, à peine.

Mesure particules fines cuisine four
Mesure de concentration de particules fines durant une cuisson au four en cuisine, réalisée par Rue89Lyon. Capture Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Mais pour d’autres, ce n’est pas toujours le cas, comme pour cet utilisateur :

Mesure particules fines cuisine four
Mesure de concentration de particules fines durant une cuisson au four en cuisine sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Alors, faire la cuisine c’est dangereux ?

Évidemment, la conclusion n’est pas qu’un poulet rôti en train de cuire serait forcément plus nocif pour votre santé que rester dans les bouchons.

Comme le rappelle Atmo Auvergne-Rhône-Alpes :

« Les niveaux de concentrations doivent toujours être remis en perspective par rapport au temps d’exposition ».

Un pic, même élevé, aura moins d’impact (s’il dure peu de temps ou si notre temps d’exposition est faible) qu’un niveau de concentration moyen et une pollution de fond subie quotidiennement.

Par ailleurs, la concentration de particules fines dans votre intérieur dépendra aussi des sources émettrices. On l’a vu plus haut avec les exemples de cuisson au four, les niveaux de concentration entre utilisateurs peuvent différer radicalement. Le type d’équipement et la capacité de dispersion de l’habitation jouent également un grand rôle dans le niveau de concentration.

Enfin, dans nos habitations, l’aération et la capacité de dispersion peuvent être plus aisées et efficaces qu’au fond de la station de métro très enterrée de Vieux Lyon.

« Le pire en intérieur c’est la cigarette »

La cigarette émettrice de particules fines ? Là aussi, pas vraiment de surprise. Mais avec un capteur de particules fines entre les mains, on prend mieux conscience du niveau de concentration généré.

Nous avons fait un petit test en allumant une cigarette en intérieur. Puis, nous avons lancé notre capteur et voilà le résultat :

Mesure particules fines cigarette
Mesure de concentration de particules fines en intérieur avec une cigarette allumée, réalisée par Rue89Lyon, sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Au départ de la mesure (quand les courbes sont encore en vert), la cigarette n’est pas allumée. À partir du début de la combustion, la concentration en particules fines, notamment les plus petites (PM1), s’élève fortement. On voit notamment que près de de 20 minutes après, les niveaux sont encore très élevés.

Tout comme la cigarette, allumer un papier d’Arménie dans votre intérieur ne purifiera pas vraiment votre air. En revanche, il va le charger en particules fines.

Chez cet utilisateur on a atteint les 700 μg/m3 pour les PM10.

Mesure particules fines papier d'arménie
Mesure de concentration de particules fines en intérieur au moment de la combustion d’un papier d’Arménie, réalisée sur la Captothèque d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Capture

Là aussi, on voit qu’il faut un certain temps, une bonne vingtaine de minutes en moyenne, pour que les niveaux de concentration, avec aération de la pièce, redeviennent acceptables.

«La pollution intérieure est souvent négligée. Notamment celle provenant de l’activité en cuisine, de certains modes de cuisson ou de la fumée de cigarettes »

Thomas Coudon, chercheur au centre Léon Bérard de lutte contre le cancer à Lyon

Atmo Auvergne-Rhône-Alpes en remet même une couche :

« On voit qu’en dehors de sources industrielles pour l’air extérieur, la pire source de pollution aux particules fines est la cigarette en intérieur »

Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

Rappelons que la pollution atmosphérique (aux particules fines et autres sources) est responsable de décès prématurés. Entre 2015 et 2017, une étude a été menée à Lyon par l’Inserm, le CNRS, l’Inra, l’université Grenoble-Alpes et Atmo Auvergne Rhône-Alpes. Elle a conclu à la mort prématurée de près de 500 personnes due aux particules fines. Par ailleurs, en raison des dépassements de seuils répétés et des niveaux de pollution de l’air de plusieurs de ses métropoles, la France a été condamnée en 2019 par la Cour de Justice de l’Union Européenne (CUEJ).

La règle d’or contre la pollution intérieure : l’aération

L’aération. C’est la conclusion que rappelle Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Une règle connue mais que les mesures effectuées au fil du temps par les expérimentateurs de la Captothèque viennent renforcer.

« On voit qu’il faut au moins 20 minutes d’aération pour revenir à des niveaux de concentration acceptables.»

Une règle que confirme Thomas Coudon :

« On ne fait pas toujours attention à la dispersion chez nous, à l’intérieur ».

Faut-il alors ouvrir nos fenêtres en toutes circonstances ? En plein épisode de pic de pollution aux particules fines ou de Sirocco, ouvrir vos fenêtres pourrait augmenter la concentration de particules fines dans votre intérieur.

En dehors de ces moments, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes le conseille : il est en général préférable d’aérer ses pièces intérieures pour éviter le phénomène de concentration et permettre une meilleure dispersion des particules.

Lors de notre session de prêt de capteurs de particules fines, nous n’avons pas eu l’occasion de prendre des mesures en faisant le ménage ou dans certaines pièces peu aérées. L’activité de ménage peut en effet provoquer une hausse du niveau de concentration en remettant en suspension des particules fines par exemple. Une chambre fermée durant toute une nuit peut également présenter des niveaux de concentration relativement élevés du fait du peu de dispersion.

Maintenant, si ça vous dit, à vous de jouer ! Comment faire ? Les explications sont ici ⬇️

Comment avons-nous mesuré la concentration en particules fines à Lyon ?

Les trois journalistes de Rue89Lyon disposaient de trois capteurs fournis par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Des capteurs permettant de mesurer la concentration de particules fines dans l’air, de trois tailles différentes : les PM 1, PM2,5 et PM10 (des plus fines aux plus grosses). Ces capteurs sont accessibles à tous, dans le cadre du projet Captothèque d’Atmo Rhône-Alpes. Sur simple demande vous pouvez disposer gratuitement d’un capteur en prêt et faire vos propres mesures.

Nous avons réalisé différentes mesures lors de sessions en extérieur et en intérieur (métro et habitations). Nous avons notamment réalisé deux sessions de captations sur des trajets identiques effectués avec des modes de transport différents (le vélo pour Laurent Burlet, le métro pour Laure Solé et la voiture pour Bertrand Enjalbal) :

  • un trajet de Perrache à Tête d’Or, effectué le 15 avril à partir de 8h30
  • un trajet de Parilly (métro D) à place Bellecour, le 28 avril à partir de 8h30

Le choix a suivi une logique simple : une diversité d’environnements (parc, périphérique, centre-ville, quais…) et des parcours réalisables quasiment à l’identique par tous les modes de transport. Nous avons réalisé ces trajets au même moment à vélo, en métro et en voiture.

Ces mesures présentent plusieurs limites. Nous n’avons pas répété les mesures sur ces mêmes trajets en variant les moments de la journée ou de la semaine. Par ailleurs, elles sont faites en mouvement pour coller au plus près des déplacements du public. Toutefois, la pollution aux particules fines s’analysant au regard de la concentration moyenne dans le temps, ces mesures n’ont pas vocation à déterminer les niveaux de concentration habituels des lieux traversés. Nous avons voulu illustrer notamment les sources de pollution et les différences de concentration entre moyens de transport.

Les seuils utilisés dans la gradation des graphiques présentés ici (issus de la Captothèque d’Atmo) sont ceux de l’OMS. Ce ne sont donc pas les seuils règlementaires, utilisés notamment par la préfecture en cas de mise en place de la circulation alternée lors de pics de pollution (avec un seuil d’alerte fixé à 50 μg/m3 pour les PM10 par exemple). Les seuils sont ici plus bas et sont les derniers diffusés par l’OMS. Ceux à partir desquels l’organisation estime qu’il existe un impact sur la santé.

> Rue89Lyon remercie l’équipe d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes et de la Captothèque pour sa disponibilité, le suivi et l’analyse des mesures effectuées dans le cadre de cette expérience

Article actualisé le 18/07/2022 à 16h42
L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal Oliveira avec Laure Solé et Laurent Burlet

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