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À Lyon, l’agonie du droit à l’hébergement d’urgence
Société 

À Lyon, l’agonie du droit à l’hébergement d’urgence

actualisé le 02/12/2019 à 18h07 : avec l'encadré à propos de la tribune des candidats socialistes à Lyon et Villeurbanne

La préfecture du Rhône a annoncé un changement du dispositif d’hébergement d’urgence. Désormais « la mise à l’abri » sera priorisée via des critères de "vulnérabilité" ultra restrictifs et pour une durée de deux mois. Des mesures qui remettent en cause, encore, le droit à l’hébergement.

Les professionnels de l’urgence sociale seront en grève et manifesteront ce jeudi pour tenter de faire reculer la préfecture.

Annoncées au mois d’octobre lors de la présentation du « dispositif de renfort hivernal », ces mesures ont soulevé la réprobation quasi unanime des associations qui mettent en place, pour le compte de l’Etat, le dispositif d’hébergement urgence.

Pour accéder en priorité à l’hébergement d’urgence (plan froid ou dispositif pérenne), voici les critères donnés par la préfecture à la fin du mois d'octobre :

  • présence d’un enfant de moins de 1 an
  • ou femme enceinte de plus de 5 mois
  • ou problématique fortes de santé

Par ailleurs, la « mise à l’abri » est limitée à une période de deux mois. A l'issue de ce délai, si les personnes n’entrent plus dans ces critères de « vulnérabilité » et si elles ne sont pas considérées comme un public relevant « de l’insertion », (c'est-à-dire les personnes en situation irrégulière, nous dit la préfecture), elles seront remises à la rue.

Ces mesures de « peuplement » s’accompagnent d’une modification de la « structuration des places d’hébergement » d’urgence. Christelle Bonnet, directrice de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) :

« Les 3500 places d’hébergement d’urgence vont connaître une diminution et, dans le même temps, les 1700 places d’insertion vont être augmentées, en lien avec la stratégie du logement d’abord. »

L’objectif affiché est de « fluidifier » le dispositif comme l’a précisé le préfet Pascal Mailhos lors d’une conférence de presse le 8 novembre dernier.

« Force est de constater que même si les moyens augmentent, le dispositif est saturé. Il faut désaisonnaliser l’accueil d’urgence et fluidifier le parcours. »

Dès ces annonces, la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS - qui regroupent les principales associations du secteur) et la Fondation Abbé Pierre ont relayé la colère, inédite, des responsables des structures, dans un communiqué de presse visant à souligner l’« évolution structurelle de l’orientation vers les places d’hébergement d’urgence » :

« Selon ces critères restreints de vulnérabilités, une famille à la rue avec un enfant d’un an et 1 jour ne pourra pas accéder à une place d’hébergement ni ne pourra s’y maintenir ; une femme enceinte de 3 mois ne pourra pas accéder à une proposition d’hébergement, une personne seule, jeune ou âgée, en pleine santé, ne se verra pas attribuer de place d’hébergement. »

Et d’affirmer :

« Revenir sur le droit qui protège les plus vulnérables pour aménager un dispositif d’hébergement qui peine à répondre aujourd’hui à la diversité des besoins, en restreignant son accès et son accueil aux plus fragiles est profondément inacceptable. »

Grève et manif d’automne pour le droit à l'hébergement
Ce changement de paradigme est pointé autant par les fédérations d’associations que par les employés de ces structures.
Depuis une dizaine d’années, les travailleurs sociaux sont habitués à manifester régulièrement contre les atteintes des droits des personnes.

Fin octobre, le collectif « hébergement en danger » réunissant certains de ces travailleurs sociaux dénonçaient dans un communiqué : « Lyon territoire de non-droit en matière d’hébergement ». Dans une lettre ouverte au préfet, ils et elles écrivaient :

« Parce que l’accès aux droits fonde nos professions, parce qu’il relève du bon sens d’appréhender qu’à 2 ans, on est en danger dans la rue, parce que nous ne pourrons pas être les rouages d’une machine à exclure, Monsieur le Préfet, nous vous demandons de revenir immédiatement sur ces annonces. [...] Notre code de déontologie et le socle de nos professions nous interdisent d’appliquer vos directives".

Dans un nouveau communiqué annonçant leur mouvement de grève, les professionnels alertaient :

« Alors que le Préfet n’a émis aucune circulaire officielle, ces mesures sont en passe d'être appliquées par les associations, victimes de chantage aux subventions ».

Alors que des discussions sont en cours entre la préfecture du Rhône et les associations autour de ces nouvelles mesures, la Fédération des Acteurs de la Solidarité annonce soutenir le mouvement des travailleurs sociaux qui sera marqué, le 28 novembre, par une grève et un rassemblement devant la préfecture à 16h.

"Ces changements marquent un recul dans l’accès au droit à l’hébergement des personnes dans le Rhône et ne permettent pas de respecter un droit fondamental qu’est le respect de la dignité".

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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