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François Ruffin à Lyon : ses éléments de langage sur le « corps social »
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François Ruffin à Lyon : ses éléments de langage sur le « corps social »

Pierre Desmaret, metteur en scène et observateur de la vie politique locale, a assisté ce mercredi à Lyon à la prise de parole publique de François Ruffin (LFI). Le député était venu faire un tour dans l’agglomération lyonnaise pour, entre autres, parler à des « jeunes » de banlieue ou encore animer la fronde contre le projet d’expérimentation de la 5G prévu à Part-Dieu. L’homme de théâtre a soumis à Rue89Lyon une intéressante analyse du propos tenu par François Ruffin, à lire ci-après.

François Ruffin était à Lyon ce mercredi 2 Septembre pour un certain nombre de rendez-vous, dont ce meeting quasi improvisé par le journal Fakir, en extérieur, sur la place Guichard.

A 19h30 le grand amphithéâtre de plein air est rempli et bien rempli de « jeunes » principalement . Hors campagne électorale, le député Insoumis nous fait la relation, après avoir jeté ses feuilles préparées, (bon il y retournera quand même) de sa journée à Lyon. La visite à l’atelier Mattelon (tissage) lui donne l’occasion de fustiger « la main invisible du marché » incapable, n’en déplaise à ses adversaires politiques, de réguler le capitalisme économique, la rencontre avec des jeunes de Saint-Fons lui offre l’occasion de corréler « gagner sa vie » et « donner du sens à sa vie ». L’expérimentation de la 5G à la gare de Lyon Part-Dieu lui semble une opportunité de « faire démocratie » grâce soit à un référendum soit à d’autres actions permettant aux Français de se faire entendre sur le sujet.

On le sent peut-être plus à l’aise sur un rond-point « gilet-jaune » ou à l’assemblée avec des députés rivés sur leur smartphone qu’avec cette assemblée pourtant acquise à sa (ses, les) causes évoquées.

Ruffin ne veut pas dire « le peuple » – trop rouge, ni « la société » – trop bleue

Cela étant, l’exercice n’est pas commode et on l’entend parfois s’autocorriger des termes trop techniques ou d’un quelconque jargon qui pourrait sentir la campagne politique. Il omet curieusement la dimension revendicative des « soyeux » lyonnais (– le tarif unique de la pièce – première action syndicale en France), le sujet du « vrai métier » – « vrai salaire » pour les jeunes y compris de Saint-Fons et enfin la question de savoir si la 5G est le prochain dé-régulateur social (avant son éventuelle nocivité).

L’homme étant un animal politique roué quoi que très accessible et sympathique, il se garde bien de donner des gages à l’une ou l’autre des familles de la gauche et surtout il milite pour la mise en mouvement du « CORPS SOCIAL », dans la rue et par le vote.

C’est bien ce concept de « corps social » qui apparaît comme le pivot de son discours qu’il faut approfondir : Ruffin ne dit pas « le peuple » – trop rouge, ni « la société » – trop bleue, reste donc le « corps social » qui lorgne vers son pote Emmanuel Todd. Un détour par la 4G (serais-je allé plus vite en 5G ?) identifie le concept du côté de Machiavel puis de Rousseau, mais la source de l’inspiration Ruffiniènne (hein ça le fait non ?) est plutôt à trouver chez Foucault dans « Surveiller et punir » dont voici un extrait :

• Dans ces rituels où coulait le sang (de l’antiquité à l’âge classique), la société retrouvait vigueur et formait un instant comme un « grand corps unique ».
• Notre société n’est pas celle du spectacle mais de la surveillance. Sous la surface des images, on investit les corps en profondeur ; derrière la grande abstraction de l’échange (le capitalisme), se poursuit le dressage minutieux et concret des forces utiles.

« Il va nous falloir rester, y compris à Lyon, constamment, en vigilance »

Ainsi, en utilisant le terme de « corps social » et en remarquant, plus largement, les déclinaisons d’un pouvoir qui « surveille et punit » de façon variée – effective, contre la rue, – relative, dans l’état d’urgence sanitaire, Ruffin démontre l’originalité de son positionnement. Sous une apparence débonnaire, souhaitant constamment prendre appui sur l’expression des individualités souffrantes dont il se fait le porte-parole, il recompose avec ce « corps social », une alternative aux idéologies anciennes.

Il nous « voit », devant lui, par exemple sur cette place Guichard, chaque partie pour et avec le tout, comme une « force sensible » devant faire émerger un nouveau contrat social. Quand il félicite telle association lyonnaise qui a réussi à remettre en cause le lobby de l’eau au profit d’une – éventuelle – future régie municipale, ce n’est pas tant la victoire éphémère de David contre Goliath, que donner « voix au chapitre », redonner l’initiative aux lyonnais.

Évidemment, cela suppose que la délégation du savoir et du pouvoir n’est plus donnée, comme un blanc-seing, aux élus (les moins biens nommés) mais qu’il va nous falloir rester, y compris à Lyon, constamment, en vigilance.

Cela étant, le savoir peut tout aussi bien conforter une technologie de pouvoir au service des dominants qu’un mode de prise de conscience et de libération de l’individu (une fois encore Foucault, dans « Le pouvoir et le problème du corps social« . On aura compris que François Ruffin défend la seconde option, en particulier face à un public qui respire plus les sciences sociales que les coursiers de « Deliveroo ».

Cela étant, se dessine une alternative politique, minoritaire mais manifestement bien présente à Lyon, qui pourrait, dans son attention sensible à l’autre, former un liant entre les reliquats de la gauche traditionnelle et un appareillage écologique qui doit aussi ancrer ses fondations dans ce nouveau « corps social » qui émerge.

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L'AUTEUR
Pierre Desmaret
Metteur en scène à Lyon, compagnie "Le Fanal"

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