François Ozon à Lyon pour présenter « Grâce à Dieu », son film sur l’affaire Preynat
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François Ozon à Lyon pour présenter « Grâce à Dieu », son film sur l’affaire Preynat

Tourné discrètement à Lyon, « Grâce à Dieu » retrace le combat des victimes du père Preynat. Le film est projeté ce lundi au Comoedia lors d’une avant-première très spéciale. En présence du réalisateur, François Ozon et des membres de La Parole libérée, l’association des anciens scouts abusés par le curé à Sainte-Foy-lès-Lyon.

Le débat sera animé par Laurent Burlet, journaliste à Rue89Lyon.

« Grâce à Dieu » est une fiction ultra réaliste où l’on voit évoluer les quatre membres principaux de l’association La Parole libérée, lesquels ont oeuvré pour que justice soit rendue. Pour ceux et celles qui ont suivi ce feuilleton médiatique, l’histoire est connue (voir ici la chronologie de l’affaire Preynat devenue « affaire Barbarin »).

François Ozon s’est appuyé sur les témoignages de nombreux scouts qui ont subi les assauts du père Preynat et sur les échanges de certains d’entre eux avec le diocèse de Lyon.
Des scènes entières ont été rejouées quasi à l’identique : la conférence de presse de présentation de la Parole libérée en janvier 2016 ou encore celle du cardinal Barbarin où il a lâché cette phrase d’une maladresse crasse :

« La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits ».

La déclaration est devenue titre de film. (Voir l’extrait de la conférence de presse ci-dessous)

Le point de vue des victimes

François Ozon a adopté le point de vue des victimes. On voit d’abord évoluer Alexandre, incarné par Melvil Poupaud. Ce catholique bon teint, père de famille de cinq enfants et cadre dans la finance, s’étonne, en 2014, de voir dans la presse locale le père Preynat toujours en contact avec des enfants.

C’est lui qui dépose plainte après avoir fait le constat que l’archevêque de Lyon, le cardinal Barbarin, « essaye [l’]endormir » alors qu’il cherche, à l’origine, seulement à voir l’ancien curé de Saint-Foy-lès-Lyon être révoqué de l’Eglise catholique.

Après l’épisode de la plainte, le film s’accélère. François (Denis Ménochet), dont les parents avaient écrit au cardinal Decourtray (le prédécesseur de Barbarin) à propos des agissements du père Preynat, porte plainte.

Avec le radiologue Gilles (Eric Caravaca) , il crée La Parole libérée pour trouver d’autres victimes du prêtre pour lesquels les faits ne sont pas prescrits.

Emmanuel (Swann Arlaud) fait partie de ceux-là. Avec sa mère, il plonge dans ce combat « contre le silence de l’Eglise ».


La sortie du film repoussée ?

Le film fait désormais l’objet d’une féroce bataille judiciaire. Une histoire de noms. Ceux des victimes, piliers de l’association La Parole libérée, ont été changés à l’initiative du réalisateur. Mais pas ceux du père Preynat, du cardinal Barbarin et de la psychologue du diocèse, Régine Maire, qui restent gravés dans le film.

François Ozon explique, en substance, que son film ne révèle rien et que tout a déjà été repris dans la presse ; qu’il s’est appuyé sur de nombreuses sources dont des échanges d’e-mail entre le diocèse de Lyon et les victimes.

Cela n’a pas été du goût de la défense du père Preynat qui a saisi le juge de référés (l’urgence) le 1er février 2019 pour repousser la sortie du film après la tenue du procès (prévu pour fin 2019). Dans les colonnes du Monde, Emmanuel Mercinier, avocat du père Preynat, explique que la sortie du film avant le procès attenterait à « la présomption d’innocence » de son client, alors que François Ozon « surferait sur le calendrier judiciaire ».

Quant à Régine Maire, elle a mis en demeure le cinéaste pour que son nom ne soit pas mentionné.

« Ce film crédibilise notre combat »

Pour le moment, Régine Maire n’a pas vu le film. François Ozon a promis de le lui montrer avant la sortie, programmée le 20 février. Les membres de La Parole libérée qu’il a longuement rencontrés ont en revanche déjà visionné le film. Et ils sont pleinement satisfaits selon le président de l’association François Devaux. Contacté par Rue89Lyon, il explique :

« C’est une grosse pierre qui vient s’ajouter à notre combat. Pour se faire entendre, on a utilisé tout ce qui était possible : médiatisation, recours juridiques, documentaire et donc ce film. »

Un mois après le procès pour non-dénonciation de crime pédophile du cardinal Barbarin et de cinq autres membres de l’Eglise catholique, le film permet, pour l’association, de toucher un autre public à travers une autre « mise en perspective ».

Le film montre les souffrances de ces hommes abusés dans leur enfance, leurs questionnements sur la foi et leur appartenance à la religion catholique.

« Ce film crédibilise notre combat. Petit à petit, les fidèles arrêtent de nous traiter d’anticléricaux ».

Après le film, l’association va être mise en sommeil, et même avant le procès du père Preynat. Car c’est l’institution, l’Eglise catholique, qui est au centre du combat de La Parole libérée.

« On a fait notre devoir de mettre les choses à la connaissance de tous. Le sujet s’est invité dans tous les foyers. On a fait bouger le législateur et l’Eglise. A chacun désormais de prendre ses responsabilités ».

François Devaux évoque l’énergie et l’engagement personnel :

« C’est un problème de société. On ne vit pas de ça. »

Et il ajoute :

« Quel que soit le résultat du procès de Barbarin, la question est morale. Est-ce que les fidèles peuvent accepter d’être dirigé par un archevêque qui a couvert ce genre de choses ? »

>> Gagnez des invitations pour assister à l’avant-première ce lundi 11 février au Comoedia.

De gauche à droite, les quatre principaux membres de La Parole libérée dans le film de François Ozon "Grâce à Dieu". De gauche à droite : François (Denis Menochet), Gilles (Eric Caravaca), Emmanuel (Swann Arlaud) et Alexandre (Melvil Poupaud).

De gauche à droite, quatre des membres de La Parole libérée dans le film de François Ozon « Grâce à Dieu ». De gauche à droite : François (Denis Menochet), Gilles (Eric Caravaca), Emmanuel (Swann Arlaud) et Alexandre (Melvil Poupaud).

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