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« Pourquoi pas », le foodtruck bienvenu de réfugiés syriens à Lyon
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« Pourquoi pas », le foodtruck bienvenu de réfugiés syriens à Lyon

actualisé le 17/06/2018 à 19h07

Ruba et Mhiar, poussés hors de Syrie par la répression du régime de Bachar el-Assad, se sont installés à Lyon, où il ont rencontré Bilal, lui-même réfugié Syrien. Tous les trois, ils ont conçu un projet autour de la cuisine de leur pays d’origine : un foodtruck qui devrait démarrer cette semaine, à l’occasion du Refugee Food Festival.

Portrait des patrons du FoodTruck le "Pourquoi pas".

Portrait de Mhiar et Ruba, deux des trois fondateurs du FoodTruck le « Pourquoi pas ». ©LePetitBulletin/Anne Bouillot

Le Petit Bulletin Lyon sorti ce mercredi 13 juin est « dédié amicalement à Gérard Collomb et Laurent Wauquiez ». Vous y lirez (presque) uniquement des articles dédiés aux actions de réfugiés, de sans-papiers, d’accueillis : ils vous racontent qui ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils aiment. Ils sont musiciens, cuisiniers ou cinéaste, poète… « Welcome ! », leur dit dans un joli cri l’hebdo culturel.

À son arrivée à Lyon, Ruba Khatib ne parlait pas français. L’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) proposant des formations, elle a d’abord subi une évaluation pour estimer ses besoins :

« Je me suis servi du vocabulaire commun avec l’anglais et j’ai ainsi répondu à la majeure partie des questions. Du coup, on m’a dit que je n’avais pas besoin de suivre de cours, il ne me restait plus qu’à apprendre par moi-même. »

Maintenant elle parle, vite et bien. L’anecdote est révélatrice de sa volonté, et de sa capacité à se débrouiller à partir des liens d’amitiés qu’elle a noué ici à Lyon, qualités qui lui furent bien utiles pour mener à bien son projet de restaurant mobile : Pourquoi Pas.

Quand nous l’avons rencontrée, elle sortait d’un événement – le food market lors de Nuits Sonores – et en préparait un autre – Les Grandes Tablées. La levée de fond via KissKissBankBank venait d’aboutir – 14 000€ récoltés – le camion semblait prêt à démarrer.

Éloge de la fuite

Ruba a quitté la Syrie début 2012. La révolution, née dans la continuité des soulèvements tunisiens et égyptiens et férocement réprimée par le régime de Damas, était alors en train de se muer en guerre civile. Ruba fut arrêtée.

« Quand j’ai été libérée, j’avais peur d’être reconnue, suivie, et de mettre en danger mes proches », dont certains prenaient encore part aux manifestations.

Elle a donc fini par quitter la capitale, direction la Turquie.

Pendant ce temps, son futur mari, Mhiar, a continué la lutte. Il se résout à partir, lui aussi, en 2014. Il fuit Raqqa, alors que la ville, qui avait été arrachée au régime par les rebelles, est désormais aux mains de Daesh. Son père, recherché lui-aussi par l’Etat Islamique a déjà quitté le pays, et s’est réfugié à Lyon.

Après un séjour en Turquie, c’est donc ici aussi que Ruba et Mhiar choisissent de s’installer. Ils y rencontrent leur futur associé et ami, Belal Al Shamy fraîchement débarqué en France (il a été évacué de Homs, pendant la trêve de 2014), dans une manifestation de soutien au peuple syrien. Ils ont encore les yeux tournés vers la Syrie, notamment vers Idleb, la ville natale de Mhiar. Elle raconte :

« Là-bas, les activistes ont convergé et après avoir libéré la ville du régime, puis de l’EI, sont confrontés au Jabhat al-Nosra. »

Sur liste d’attente

Mais il leur faut ici, où ils ont trouvé « de nouvelles choses à aimer », se débrouiller pour « rebâtir [leur] autonomie. » Trouver du travail ne fut pas chose aisée, malgré leurs diplômes :

« il n’y a pas d’équivalences ; on nous proposait de retourner à l’université pour repasser nos examens. »

Ils ont donc choisi de faire autrement. Ils voulaient ouvrir un resto – Mhiar avait déjà travaillé dans ce domaine en Syrie. C’est devenu un foodtruck :

« on sera plus libres, on pourra aller partout, on aura plus de contacts avec les gens. »

Ils y serviront une cuisine syrienne, qui « partage aussi plein de choses avec les cuisines libanaises et arméniennes. »

Une cuisine traditionnelle adaptée aux modes alimentaires des métropoles occidentales :

« Normalement il n’existe pas de kebbeh végétarien ; c’est même très difficile à imaginer puisque la pâte est mélangée à de la viande hachée. Mais on en a inventé un ! »

Au food market de Nuits Sonores on pouvait goûter tout un assortiment de leurs spécialités : le mtabal, une purée d’aubergines grillées et de pâte de sésame, le houmous, les yalanji, de petites feuilles de vigne farcies de riz et de légumes, des quartiers de betteraves en pickles, des feuilles de chou fermentées et épicées rappelant le kimchi, ou un mélange de courgettes et de viande hachée dont on a oublié le nom.

L’ensemble était suffisamment fameux pour que le stand se retrouve par deux fois en rupture de stock. Au vu de cette expérience, on peut penser que le Pourquoi Pas devrait connaître le succès. Sauf qu’il reste encore à Ruba à convaincre les municipalités de leur allouer un emplacement où stationner le midi – du côté de Lyon, leur projet est toujours sur liste d’attente, mais on devrait rapidement les retrouver, avec joie, du côté de Villeurbanne.

Pourquoi Pas, foodtruck
Tél. : 06 40 32 96 25

Un article par Adrien Simon, dans le Petit Bulletin.


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