Retraites : « Ça fait du bien de voir autant de monde, on se dit qu’on va réussir quelque chose »
Société 

Retraites : « Ça fait du bien de voir autant de monde, on se dit qu’on va réussir quelque chose »

A Lyon, la mobilisation contre le projet de réforme des retraites ne s’est pas arrêtée avec la première grosse manif de ce jeudi. Rencontre avec les militants de ce mouvement social, le jour d’après. 

La nouvelle manifestation lyonnaise s’est cette fois élancée depuis la place Jean Macé, point de chute de la mobilisation de la veille, pour rejoindre le square Delestraint, à proximité de la préfecture.

Rien à voir avec l’affluence de jeudi, mais un bon nombre de drapeaux des syndicats (CGT, Solidaires,…) flottent dans les airs. Un air de mouvement social qui a bien commencé.

Pascale, 49 ans, infirmière ET « gilet jaune »

Pascale infirmière gilet jaune

Pascale, 49 ans, est infirmière à l’hôpital Le Vinatier, et aussi « gilet jaune ».

Pour Pascale, c’est simple et efficace. Ses revendications sont écrites au marqueur sur son chasuble fluo. Si aujourd’hui, elle est là contre la réforme des retraites, en tant que « gilet jaune », cela fait « un an qu’elle est dans la rue ». Elle énumère :

« Je suis là pour plus de justice sociale, fiscale, environnementale. Et aussi pour plus de démocratie directe ».

Par « démocratie directe », elle entend le RIC, le Référendum d’Initiative Citoyenne. Mais ce ne sont pas les seuls motifs de sa colère. Elle travaille au Centre Hospitalier Le Vinatier, en tant qu’infirmière :

« Il n’y a pas suffisamment de budget, on le ressent bien. Il y a des fermetures de lit, il faut faire sortir les gens vite… »

« Déter », elle sera là tant que la mobilisation dure. « Ça fait du bien de voir autant de monde, on se dit qu’on va réussir à faire quelque chose. » Pour venir ce matin, Pascale a dû débrayer. Elle rit jaune :

« J’espère que toute ma paie n’y passera pas ! »

Les trois mousquetaires profs : Laurent, Pascaline, Anne Claire & Lionel

Quatre profs contre la réforme des retraite

A l’image de Laurent, Pascaline, Anne Claire et Lionel, il y a avait beaucoup de profs dans le cortège.

Laurent, Pascaline et Anne Claire sont tous « profs d’histoire-géographie, mais promis, on n’est pas une secte ! ». Ils enseignent au lycée Brossolette, à Villeurbanne, pour le premier, et en collège pour les deux dernières (Paul Emile Victor à Rillieux-La-Pape, et Gratte-Ciel à Villeurbanne).

Ils étaient déjà là et déjà « chauds » hier. « Et on sera en AG lundi à Villeurbanne ! », lancent-ils. L’année dernière, ils ont déjà manifesté contre la loi Blanquer, qui est entrée en vigueur à la rentrée. Laurent raconte :

« On voit bien qu’il y a une grande impréparation. C’est très angoissant pour les élèves, encore plus que pour nous, qui avons encore l’espoir d’un retrait ».

Ils fustigent le ministre, qui pour eux, « s’illustre par son mépris ». Leur collègue Lionel, qui enseigne les maths, se joint à la discussion. Il est spécifiquement touché par la réforme Blanquer, qui a retiré les mathématiques du tronc commun des lycéens, pour en faire un enseignement de spécialité :

« Une spécialité représente une grosse partie de la note au bac, et en maths le programme est assez costaud. On a peur que les élèves de seconde ne prennent plus la spécialité par peur de se louper au bac ».

Retirant un instant leurs casquettes de profs, ils ajoutent qu’ils sont aussi là à cause « d’un ras-le-bol général, une accumulation ».

Justine, 20 ans, étudiante « vénère »

Justine étudiante manifestante

Justine, étudiante, est venue manifester par solidarité avec les travailleurs.

Justine étudie normalement à Grenoble : elle suit un DUT en carrières sociales, pour devenir éducatrice spécialisée. Si la retraite est loin pour elle, elle a plusieurs raisons de se sentir concernée :

« Je suis là par solidarité avec les travailleurs. Je pense que cette réforme n’est pas avantageuse pour eux. Pour moi l’idée de la retraite c’est très abstrait, mais ça ne l’est pas pour les gens plus âgés autour de moi, comme mes parents. En plus les femmes vont être très touchées, à cause des congés maternité ou des années sans travailler pour s’occuper des enfants. »

Elle fustige aussi la précarité étudiante :

« J’ai participé aux rassemblements devant le CROUS, à Grenoble. Je fais des études avec beaucoup de stages, qui ne sont pas payés car ils sont de trop courte durée… »

La première journée de grève, hier, semble lui avoir donné des ailes :

« Une grève générale ça fait plaisir ! Il y a des gens de tous les horizons. Tu ressens un sentiment de pouvoir quand tu es dans une grande foule. Même si bon, on se fait gazer et on pleure ! »

Antoine, 46 ans, cheminot inquiet pour les retraites

Antoine cheminot

Antoine est cheminot, et s’inquiète pour la retraite de ses enfants.

Le drapeau « Sud Rail » fièrement brandi, au milieu de ses collègues, Antoine est  là « d’abord pour mes gamins ». Décidément, la réforme des retraites mélange toutes les générations. Il explique :

« Mon plus grand a 21 ans, il vient de rentrer sur le marché du travail. Il se pose beaucoup de questions, il se dit qu’il n’aura pas de retraite de toute façon. Ce n’est pas une perspective louable ! Nous faire travailler plus pour gagner moins, ce n’est pas seule solution. Notre génération a un rôle à jouer, pour les jeunes la retraite paraît loin, mais c’est maintenant que ça se joue. »

Le contrôleur de 46 ans est un habitué des luttes sociales :

« Comme on dit, j’ai fait mon premier piquet en poussette, je viens d’une famille de syndicalistes. J’ai fait toutes les manifestations depuis que je suis à la SCNF. Je n’y vais pas de gaieté de cœur pour autant, mais c’est notre seule arme. »

Antoine retourne au milieu des drapeaux jaunes. Des camions de pompiers traversent le cortège pour se rendre sur les lieux d’une intervention. Les manifestants s’écartent pour les laisser passer, et les applaudissent au passage.

Le cortège se fige un instant dans Saxe, au numéro 48. Quelques tags plus tard, le local des Républicains a été repeint par un petit groupe. Les forces de l’ordre viennent se positionner devant le bâtiment, au son des huées des manifestants :

« Ils soutiennent les « Ripoux-blicains » ! »

Gérard, 70 ans, et Marie-Alice, 67 ans, retraités sauf pour les manifs

Gérard et Marie-Alice

Le couple de retraités fustige les violences policières et la perte des acquis sociaux.

« Comment vous avez deviné qu’on était à la retraite ? » rigolent les deux anciens enseignants. N’empêche qu’on avait raison. Pourquoi sont-ils là aujourd’hui ? « De cette société là, on n’en veut pas », dit simplement Gérard. Marie-Alice ajoute :

« La retraite, c’est un dû, pas un luxe. Nous cotisons des années pour l’avoir. Nous tenons à ce système de répartition solidaire. A la fin, quand on a rempli le contrat, c’est normal d’avoir le fruit de notre travail ! On nous balade avec ces histoires de régimes spéciaux. Le seul régime spécial, c’est celui des riches qui ne paient plus d’impôt sur la fortune. »

Car leur présence ici déborde la réforme des retraite :

« Depuis la loi El Khomri, il y a une destruction programmée de tous les acquis qui ont été mis en place par les travailleurs. »

Tous les deux n’en sont pas à leur première manifestation. Ils ont été marqués par les « violences policières » :

« Je peux vous dire qu’on s’est déjà pris des grenades lacrymogènes, et je ne cours pas vite à mon âge ! » fustige Marie-Alice.

« Ça fait peur », complète Gérard.

Marie-Alice attend avec impatience la fin de la photo en duo. Tellement d’impatience que, tant pis, elle sera floue. Au coin de la rue, le cortège s’éloigne. Chapeaux élégants sur la tête, les deux retraités pressent le pas pour le rattraper.

A Lyon, entre 1500 et 4200 personnes ont participé à cette deuxième journée de mobilisation contre le projet de réforme des retraites. Une nouvelle manifestation est prévue mardi, toujours au départ de la place Jean Macé.

L'AUTEUR
Emma Deunf

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