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A Lyon, l’avocat d’Alain Soral et les propos antisémites de son client
Société 

A Lyon, l’avocat d’Alain Soral et les propos antisémites de son client

par Pierre Lemerle.
Publié le 22 octobre 2021.
Imprimé le 07 décembre 2021 à 23:00
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Ce vendredi, un habitant du Rhône Sylvain C. comparaissait devant la cour d’appel de Lyon pour avoir envoyé un mail contenant des propos antisémites au responsable d’une étude de l’Inserm. Son avocat, connu pour avoir défendu le polémiste d’extrême droite Alain Soral, a lui voulu « relativiser » ses écrits. Récit d’une audience tendue.

« Mais qu’est-ce que peut bien être une tête de franc-maçon orientaliste ? »

Certaines questions ont pu laisser songeur, ce vendredi 22 octobre, à la cour d’appel de Lyon. Au “24 colonnes”, Sylvain C., comparaissait pour l’envoi d’un mail contenant des propos racistes et antisémites à un docteur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

En première instance, ce quadra avait été condamné à payer deux amendes de 1500 euros, dont 1000 euros avec sursis ainsi qu’à verser 800 euros au titre du préjudice moral et 600 euros au titre des frais d’avocat.

Le tribunal de police de Villefranche-sur-Saône l’avait reconnu coupable d’injure non-publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion et pour des faits de diffamation non-publique. Il avait fait appel.

En appel, son avocat a demandé la relaxe.

Des lunettes « judéophiles » pour les « ennemis biologiques de ma race » et autres propos antisémites à la barre de la cour d’appel de Lyon

En cause ? Un message électronique intitulé « Je ne souhaite plus participer à l’étude » envoyé à l’adresse mail d’un universitaire, le 2 février 2019, qui le suivait, jusqu’alors, pour une étude scientifique sur la nutrition.

Dans celui-ci, Sylvain C. explique sa démarche ainsi :

« Monsieur S. [Le nom du responsable de l’étude, NDLR] a une tête de franc-maçon orientaliste et un nom hautement suspect, je ne donne aucune infos santés à des maçons avec les yeux marrons dont je ne connais pas le grade, et j’incite ses employés à le questionner sur ce sujet en priorité à moins que la perspective d’être esclave de maçons à barbe soit une perspective qui les enchantent. »

Un peu plus loin, il enchaîne :

« S. l’ourson à lunettes judéophiles est pourvu de la tête et du corps des ennemis biologiques de ma race, les blancs aux yeux bleus. »

Après quoi, Sylvain C. soulignait que « l’Inserm fut aux mains du juif Yves Levy » avant, encore, d’ajouter, dans un message d’une vingtaine de lignes :

« Je suggère que ça permettra de nuire aux goys d’une manière ou d’une autre, soit pour que les juifs sachent ou mettre le poison préférentiellement. »

Pour le prévenu : “Je ne comprends pas que cela puisse choquer”

A la barre, Sylvain C. a confirmé avoir écrit ce mail. Il a cependant nié l’avoir adressé au docteur en question.

« Il s’adressait plutôt à la personne qui m’a tenu la jambe 30 minutes au téléphone avant », s’est-il défendu. 

Avant l’envoi du mail, une personne de l’étude, à la « voix exotique », selon les termes Sylvain C. lors de sa déposition, lui avait déjà posé plusieurs questions. Elle lui a suggéré d’envoyer les observations faites au téléphone par mail. A la suite d’une question, Sylvain C. reconnaîtra ainsi que ses « observations », faites par mail, avaient été proférées à l’oral au préalable.

« Je ne comprends pas que cela puisse choquer, a-t-il affirmé. Je reconnais les faits, mais j’estime avoir été piégé sous couvert de recherche scientifique. »

« Il y a des monuments à Paris avec des stèles de Franc-maçons où c’est écrit en juif » 

Pour lui, il aurait vu dans cette opportunité un « relais de liberté d’expression » ouvert par la science.  

L’avocat du chercheur de l’Inserm, Thomas Fourrey, « horrifié », a tenté de faire parler le prévenu sur son rapport aux « juifs », mot cité quatre fois dans le mail. Aux cours d’échanges musclés avec l’avocat de la défense, Damien Viguier, Thomas Fourrey n’est pas parvenu à avoir beaucoup d’explications de texte de la part de Sylvain C. 

« Il y a des monuments à Paris avec des stèles de Franc-Macons où c’est écrit en juif. Je me suis juste dit qu’il y avait un lien », a-t-il simplement souligné, refusant de s’excuser pour son texte. 

Un signe peu encourageant pour l’avocat.

« Un an plus tard, la situation reste la même, s’est-il désolé. On aurait pu s’attendre à un appel de l’intelligence. Mais il n’en est rien. » 

Cour d'appel de Lyon, sollicitée pour des propos antisémites.
Sylvain C. avait fait appel. Il comparaissait aux “24 colonnes” à Lyon pour avoir tenu des propos antisémites. ©PL/Rue89Lyon

A Lyon, l’avocat de la défense moque les propos antisémites et « le diable fantasmé » sur toutes les chaines

Face à ce constat, l’avocat de la défense, Damien Viguier, aurait pu choisir de mettre en avant l’apparente fragilité psychologique de son client. Veuf, père d’un enfant de quatre ans, sans emploi depuis sept ans… Il n’en a rien été. Sans surprise. 

Damien Viguier est l’avocat du polémiste d’extrême droite Alain Soral, le président du mouvement Égalité et Réconciliation.

Ligne par ligne, cet avocat du barreau de l’Ain est revenu sur le contenu du texte pour “entrer dans plus de précision ». 

« Quand on parle de l’antisémitisme, le diable fantasmé sur toutes les chaînes de télévision […], je comprends que l’émotion soit difficile à contenir. » 

Objectif : montrer la « légèreté » d’un texte se voulant, selon lui, humoristique. Une défense que l’avocat général avait attaqué par anticipation, montrant les liens faits entre « le juif » et un supposé « poison » de la société. 

Raisonnement par l’absurde : « Une majorité de Juifs ont les yeux bleus. Regardez Eric Zemmour ! »

« On voit bien que tout ça n’a rien de très sérieux », a voulu minimiser l’avocat. 

Dans le terme « orientaliste », l’avocat Damien Viguier veut voir, potentiellement, un amour pour la Perse et le proche-orient. Concernant l’expression « maçon aux yeux marrons », il ne voit clairement pas d’insulte. Pour les « l’ourson à lunette judéophile », le défenseur marque que l’adjectif judéophile qualifiait les lunettes, et non le docteur ciblé dans le mail. Quant à la phrase concernant « les ennemis de ma race aux yeux bleus », il s’amuse : 

« Mais une majorité de Juifs ont les yeux bleus. Regardez Eric Zemmour, il est séfarade, il a les yeux bleus ! »

Pas certain que ces arguments convainquent la cour d’appel. Un point pourrait cependant jouer en faveur de la défense : la question de la confidentialité. Pour elle, Sylvain C. ne pensait pas que ce mail pouvait être lu par le médecin de l’Inserm, visé par le texte. Le mail a été envoyé à une adresse “générique”, des personnes effectuant l’étude. Autrement dit : la conversation aurait pu, selon lui, rester strictement confidentielle entre la personne au téléphone et le prévenu. Mais le docteur en question avait accès à cette boite mail.

« Il faut qu’il y est une volonté de lever la confidentialité en matière de diffamation, a souligné Damien Viguier. Or, mon client s’était assuré auprès de l’interlocuteur que la personne n’allait pas pleurer au moindre propos qui pourrait être désagréable. » 

Un prévenu déjà passé devant la justice dans l’affaire Julie Hainaut

En ce sens, Sylvain C. avait fait remarquer qu’habituellement, quand il tient ce type de propos, « les gens raccrochent ». Chose qui ne s’était pas produite cette fois-ci. Un élément qui montre que le prévenu n’en est pas à sa première fois. S’il n’a jamais été condamné, il a déjà comparu devant la justice pour ce type de problématiques. 

Il avait été relaxé en décembre 2020 dans le cadre de l’affaire Julie Hainaut. Après un article pour le petit Bulletin, cette journaliste avait été victime d’injures et de harcèlement sur les réseaux sociaux.

Sylvain C. avait comparu pour avoir partagé un post raciste et sexiste vis-à-vis de l’autrice d’un article sur un bar de Lyon qui mettait en avant l’époque coloniale de manière positive. Condamné en première instance, il avait été relaxé en appel.

Le délibéré de l’affaire sera donné le 26 novembre prochaine. En fin de séance, la juge a demandé au prévenu s’il accepterait de faire des travaux d’intérêt général (TIG) pour payer sa peine. Une alternative proposée par l’avocat général afin d’éviter d’attaquer ses économies. Au RSA, Sylvain C. a souligné ne pas disposer de fonds importants. L’intéressé a répondu par la négative.

Cour d'appel de Lyon, propos antisémites
L’entrée des 24 colonnes à Lyon. ©PL/Rue89Lyon
Article actualisé le 04/11/2021 à 23h20
L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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